T'es un con parce que tu t'autorises pas à être honnête émotionnellement et à dire ce que tu ressens. Parce que tu crois qu'un vrai mec, c'est quelqu'un qui transforme toutes ses émotions en colère. T'es un con parce que tu fais du mal aux autres, e...
L'air maintenant sent comme s'il avait passé sur un pré. Ils ont fait le foin, quelque part, sur les pentes des Andes, Starbuck, et les faucheurs dorment dans le foin fraîchement coupé. Ils dorment. Oui, nous pouvons peiner tant que nous voulons, mais il nous faut dormir, finalement, dans le champ. Sommeil ? Oui, et pourrir parmi la verdure, comme se rouillent les faucilles de l'an passé jetées à terre et abandonnées dans les coupes non achevées...
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C'était une catastrophe.
Kitty était agrippée au volant, et tentait de toutes ses forces de refouler les larmes qui lui montaient aux yeux, et de ne pas céder à la panique, parce que si elle le faisait, qui allait conduire la voiture ? Régulièrement, elle regardait dans le rétroviseur, et Merle était toujours prostré, ramassé sur le corps inerte de son amie, et il continuait à sangloter et hoqueter des supplications inefficaces et des regrets qui arrivaient trop tard. Lui qui était ordinairement le plus solide, le moins démonstratif, le grand imperturbable du trio, était en train de perdre complètement pied, et Kitty était estomaquée de découvrir une réaction si violente chez lui.
C'était une catastrophe.
« Est-ce qu'elle est... morte ? osa-t-elle enfin demander. - Non ! »
Il s'était mis à crier.
« Non ! Qu'est-ce que tu racontes ? Elle est pas morte ! Elle meurt pas aujourd'hui ! »
D'un seul coup, Merle se sentit furieux. Contre Kitty, qui posait des questions inadmissibles. Contre les autres, là-bas, dans leur foutue usine d'engrais. Contre Vi, qui n'avait pas hésité une seule seconde à se porter volontaire pour une mission suicide. Contre lui. Contre lui, putain, lui, lui, lui. Tout ça, c'était de sa faute.
« Elle meurt pas aujourd'hui ! »
Il se reprit, passa sa manche droite sur sa figure, ce qui essuya ce qui restait de ses pleurs, mais ne put rien faire par contre pour effacer son expression dévastée. Frustré et irrité que Kitty ait été témoin de son moment de faiblesse, il lui rendit dans le miroir du rétroviseur un regard dur, comme pour la défier de formuler le moindre commentaire sur la situation.
Au moins, se dit-il, elle n'avait pas fanfaronné dans le vide un peu plus tôt ce jour-là, elle était bel et bien capable de conduire malgré son bras en moins.
Par un étrange et terrible effet miroir, Merle se retrouvait dans la situation inverse de la dernière fois, où c'était Vi qui conduisait, et où il tenait dans ses bras une Kitty en sursis, au pronostic vital plus qu'incertain. Mais il se rendait compte que ça n'avait rien à voir. Douter de la survie de Kitty avait été un moment pénible. Mais ne pas savoir si Vi allait s'en sortir, ça, c'était une horreur sans nom. C'était la première fois qu'il avait aussi peur pour elle. En fait, c'était peut-être bien la première fois qu'il avait aussi peur pour quelqu'un d'autre que lui-même.
« Roule », se contenta-t-il de dire.
Kitty hocha gravement la tête.
La conductrice, ne cessait-elle de se répéter. C'est moi la conductrice. C'était ce que Vi avait dit. Il fallait qu'elle fasse ça. Juste ça. Sa part du boulot. Les amener en lieu sûr. Elle le lui avait demandé.