Le ciel était d'un bleu vibrant, strié de quelques stratus qui ressemblaient à de minces déchirures, quelques écorchures sur le sourire de l'été.
La robe de Délia était de la même teinte que le ciel, mais un ton en-dessous, une nuance sorbet comme elle les affectionnait tant. Quelques coquillages flirtaient avec sa chevelure auburn entortillée en un demi-chignon dont s'échappait une vague de cheveux légèrement bouclés.
Elle avait esquissé un sourire ironique en découvrant le faire-part sur le thème de l'océan. Elle aurait pu choisir ce thème. Elle avait presqu'eu l'impression que Julien avait choisi ce thème comme ultime vengeance. Mais non, bien sûr que non, il aimait l'océan comme des tas de gens dans le monde. Après le mariage, ils passeraient leur lune de miel en Sicile pour renouer avec les racines italiennes de Sarah.
Elle serra la main de Rob, très élégant dans son costume-cravate. Tous les uniformes lui seyaient à merveille.
La famille Bartoli était là au grand complet. La mère et les trois sœurs, Aurore, Mylène et Victoria en tenue de demoiselles d'honneur. Une cascade de cheveux sombres, de la beauté à l'état brut qui vous donnait l'impression de vous étouffer de l'intérieur. Délia croisa un instant le regard de Mme Bartoli et, va savoir pourquoi, elle se pencha pour faire une petite révérence.
Rob lui tira sur le bras pour qu'elle se redresse immédiatement :
– Qu'est-ce qui te prend ? On dirait que tu viens de croiser la reine d'Angleterre.
Elle esquissa un sourire maladroit, tandis que Rob l'entraînait droit sur Mme Bartoli qui l'accueillit avec un sourire rayonnant. Ils se prirent dans les bras et commencèrent à discuter. Délia fut saluée distraitement, comme si elle était une parfaite étrangère. Elle resta en retrait, son faux sourire plaqué sur son visage, comprenant peu à peu que Mme Bartoli ne se souvenait pas d'elle. Évidemment, elle avait dû voir défiler un nombre incalculable de filles, toutes prétendument amoureuses de Thibault, représentant une menace potentielle aux multiples visages. Le visage de Délia n'en était qu'un parmi d'autres.
Elle identifia facilement les parents du marié, bien qu'elle ne les ait jamais rencontrés. Le père était très grand, les cheveux grisonnants, la posture digne. La mère avait des boucles torsadées comme celles de son fils et ne cessait de s'éponger les yeux avec un mouchoir en papier. Ils n'avaient rien d'extraordinaire en apparence, si ce n'est que c'était eux qui avaient permis l'existence de Julien. Lorsque Rob s'approcha pour les saluer, Délia le suivit à reculons, complètement intimidée. Elle n'était rien pour ces gens. Ils ne soupçonneraient jamais combien elle avait été amoureuse de leur fils. Sans doute Julien n'avait-il jamais parlé d'elle devant eux. Délia... Ce prénom leur était probablement inconnu. Seul Sarah comptait à leurs yeux.
Face aux parents de Julien, elle ne se sentit vraiment pas à sa place. Elle avait toujours pensé que Rob, Thibault et Julien lui appartenaient d'une certaine manière, parce qu'elle les avait rencontrés en premier, parce qu'elle avait été la seule fille qu'ils s'étaient partagée. Mais à voir ainsi toutes ces familles, tous ces amis, tous ces proches qui attendaient les mariés, elle se sentait insignifiante, une poussière à l'échelle de la vie de Julien. Tous ces gens le connaissaient sans doute mieux qu'elle ne le connaîtrait jamais. Parmi cette foule, elle n'était qu'une invitée, une pièce rapportée, la compagne de Rob, rien de plus.
Une Bentley noire se gara. Julien en sortit en costume noir à revers satiné avec une fleur blanche en boutonnière. Le genre d'image qui semblait tout droit sortie de sa propre imagination. Tous les invités se pressèrent dans l'église pour prendre place et échapper aux quelques paparazzis postés en embuscade.
En avançant dans ce grand hall d'église, Délia avait le cœur morcelé en une myriade d'émotions. Il y avait la Délia comblée qui tenait la main de Rob. Il y avait la Délia chamboulée qui se demandait ce qu'elle faisait là et qui priait pour que la cérémonie se termine au plus vite. Et puis il y avait la Délia observatrice, celle qui semblait avoir pris la place d'un personnage des vitraux, regardant tout d'un point de vue extérieur en se disant : Tout de même, c'est un beau mariage. On ne peut que leur souhaiter du bonheur.
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Hier n'est jamais loin
RomanceElle pensait les avoir oubliés... Mais le Passé n'aime pas qu'on lui tourne le dos. En couple depuis cinq années, Délia vit une idylle parfaite avec Arnaud. Mais son cœur a-t-il réellement renoncé à ses trois amours de jeunesse ? Lorsque sonne l'heu...
