Eve
Après notre "altercation" je suis restée un long moment au bord de la rive. Je ne voulais voir personne et encore moins Peter. J'avais du mal le cerner. Je ne sais même pas pourquoi je perds mon temps essayer de sauver chez lui, ce qui est déjà perdu à jamais.
Perdue, je fixais le ciel grisâtre, priant pour que les gros nuages ne soient que des plaisantins déguisés en nuages gris.
Quand je sentis les gouttes de pluie couler le long de mon visage, un profond désespoir m'accabla.
Manquais plus que ça...
Synonyme de tristesse pour certains, synonyme de mousson pour d'autre, la pluie à plusieurs sens. Pour moi, elle a le don de me rendre nostalgique. Et mouillée...
Je revois ma mère, sa tignasse blonde toujours mal coiffée en train de m'aider à faire un château de sable sur une plage d'Espagne pendant notre escapade en Europe. Nous n'avions pas eu le temps de passer par la France, je crois que c'est pour ça que j'ai toujours voué un culte à ce pays. Il est là, où j'aurais dû passer un dernier moment avec ma mère. Un moment qui n'est jamais arrivé... Elle est morte avant d'avoir pu apercevoir les côtes Normande.
Je repris mon souffle et respirai lentement. Il faut que j'arrête de penser à ça...
J'allais me lever et retourner au campement quand je vis Peter dans l'ombre des feuilles qui constituaient cette vaste jungle. Je voyais les yeux verts du brun me fixer silencieusement les bras croisés.
Je le méprisais envers et contre tout. Croire que tout lui est dû : c'est bien un comportement de gamin pourris. On rajoute à cela l'impulsivité, l'arrogance et l'égoïsme. C'est une personne tellement malhonnête... Je ne veux rien avoir à faire avec lui.
Mon envie de partir était plus forte que jamais. Quand j'y repense, je ne m'étais même pas préoccupée de mon absence à Fairfield. Mon père était en voyage d'affaire et Lenny...C'est Lenny : il s'en fichera ou alors il pensera que je suis allée dormir chez une amie. Je me souviens qu'on m'a dit que le temps était différent ici. Mais ça veut dire quoi concrètement ? Disons 1 mois au pays imaginaire revient à combien de temps dans le monde normal ? 15 jours ? Une semaine peut-être ? Ou bien 1 jour ! Ou même une heure...
Je ne savais pas... Ça faisait un peu plus de deux mois, que j'étais coincée ici. Et je n'appartiendrais pas à Peter quelque soit le nombre de jours ou de mois que je passerais ici. Je n'appartiens qu'à moi et je ne cesserai jamais de me battre.
Je me levai et me dirigeai vers la Jungle Noire. A part Peter, jamais personne n'en est sorti vivant. Sûrement car celui-ci a le pouvoir de se téléporter n'importe où... Mais je me fichais pas mal de sortir de cette jungle vivante ou non, je voulais juste n'avoir plus rien à faire avec Peter. Fuir le campement était la première façon de couper le cordon.
Soudain, Peter attrapa mon bras comme s'il savait ce que je voulais faire. Il s'était rapproché de moi en un temps record. Cette fois-ci, il tenait mon bras beaucoup moins fermement que ce matin mais la douleur étant toujours présente je grimaçai.
- Laisse-moi partir, je ne veux plus te voir, je lui dis d'un ton ferme.
- Je ne te laisserais pas t'en aller, tu es une fille perdue, tu m'appartiens.
- Je ne suis à personne, je cris si fort que même Peter fut surpris.
- Suis-je obligé de t'enfermer dans la cage pour que tu ne t'enfuisses pas ? dit-il énervé.
Je ne répondis pas à sa remarque trop concentrée sur la couleur de ses yeux qui s'assombrissait progressivement. Je restai digne et la tête haute. Je m'approchai le plus possible de lui et murmurai à son oreille.
- Que tu m'enfermes ou non, je trouverais toujours un moyen de te fuir.
Je me replaçai devant lui, tentant de discerner quelle qu'émotions qu'elles soient. Mais il ne laissa rien transparaître et passa sa main devant mes yeux d'un geste las. La dernière chose dont je me souvins avant de perdre connaissance, ce sont les paupières de Peter closent comme si elles n'allaient jamais se rouvrir.
