L'azur n'avait jamais été aussi bleu. La nature aussi peuplée. Le monde exhalait un soupir parfumé-coloré, délicieux. Pourtant, son cœur était fermé comme un escargot lové au fond de sa coquille. Séparé du monde par une cuirasse fragile. Il y avait quelque chose de cru dans la lumière, d'asphyxiant dans l'air. Quelque chose qui empoisonnait la saveur du printemps. Ce quelque chose avait quatre murs, une grande baie vitrée et une plaque qui indiquait :
VOYAGES BONHEUR
Votre rêve à portée de main...
La bouche de Délia s'orna d'un sourire forcé pour le couple qui lui faisait face, tandis que ses doigts enfonçaient les touches avec brutalité : « Îles Canaries vol aller-retour »
Ses yeux passèrent en revue les différentes offres, s'efforçant tant bien que mal d'ignorer l'image de carte postale qui venait d'apparaître en haut de son écran.
– C'est pour notre voyage de noces, pépia la femme, comme si Délia n'avait pas déjà deviné.
Elle les repérait au premier coup d'œil, les couples qui entraient ici avec le projet de convoler, puis de s'envoler vers les trois destinations privilégiées des futurs époux : Les Seychelles, Tahiti, l'île Maurice.
Ils avaient sur le visage ce je-ne-sais-quoi de présomption agaçante qui semblait dire : Nous sommes les rois du monde et vous avez intérêt à mettre tout en œuvre pour nous satisfaire et nous accorder un beau rabais, car nous allons nous marier !
Elle en avait vu défiler un paquet depuis qu'elle avait obtenu ce poste à l'agence de voyages et elle avait dû annuler beaucoup de réservations à la dernière minute. En général, c'était la femme qui téléphonait, la voix tremblante, pour annoncer que finalement un imprévu la contraignait à postposer le voyage de noces. Mais lorsque Délia tentait de proposer une nouvelle date, la femme se défilait et murmurait d'une voix peu convaincante : « Je vous rappellerai plus tard. »
Évidemment, elle ne rappelait jamais.
Délia en déduisait que le mariage était tombé à l'eau.
Ce qui lui faisait vraiment de la peine, c'était de penser aux deux places vides dans l'avion.
Lorsqu'elle avait pris cet emploi, elle s'était imaginé qu'on l'enverrait tester des hôtels aux quatre coins du globe. Mais en vérité elle passait son temps confinée dans une chaleur étouffante qui n'avait rien à voir avec celle des Tropiques, mais avec la climatisation défaillante.
Sans surprise, lorsqu'elle annonça la meilleure offre de voyage pour les îles Canaries, une expression de stupeur figea le sourire du jeune homme :
– C'est beaucoup trop cher ! Vous n'appliquez pas des tarifs spécial mariage ?
Délia réprima un soupir d'agacement.
– Si. C'est le prix réduction comprise, notre meilleure offre, comme je viens de vous le dire. Si c'est trop élevé, vous pouvez toujours choisir une autre destination. La Slovaquie est très prisée en ce moment.
Délia tourna la tête et surprit son patron qui roulait des yeux, comme si elle venait de commettre une bourde monumentale. Certes, la Slovaquie n'était peut-être pas une destination très romantique, mais la tactique du dilemme destination européenne ennuyeuse versus paradis terrestre marchait à tous les coups.
– La Slovaquie ? Il n'y a pas eu la guerre là-bas ? s'inquiéta le jeune homme.
– C'est un voyage de noces ! renchérit la femme avant de lancer un regard outré à son futur époux, l'air de dire : « Tu refuses d'ouvrir ton portefeuille pour la femme que tu aimes le plus au monde ? »
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Hier n'est jamais loin
RomanceElle pensait les avoir oubliés... Mais le Passé n'aime pas qu'on lui tourne le dos. En couple depuis cinq années, Délia vit une idylle parfaite avec Arnaud. Mais son cœur a-t-il réellement renoncé à ses trois amours de jeunesse ? Lorsque sonne l'heu...
