Les nuages, semblables à de grosses boules de neige, étaient sagement alignés dans l'immensité bleue, traçant une multitude de rues cotonneuses parallèles.
Si seulement la cartographie des hommes pouvait être aussi limpide !
Cela faisait vingt minutes que la voix robotique du GPS était la cible des insultes de Délia.
– Mais elle est conne, ma parole ! Ça fait trois fois qu'elle nous fait passer par là ! J'en peux plus ! Remets tes pendule à l'heure, Gertrude ! J'ai un entretien d'embauche !
Arnaud se gara sur le bas-côté de la route.
– Il doit y avoir une carte dans la boîte à gants. Passe-la-moi.
– Comme si tu savais lire une carte !
Elle ouvrit la portière et sa sandale épousa le bitume.
– Je vais aller sonner à la maison là-bas, déclara-t-elle. S'il y a une guérisseuse dans les environs, les voisins doivent forcément être au courant.
– Pourquoi tu ne me laisses pas regarder la carte ? Ce serait plus simple.
– Arnaud, Arnaud... répéta-t-elle dans un soupir. Tu es un excellent acteur, mais sur ce coup-là, je ne te crois pas. Tu n'as aucun sens de l'orientation, avoue-le.
La bouche d'Arnaud se tordit légèrement, à mi-chemin entre l'aveu et le déni. Délia claqua la portière et cavala jusqu'à une villa dont la façade disparaissait derrière un massif de rhododendrons.
– Il faut prendre le chemin de terre au bout de l'allée des Acacias, indiqua-t-elle, trois minutes plus tard, le souffle court.
Elle avait plus d'un quart d'heure de retard lorsqu'elle fut déposée devant une allée de cailloux roses. Elle embrassa Arnaud qui lui souhaita « Bon courage », puis s'élança d'un pas pressé vers la maison perchée en hauteur qui se situait à une trentaine de mètres.
L'allée était bordée de buissons de fleurs jaunes dont les grelots distillaient des notes miellées qui n'étaient pas sans rappeler l'odeur du sable chaud. Ces coussins de fleurs d'or sentaient si bons et paraissaient si moelleux qu'ils donnaient presqu'envie de s'y jeter dedans. Les insectes d'ailleurs ne s'en privaient pas. Des abeilles et des papillons aux couleurs rares voletaient d'une fleur à l'autre, semblant avoir trouvé leur coin de paradis.
Délia continua son chemin jusqu'à des marches de pierre qui la menèrent en haut d'une terrasse. Un magnolia grimpant escaladait la façade, masquant à moitié les fenêtres, donnant l'impression qu'il était maître en ces lieux. De là où elle se trouvait, elle apercevait les contours quadrillés d'un rassemblement infini de plantes où toutes les nuances inimaginables de vert côtoyaient un joyeux mélange de couleurs.
Elle ne savait pas ce qu'on attendait d'elle, mais il lui fallait ce job.
À tout prix.
Elle s'arracha à cette vision enchanteresse pour consulter sa montre. Elle avait exactement 18 minutes de retard.
Elle n'eut pas le temps de sonner à la porte que celle-ci s'entrouvrit sur une dame aux cheveux blanc argenté. À croire que cette femme l'observait par le judas depuis le début.
– Désolée pour le retard. J'ai eu un peu de mal à trouver, balbutia Délia tandis que la femme l'invitait à entrer.
– Mais vous n'avez pas renoncé, fit remarquer celle-ci.
Délia constata que la salle d'attente était vide. Soit tous les candidats avaient déjà passé l'entretien, soit elle était la seule à ne pas avoir rebroussé chemin.
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Hier n'est jamais loin
RomantikaElle pensait les avoir oubliés... Mais le Passé n'aime pas qu'on lui tourne le dos. En couple depuis cinq années, Délia vit une idylle parfaite avec Arnaud. Mais son cœur a-t-il réellement renoncé à ses trois amours de jeunesse ? Lorsque sonne l'heu...
