Elle resta un instant à contempler la misère dont les larmes roses gisaient dans un amas de terreau au pied de la télévision. Cette même télévision par laquelle tout avait commencé. Elle eut un flash instantané du visage de Julien, puis de celui de Rob. Même les choses les plus belles, qui paraissaient indestructibles étaient vulnérables, sujettes aux intempéries.
Elle avait besoin de prendre l'air elle aussi. Elle se dirigea vers la porte et tenta de la claquer plus violemment qu'Arnaud ne l'avait fait.
La caresse du soleil ne lui apporta pas le moindre réconfort. Elle aurait aimé marcher d'un pas pressé pour évacuer de son esprit cette conversation, mais elle semblait évoluer au ralenti, comme si la vérité était un boulet de canon qu'elle traînait au pied.
Il y avait des couples partout. C'était une épidémie. D'habitude, elle ne les remarquait pas. Sa rupture lui avait rendu la vue. Elle était tentée de changer de trottoir chaque fois qu'elle surprenait un regard complice ou deux mains enlacées.
Elle emprunta la rue derrière l'épicerie en direction du terrain vague. À cette heure-ci, l'endroit était soit un havre de solitude propice à la relaxation, soit le terrain de jeu des jeunes crétins. Ce qui, vu son état de nerfs, pourrait lui être tout aussi bénéfique. Avec un peu de chance, un crétin la draguerait lourdement et elle pourrait se défouler en lui balançant toutes les insultes du monde. Elle éprouvait le besoin de s'en prendre à quelqu'un d'autre qu'elle-même. Elle lui cracherait à la figure tout le venin de sa défaite.
Elle entendit des rires et des bruits de frappe bien avant de voir apparaître la dizaine de jeunes crétins qui avaient pris possession du terrain. Certains étaient assis par terre, une canette à la main ; d'autres taquinaient du pied le ballon.
Maintenant qu'elle était sur place, elle n'était plus aussi sûre de vouloir les provoquer. Elle jeta un œil à sa tenue. Elle portait un jeans et un tee-shirt court qui laissait apercevoir un centimètre de peau. Ce n'était sans doute pas suffisant pour attirer leur attention.
Elle décida de traverser le terrain d'un pas tranquille pour atteindre le centre d'éducation canine qui se situait juste derrière. Elle pourrait se calmer en observant les chiens apprendre les bonnes manières.
Elle était à mi-chemin lorsqu'une voix rocailleuse s'éleva :
– Hé ! Mais regardez qui vient nous encourager. C'est ma petite poulette !
Les dernières syllabes avaient été étirées d'une façon vulgaire. Elle sentit le feu de la rage lui monter à la gorge. Cette manie qu'ils avaient de l'appeler poulette ! C'était insupportable !
Elle s'arrêta subitement, leva une main en l'air comme pour les saluer et lança d'une voix tonitruante :
– Hé ! Salut, mon petit dindon !
Elle avait prononcé le dernier mot en l'imitant, étirant les syllabes avec excès, ce qui indiquait clairement qu'elle était en train de se foutre de leur gueule.
Le silence se fit sur le terrain. Personne ne s'attendait à ce qu'elle riposte. Elle les avait pris à leur propre jeu.
Soudain l'un d'eux – le plus grand – recula puis shoota dans le ballon qui se dirigea droit sur Délia. La force avec laquelle la balle heurta ses tibias lui fit comprendre que, si elle pouvait leur rendre la pareille verbalement, physiquement elle ne faisait pas le poids.
Elle regarda la balle en se demandant si elle était censée la leur renvoyer. Elle savait très bien qu'elle était incapable de frapper dans un ballon et de lui faire parcourir une telle distance.
– Alors qu'est-ce que t'attends ? T'aimes les boules, non ?
Ils éclatèrent tous d'un rire débile. Qu'est-ce qu'ils étaient pathétiques !
VOUS LISEZ
Hier n'est jamais loin
RomansaElle pensait les avoir oubliés... Mais le Passé n'aime pas qu'on lui tourne le dos. En couple depuis cinq années, Délia vit une idylle parfaite avec Arnaud. Mais son cœur a-t-il réellement renoncé à ses trois amours de jeunesse ? Lorsque sonne l'heu...
