La porte s'ouvrit à la volée et Arnaud fit irruption comme si un ouragan venait de le pousser à l'intérieur. Ses cheveux lui mangeaient la moitié du visage, sans doute parce qu'il les secouait dans un geste d'exaspération. Si on voulait connaître l'humeur d'Arnaud, il suffisait de regarder ses cheveux. Les bons jours, ils étaient lisses et brillants, parfois retenus en une queue de cheval lorsqu'il désirait se concentrer. Les mauvais jours, ils se transformaient en un brouillard sauvage de cheveux blonds. Exactement comme en ce moment.
– Quelque chose ne va pas ? demanda Délia en terminant de se masser la jambe.
Elle avait passé la journée à tester des échantillons de laits hydratants, à la recherche de la texture idéale pour l'été : suffisamment onctueuse pour vaincre toute marque de sécheresse, mais suffisamment fluide pour ne pas avoir à courir toute nue dix minutes avant d'enfiler ses vêtements. Elle avait même mis au point un système de notation pour les départager.
Arnaud secoua la tête, dégageant son front. Aïe ! pensa Délia en découvrant les ondes de colère qui déferlaient de ses yeux bleus. Il a dû rater son audition.
– Est-ce que tu as vu la voiture ?
Il avait posé la question sans crier – Arnaud criait rarement. Néanmoins, Délia sentait qu'il se retenait de hurler, si bien qu'elle se mit à élever la voix, comme pour lui permettre de se défouler par procuration :
– Non, je suis restée ici toute la journée. Qu'est-ce qui se passe ? On a volé la voiture ?
Elle avait adopté un ton si affolé qu'elle commença vraiment à paniquer. Elle n'avait déjà pas les moyens d'acheter « Rosée sensuelle », la super-star des laits hydratants arrivée en tête de son système de notation. Alors acheter une nouvelle voiture était aussi envisageable que de prendre une fusée pour Pluton.
– Le toit est complètement défoncé, comme s'il y avait eu une averse de météorites.
– Oh, c'est pas vrai ! vociféra-t-elle en se levant d'un bond. Je vais les tuer !
Elle se rua à l'extérieur pour constater les dégâts de ses propres yeux. Le toit était constellé d'une multitude d'impacts, probablement causés par des pierres lancées du haut de l'immeuble. Délia contempla la tôle bosselée, les dents serrées. Elle ne parvenait même pas à crier tant elle était choquée.
Deux secondes plus tard, elle était en pleurs, s'accusant d'être responsable des dégâts, tandis qu'Arnaud – qui n'y comprenait rien – tentait de la consoler.
Il lui prit le visage en coupe entre les mains et lui demanda de tout lui expliquer.
Elle se laissa tomber en arrière dans le canapé. À présent ses cheveux étaient aussi désordonnés que ceux d'Arnaud.
– C'est ma faute, confessa-t-elle en ramenant ses genoux contre sa poitrine. Les gamins lançaient des pierres sur la vitre du salon et je leur ai demandé d'arrêter. Je suppose qu'ils ont dû se venger en les balançant sur ta voiture.
– Je ne vois pas ce que tu as à te reprocher. Tu n'allais quand même pas les laisser briser un carreau.
Délia saisit une mèche de ses cheveux et se mit à compter le nombre de fourches. Lorsqu'elle arriva au nombre de sept, elle ajouta :
– C'est peut-être à cause de la façon dont je leur ai demandé d'arrêter.
Arnaud posa une main sur le genou de sa petite amie pour l'encourager à continuer, mais Délia se replongea dans la contemplation de ses cheveux – depuis combien de temps n'était-elle plus allée chez le coiffeur ? Il était vraiment temps qu'elle prenne rendez-vous.
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Hier n'est jamais loin
RomanceElle pensait les avoir oubliés... Mais le Passé n'aime pas qu'on lui tourne le dos. En couple depuis cinq années, Délia vit une idylle parfaite avec Arnaud. Mais son cœur a-t-il réellement renoncé à ses trois amours de jeunesse ? Lorsque sonne l'heu...
