– Tu veux manger quelque chose ? proposa-t-il.
– Le gâteau d'anniversaire de ta belle-mère ? suggéra-t-elle, le regard pétillant.
– Je pensais plutôt à une pizza.
– Ça me va.
Pendant qu'il s'affairait dans la cuisine, elle s'empara de la télécommande et alluma la télévision. Un instant, elle pensa au nombre de fois où Vanessa avait dû accomplir ce même geste, assise sur ce même canapé. Elle en tressaillit intérieurement et censura immédiatement cette pensée.
Ils mangèrent une pizza jambon-champignons sur des assiettes en carton en regardant Nos dix-huit ans, riant au même moment. Puis Rob décongela des choux à la crème qu'il superposa dans un bol et ils se disputèrent pour savoir qui mangerait le dernier. Finalement Délia mangea la moitié et fourra l'autre moitié dans la bouche de Rob. En guise d'apéritif, une bouteille de Grand Marnier fut exhumée du cellier. Ils trinquèrent à nouveau et elle pensa qu'il n'était pas vraiment pressé de la voir reprendre sa voiture.
Ça tombait bien, elle non plus.
Elle n'arrivait plus à détourner son regard de ce grain de beauté, cette petite tâche sombre qui égayait sa lèvre supérieure. C'était la seule chose asymétrique dans son visage et ce qui lui conférait tout son charme. Impressionnant comment un si petit détail pouvait rendre un visage si attirant.
Elle avait envie de l'embrasser. Ce n'était pas la première fois que l'envie l'effleurait. Aussi certainement qu'elle savait qu'elle ne devait pas le faire, elle savait qu'elle en avait envie. Mais embrasser Rob paraissait impossible. Aussi impossible qu'irrésistible. Aussi irrésistible qu'inexcusable.
Elle ne savait pas comment ni pourquoi c'était arrivé, mais c'était évident que leur relation avait basculé. Au début, ça avait commencé comme un jeu – avec cette idée de s'appeler Chouchou et Loulou. Un jeu dont elle pensait être la seule à saisir l'ambiguïté. Elle savait qu'elle jouait avec le feu, mais c'était un feu qu'elle pensait pouvoir contrôler. Être amie avec un garçon, jouer un petit jeu de séduction, c'était son domaine – ou tout du moins ça l'avait été. Elle pensait pouvoir s'y aventurer sans conséquence.
Mais maintenant quand elle croisait le regard de Rob, elle y soupçonnait du désir. Le fait que lui aussi soit conscient de cette ambiguïté et l'accepte changeait tout. Tout à coup, elle avait l'impression d'avoir pris un chemin dont elle ignorait l'issue. L'envie de l'embrasser devenait plus forte chaque fois qu'elle le voyait. Surtout après trois coupes de champagne et une lampée de Grand Marnier.
Le générique de fin défilait à l'écran. Rob appuya sur la télécommande pour changer de chaîne. Ils étaient vautrés dans le canapé, assis à trente centimètres environ. Pas assez proches pour que ce soit significatif. Trop proches pour que ce soit innocent.
– Chouchou... murmura-t-elle, comme si elle prononçait un nom de code dont la signification aurait subitement changé.
– Loulou ? répondit-il en haussant un sourcil, esquissant un sourire en coin qui fit frémir le petit grain de beauté.
Elle espérait que son regard et son silence seraient suffisamment éloquents. Elle n'avait pas envie de mettre des mots sur son désir. Elle ne voulait pas réfléchir. Réfléchir gâcherait tout.
Elle glissa une main derrière sa nuque, ne sachant toujours pas si elle oserait l'embrasser. Le chemin pour arriver jusqu'à sa bouche ne paraissait pas évident. Elle ne savait même pas s'il y avait un chemin ou si c'était une route barrée. C'était tellement plus facile quand elle avait seize ans et que personne n'était marié !
Rob glissa un bras sous sa hanche, exerçant une légère pression pour l'attirer contre lui. Et elle se rapprocha ou plus exactement elle plongea littéralement vers le grain de beauté qui semblait n'attendre que ça.
Sa mémoire ne l'avait pas trompée. Des trois garçons, c'était lui qui embrassait le mieux. Julien et Thibault se défendaient, mais Rob était le plus doué. Mais auparavant la perfection de leurs baisers avait presqu'un côté mécanique, ennuyeux, à cause du manque de sentiments qu'elle y mettait.
Cette fois, il n'y avait rien de mécanique dans ce baiser.
C'était un baiser parfait et passionnel.
Un baiser qui ne donnait pas envie de s'arrêter là.
Tandis qu'elle l'embrassait, ses doigts commencèrent à déboutonner sa chemise. Rob glissa une main sous son pull, découvrant qu'elle ne portait pas de soutien-gorge, et lui caressa les seins. Le pull vola à travers la pièce. La chemise atterrit par terre. L'urgence présidait à chacun de leurs gestes, comme si le désir était resté trop longtemps enfoui, contenu. Délia se débarrassa elle-même de son pantalon parce que Rob ne parvenait pas à comprendre comment fonctionnait l'attache. Elle lui défit sa ceinture. Il posa une main sur sa culotte.
Ils essayèrent tant bien que mal d'atteindre la chambre d'ami qui se situait à l'étage, mais marcher tout en s'embrassant n'est pas chose facile et ils n'atteignirent jamais l'escalier. Rob la souleva comme si elle ne pesait guère plus d'une plume et la plaqua contre le mur. Elle noua ses jambes autour de sa taille et laissa s'échapper un petit gémissement.
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Hier n'est jamais loin
RomanceElle pensait les avoir oubliés... Mais le Passé n'aime pas qu'on lui tourne le dos. En couple depuis cinq années, Délia vit une idylle parfaite avec Arnaud. Mais son cœur a-t-il réellement renoncé à ses trois amours de jeunesse ? Lorsque sonne l'heu...
