Louisville ~ Mars 1859
- Avez-vous besoin que nous vous menions quelque part ? me demanda l'homme, nommez James Richardson.
Lorsque mes yeux s'étaient posés sur lui, j'eus l'impression de ne plus pouvoir respirer. Mon esprit avait été aux abonnés absents. Mon cœur s'était emballé de façon erratique. Il était beau à se damner. Il semblait courtois en tout point. Mon instinct me poussait à me rapprocher de lui et lui vouer une confiance absolue. Je ressentais un lien indéfectible nous unissant, comme s'il était normal pour nous de nous retrouver ensemble. Qu'il serait inconcevable de ne pas le toucher, lui parler, le faire rire, le rendre heureux. Tout simplement l'aimer. Je ne comprenais rien à rien.
Je me trouvais au travail et l'instant suivant en pleine cambrousse, puis une espèce de carriole, plus fabriquée après le dix-neuvième siècle débarque devant moi, conduite par un homme qui m'avait presque fait perdre la tête. Mon regard semblait irrémédiablement aimanter à cet homme, si bien que je m'en sentais gêner car, vraisemblablement, il était marié et avait des enfants avec cette jolie jeune femme.
Mes souvenirs, ou plutôt les souvenirs de cette personne que je ne connaissais pas, m'inondaient d'informations qu'il me fallait enregistrer. D'après ceux-ci, j'étais moi-même marier, à un homme odieux et violent. J'avais pris la fuite du foyer familial, deux jours auparavant, après qu'il soit parti au travail, ne supportant plus les coups. La tristesse venait de là. Grace Woods, car oui, elle s'appelait comme cela, était, néanmoins, une femme déterminée. Elle souhaitait s'éloigner rapidement de Lexington pour recommencer une vie ailleurs qui lui donnerait plus d'indépendance. Elle était en avance avec son temps.
- Pourriez-vous m'emmener le plus loin possible ? demandais-je à l'homme.
Il paraissait être pris du même mal que le mien. Nous n'avions cessé de nous fixer.
- Bien sûr. Cela serait un grand plaisir.
Sa voix n'était plus qu'un souffle qui me parvint aisément, tant il s'était rapproché. Nous n'étions plus qu'à trente centimètres l'un de l'autre et l'envie de me jeter dans ses bras se fit pressante. Je me rappelais alors de la femme qui se trouvait dans son dos, qui devait nous observait d'un mauvais œil et je reculais à contrecœur en baissant la tête afin d'échapper à son regard brûlant. Je l'entendis se racler la gorge avant de reprendre.
- Installez-vous à l'arrière avec les enfants. Nous vous mènerons jusqu'à Louisville.
- Je vous remercie.
Je ne perdis pas de temps pour me diriger vers l'endroit indiqué, suivit de l'homme. Il abaissa la barrière en bois de la carriole puis leva la main dans ma direction, dans l'intention de m'aider à monter. Je déposais délicatement ma main dans la sienne et un courant électrique passa de lui à moi. Je ne pus empêcher mon regard allait s'ancrer dans le sien, les yeux écarquillés de surprise par la bouffée de chaleur qui m'avait envahi par ce simple contact. Il se dépêcha de me faire monter et s'éloigner de moi, les yeux brillants de culpabilité et d'autre chose que je ne sus déterminé.
Je pris place en essayant d'endiguer ce trop-plein d'émotions sous le regard de ses enfants. La petite fille me regardait avec admiration. Je me demandais bien pourquoi jusqu'à ce qu'elle s'explique.
- Vous ressemblez à ma Josie, s'extasia-t-elle.
Dans un sourire attendri, je lui demandais.
- Qui est Josie ?
- Josie est ma poupée de porcelaine. C'est père qui me la offerte pour mon anniversaire.
Père ?
Je prenais alors vraiment conscience que mon esprit s'était perdu vraiment très loin. D'après la mémoire de Grace, nous étions en mille huit cent cinquante neuf. Pourquoi m'étais-je perdue aussi loin dans le temps ? Que cherchait mon cerveau à me dire ? Pourquoi inventer une vie aussi tragique ? Que venait faire là, cette famille? Pourquoi m'imaginais-je en ces temps reculé ? Je savais que lorsque je referais surface dans le monde réel, j'allais devoir contacter le psychologue qui m'avait suivi après mon réveil à l'hôpital. Il aurait certainement des réponses à m'apporter.
- D'où venez-vous ? Me sortit de mes pensées une voix féminine.
Je tournais la tête vers la femme assise près de l'homme interdit.
- Je viens de Lexington.
- Pourquoi l'avoir quitté sans rien prendre pour vous nourrir ou étancher votre soif ?
- Cela suffit, Martha. Cela ne nous concerne en rien, gronda James.
Habituée à taire mes paroles face à la colère d'un homme, je baissais la tête avant de me reprendre. Grace avait fui pour échapper à la dictature d'un homme, de son homme, ce n'était pas pour subir les foudres d'un autre.Aussi, courtoisement, je m'imposais.
- Cela ne me dérange pas, monsieur Richardson, intervins-je avant de me tourner vers la prénommer Martha.
- Je suis partie de chez moi, précipitamment. Voilà tout.
- Y a-t-il une raison ? voulut savoir James, contredisant ses propres propos.
Il avait quitté la route des yeux pour me lancer un regard concerner. J'hésitais à révéler mon secret. En ces temps-là, il était mal vue qu'une femme abandonne son mari.
Je me devais être courageuse. De plus, je doutais que l'opinion de l'homme change à mon égard. Je le sentais dans mes tripes.
- Je fuis mon mari, avouais-je piteusement.
Le couple eut une expression choquer.
- Pourquoi cela ? s'horrifia Martha.
N'aimant pas le jugement dans sa voix, je me concentrais sur James.
- J'en ai eu assez de supporter les coups de celui-ci. Je n'en pouvais plus. C'était la fuite ou la mort.
Je vis ses mains se resserrer sur les rênes, qui étaient reliées aux licols de ses chevaux, au point de blanchir sous l'effort.
- Il vous frappait régulièrement ? demanda-t-il entre ses dents.
Je baissais la tête, honteusement. Il était difficile de distinguer mes émotions de celles de mon hôte.
- Quotidiennement. Chaque personne à ses limites, vous savez.
- Vous avez bien fait de partir, déclara-t-il férocement, vous pourrez rester chez nous, le temps qu'il faudra, dit-il en s'arrêtant devant une petite maison faite de bois.
Cela devait être leur maison. L'envie de rire me prit. Me voilà dans un épisode de «la petite maison dans la prairie».
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The quest for Destiny
RomantizmDestiny avait le coeur sur la main. Elle vivait uniquement pour venir en aide aux autres. Ainsi, elle s'était choisi un métier en conséquence. Elle était infirmière hospitalière et aimait cela malgré les hauts et les bas qui allaient de pair avec ce...
