VIII~Simple Complexité

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Ils n'avaient aucun but à atteindre, n'avaient comme boussole que cet astre de braises se dissolvant dans la mer nocturne. Leurs pas n'étaient guidés que par leurs inconscients tranquilles. Pas un bruit, pas une voix, seulement leurs présences, côtes à côtes, avançant dans cette cage de verdure et leur sadique désir de fuite tacite.

« On subit tous notre lot d'horreur, certains plus que d'autres, pensa Kai. »

Comme ces sensations étaient cuisantes ! Ce collier l'étranglant quotidiennement de remords, cette solitude chronique soumise à sa pénitence, ces brûlures au cœur familières à cause de ce soutient qu'on lui prodiguait. Tout ce qu'ils m'offrent... Je ne le mérite pas ! Qui a ramené tous ses potes dans un voyage à l'étranger ? Moi. Qui s'est planté de route alors qu'on la lui avait expliquée plusieurs fois ? Moi. Qui pourrait perdre ses amis à chaque instant ? Moi... Tout est ma faute. Absolument tout. Et le pire dans tout ça, c'est que même Takanori s'y met !

Comment est-ce possible ?

Hélas, pire que ces ressentis à lui, Kai se rongeait les sangs pour l'absence de Joyama et cette tranquillité malsaine qui était préservée à Takanori. C'est pas normal qu'ils mettent autant de temps. Nous c'était que trois jours après notre arrivée. Là ça doit faire environ huit jours qu'il est là. J'espère vraiment que le temps n'élève pas le danger pour lui... Va savoir de quoi William est capable ! Je l'ai jamais vu à l'œuvre...

À supposer que ce qu'ils font soit un art.

Morbides, des cadavres en putréfactions, du sang et des rires démoniaques fusèrent dans sa tête. Essayant d'éviter ces images, Kai déglutit et se tourna vers son partenaire du jour : Takashima. Il avait eu un mal fou à le sortir de la chambre. Entre Takanori qui se posait des questions sur l'absence de Joyama et Akira qui était encore en état de stress, personne n'avait désiré sortir. Je ne pouvais décemment pas expliquer à Takanori qu'on a tous la même chose.

« -Taka-kun*, tu le trouves comment notre nouveau ? demanda Kai d'un air désinvolte (ndt* : -kun est un suffixe honorifique pour désigner l'ami, un camarade de classe, un frère ou quelqu'un de plus jeune).

-Honnêtement ? Je sais pas trop, il a l'air sympa pour l'instant. Mais il a un truc bizarre, je sais pas quoi exactement mais c'est pas comme tous ces types louches qu'on a pu rencontrer ici.

-C'est vrai qu'on en a vu des gens bizarres, approuva-t-il en y repensant. Mais il ne t'inspire pas un peu plus confiance que les autres ? »

Takashima inclina la tête sur le côté en faisant la moue.

« -Si. Enfin peut-être. Je sais pas trop pour te dire. Laisse-moi quelques jours et je devrais avoir une opinion plus solide que maintenant. »

Le calme revint, leurs pas continuèrent.

« -Toi il te met en confiance, déclara Takashima d'une voix neutre.

-On va dire que c'était évident qu'il n'est pas des leurs, répliqua Kai avec difficulté. Si tu l'avais vu toi-même tu l'aurais compris comme moi qu'on peut. Après je le connais pas tant que ça et je sais pas comment il réagit, mais pour moi c'est possible.

-Espérons qu'il ne nous trahira pas, déclara pensivement Takashima.

-Espérons, acquiesça-t-il avec conviction. »

Décadence.

Le couchant faisait exploser ses plus belles couleurs, transperçant de ses flèches transies le trône émotionnel dans le fond de sa poitrine. Désagrégeant ainsi ce venin qu'étaient l'angoisse, la peur, la haine et la vengeance qui l'habitaient. Les rayons crépusculaires détendaient leurs fils jusque Kai et le confortaient dans une paisible douceur.

MONSTER'S PROJECT : I. DovenDes histoires addictives. Découvrez maintenant