Ils traversèrent les sous-bois buissonnant de fougères, escortés par la mélodie des feuilles mortes qui craquaient sous leurs pas. Le faisceau de la lampe de poche balayait le sentier. Délia se tenait derrière Julien, le suivant dans maints détours, avec l'impression qu'ils allaient se perdre mais que cela n'avait pas d'importance.
Le géant était en ces lieux comme s'il avait grandi ici, poussé ici, à l'instar de ces arbres recouverts d'une écorce impénétrable. Si elle avait dû choisir un décor pour représenter sa personnalité, elle n'aurait pas pu trouver mieux. Julien était une forêt à lui seul. Tout en lui était cimes inatteignables, racines inextricables, recoins obscurs et lumière tamisée.
Ils longèrent un bosquet de bouleau étincelant de blancheur. Puis Julien avisa un petit sentier de terre qui semblait s'enfoncer dans le néant. Il leva sa lampe de poche, révélant une succession d'ormes qui formaient une arche.
– C'est par là.
Le sentier descendait abruptement, disparaissant sous un tapis de ronces et de pierres. En fait, cela ne ressemblait pas à un sentier. On aurait dit que Julien venait de couper à travers bois, bien décidé à ce qu'ils ne retrouvent jamais le campement.
La forêt respirait bruyamment. Murmures d'arbres, d'oiseaux et de créatures non identifiables. Délia voyait à peine où elle mettait les pieds. Pourtant elle n'avait pas peur. Jusqu'à ce qu'elle trébuche sur une pierre et se sente partir en vol plané. Elle se raccrocha in extremis au bras de Julien. Ils entendirent la pierre délogée dévaler la pente, puis plus rien. Comme si elle avait été aspirée par le vide.
– Ça va ? Tu n'as rien ?
Elle lâcha le bras de Julien et tenta de se redresser dignement :
– Plus de peur que de mal.
À ce moment se produisit une chose qui donna à Délia l'envie de bénir la pierre qui avait manqué de lui coûter la vie. Julien lui prit la main, prétextant que c'était plus prudent. À partir de ce moment, elle ne sentit plus les ronces, n'entendit plus les cris d'épouvante lancés par d'invisibles créatures. Réduite à l'unique sensation de cette main chaude qui enlaçait la sienne, elle en oublia les obstacles qui se présentaient et reçut une brassée de feuilles en pleine face. Elle n'avait aucune idée de l'endroit où Julien l'emmenait, mais elle avait l'impression que c'était un endroit où personne n'était jamais allé.
Ils avancèrent doucement, heurtant de temps à autre une pierre qui s'en allait rouler dans le néant. Soudain, au détour d'un bosquet de hêtres, le paysage s'éclaircit.
Une vallée s'étendait à leurs pieds, traversée par une rivière. Quelques fermes, une route bordée de lampadaires, des prairies à perte de vue, il n'y avait rien d'extraordinaire dans ce paysage. Pourtant, Délia en fut éblouie. Tout en bas était si minuscule, semblable à des constructions de lego, que l'on se sentait tel un démiurge contemplant le monde après l'avoir créé. Ce sentiment était renforcé par l'immensité du ciel qui leur faisait face ; d'un bleu outremer parfait. La nuit rampait à leur rencontre.
Il l'aida à descendre jusqu'à un renfoncement rocheux qui formait comme un banc autour duquel s'élevaient quelques buissons de genêt.
– C'est beau, souffla-t-elle.
– Oui, j'adore cette vue. On se sent minuscule et tout puissant à la fois, n'est-ce pas ?
Délia opina. S'asseyant sur les roches, elle remarqua un petit tas de cendres noires, vestige d'un feu, qu'elle fit mine d'ignorer. Elle n'aimait pas l'idée que d'autres personnes étaient venues ici avant elle, avaient respiré cette vue, ressenti quelque chose de similaire. Ce moment avait la pureté d'une première fois.
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Hier n'est jamais loin
RomanceElle pensait les avoir oubliés... Mais le Passé n'aime pas qu'on lui tourne le dos. En couple depuis cinq années, Délia vit une idylle parfaite avec Arnaud. Mais son cœur a-t-il réellement renoncé à ses trois amours de jeunesse ? Lorsque sonne l'heu...