***
Je frottai mes yeux et une violente douleur attaqua mon bras. Tous les souvenirs refirent surface un à un : la falaise, Lucas, l'entrainement et surtout ma dispute avec Peter. J'ouvris enfin un œil pour me rendre compte de l'endroit où je me trouvai.
La cage...Comme par hasard... Cette pourriture l'a vraiment fait...
Elle était suspendue en hauteur et les grosses branches qui constituaient la cage étaient bien trop résistantes pour que je puisse les casser. A travers la cage, je pouvais voir que j'étais dans la forêt, à plusieurs dizaines de mètres du campement, si je me souvenais bien.
Au moins dans cette cage, je ne suis pas obligée de supporter Peter...
Je tortillai quelques mèches de mes cheveux entre mes doigts et découvris qu'ils ne résistaient vraiment pas bien au climat de cet endroit. Le pire c'est que je ne savais même pas à quoi je ressemblais. Du moins plus depuis le soir de l'enlèvement.
Purée, j'ai des fourmis dans les jambes...
Je baissai la tête et soutins celle-ci avec ma main. Même pas de quoi se mettre debout dans cette cage...
Quand je levais les yeux vers le ciel, je remarquais à travers les brindilles que la lune était bleu et que les étoiles brillaient de mille feux dans le ciel...
Et merde...Encore un mois à devoir rester ici...
J'observai la lune, contemplative. Pourquoi est-ce que c'est si dur. Pourquoi je n'ai pas eu le caractère tolérant et doux de mon père ? Non, j'ai tout de ma mère. Je crois que c'est pour ça que mon père essaye de partir le plus loin possible de moi : je ressemble trop à ma mère, à sa défunte épouse. Pourtant question physique, je suis le portrait craché de mon père. Je sais qu'il m'aime, même s'il ne me le montre pas de la bonne manière.
Je m'assis en tailleur, et laissai mon esprit vagabonder entre les étoiles. Je ne les avais pas observées depuis si longtemps. Là où je partais en vacances, j'aimais regarder les étoiles après une journée d'été chaude, c'était d'autant plus agréable quand nous entendions les cigales qui se cachaient dans les bosquets. Je trouve que l'été à une odeur, comme quand tu reviens de la plage et que ta peau sent un mélange de sel et de soleil avec le reste de crème solaire qui n'ai pas partis après ton premier bain. J'aime cette odeur, elle me rappelle des souvenirs aussi joyeux les uns que les autres comme des parties de badminton dans une allée de camping alors que le vent souffle, ou la fois où nous nous sommes aventurés sur un bateau viking dans un gouffre au milieu d'une quinzaine de touristes chinois.
Alors que je ressassai de vieux souvenirs, un bol rempli de nourriture en bouilli et une cuillère en bois firent leur apparition devant moi dans un nuage vert.
Peter...
Même pas capable de venir me l'apporter en personne !
Bref...calme toi, Eve...
Je repris une grande inspiration et souris en essayant de me convaincre que tout va bien.
Non ! Tout ne va pas bien !
Je suis coincée dans une cage alors que je suis claustrophobe, sur une île qui se trouve être le pays imaginaire avec le vrai Peter Pan qui est en fin de compte une ordure de premier choix ! Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour une bonne pizza avec beaucoup, beaucoup de fromage ! Parce que c'est vrai que la nourriture d'ici a bien dû me faire perdre cinq kilos mais c'est vraiment immangeable des fois.
Je grimaçai en pensant à ce qui se trouvait dans mon bol en bois. Moi qui déteste le poisson... Je déteste le poisson ET Peter Pan !
Je le déteste parce qu'il est lunatique, je le déteste parce qu'il m'a fait du mal physiquement et moralement. Je n'aurais jamais dû baisser ma garde. C'est se montrer vulnérable et je ne peux pas me le permettre. Je suis déjà au bord de la crise de nerf avec ce qui se passe avec Peter. D'ailleurs pourquoi, ça me fait autant d'effet... Il n'est pas quelqu'un d'important pour moi. Et il ne le sera jamais.
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Neverland ?
Fiksi PenggemarEve Powell est une jeune adolescente de 17 ans, des plus banales. Du moins, c'est ce qu'elle croyait avant d'être confrontée à plusieurs phénomènes qui entravèrent son quotidien. L'aventure ? Elle en avait toujours rêvé. L'adrénaline ? C'était pou...
