Louisville ~ Décembre 2020
Emmitoufler dans mon manteau beige et mon écharpe rouge, je parcourais les boutiques artisanales afin de trouver un collier disposant d'un camée pour ma mère. J'avais déjà trouvé une mallette de jardinage pour mon père, qui ferait son bonheur. Ses outils de travail n'étaient plus tout jeunes. Quant au couple d'amis de mes parents, je m'étais contenté de faire plaisir à madame avec un parfum fruité et pour monsieur, une montre au bracelet en cuir. Il ne restait qu'à trouver ce fameux collier pour l'amatrice de bijoux vintage et le fils du couple. J'étais complètement dans le flou le concernant. Je ne savais ce qu'il aimait. Je devais donc faire confiance à mes goûts en espérant que cela lui plaise.
À cinq mètres de moi, se tenait une boutique à l'aspect très ancien. Cela était la première fois que je la remarquais mais elle me paraissait familière. En vitrine prônaient plusieurs objets en tous genres. Cela allait de l'horloge, aux bouquins, aux simples plateaux en argent. Que des objets anciens. Ce ne fut pas cela qui m'interpella cependant mais le camée qui était religieusement posé sur un coussin rouge.
Je me précipitais à l'intérieur faisant tinter la clochette au-dessus de la porte en bois sombre à mon entrée.
- Bonjour, jeune demoiselle, m'accueillit un vieil homme souriant.
- Bonjour, monsieur.
- Puis-je vous aider ?
- Oui. J'ai remarqué que vous vendiez un camée, exposer dans votre vitrine. Est-ce une broche ?
- Effectivement.
- Pourrais-je la voir de plus près ?
Il s'avança dans m direction, contournant son comptoir, et prit l'objet dans ses mains avant de me le tendre.
- Il est magnifique, murmurais-je à moi-même.
- Il a appartenu à quelqu'un de très spécial pour moi. Je me suis toujours juré de le vendre à la bonne personne. Je pense l'avoir trouvé, souriait-il en me fixant.
- Il était à votre femme ?
- Effectivement. Il est depuis des générations dans la famille de ma défunte femme.
J'eus un mouvement de recul.
- Oh... vous devriez alors l'offrir à un de vos enfants, dis-je en lui tendant la broche.
Il secoua la tête, les yeux tristes.
- Ma fille est morte. Elle était ma seule enfant. Ma femme était enfant unique. Il doit revenir à une personne qui sera en faire bon usage et le traiter avec le respect qu'il mérite, mon enfant. Prenez-le.
Il repoussa doucement ma main en refermant mes doigts sur l'objet.
- Vous êtes sûr de le vouloir ?
Il me scruta un moment et une étincelle se mit à briller dans ses petits yeux cernés par la fatigue.
- Oui. Vous êtes la bonne personne.
L'atmosphère se fit étrange. Le vieil homme semblait ému en posant les yeux sur moi et la pensée qu'il avait, peut-être, rencontré une de mes réincarnations par le passé, me cloua sur place.
- Vous m'avez déjà vu, n'est-ce pas ? Ou du moins une personne qui me ressemblait fortement.
Son souffle se coupa. Il resta silencieux un moment, continuant à me fixer avec émotions.
- Vous ressemblez à son arrière-grand-mère lorsqu'elle était jeune. L'arrière-grand-mère de ma femme. Je pourrais jurer que vous êtes son sosie en tout point.
Je hochais la tête, peu surprise, en détournant les yeux. Je me sentais familière des lieux. Les étagères contre les murs. Le comptoir au fond de la salle. La table en chêne au milieu de la pièce. Les odeurs étaient les mêmes. Comment pouvais-je m'en rappeler alors que je n'avais pas vécu ce moment-là de sa vie ?
- Était-ce son magasin ?
- Oui. Elle a investi dans ce commerce en mille huit cent soixante cinq, après avoir prospéré en Géorgie deux ans auparavant.
- S'appelait-elle Grace Woods ? demandais-je le souffle court après avoir fait un rapide calcul.
- Comment saviez-vous ?
Que pouvais-je répondre à cela. Je ne pouvais décemment pas lui expliquer que j'avais vécu, un court instant, la vie de Grace. Je baissais le regard sur le camée, évaluant le pourcentage de chance que je tombe sur l'entreprise que Grace avait faite prospéré au point qu'elle existait toujours, cent cinquante neuf ans plus tard. De plus, je m'apprêtais à acheter un camée lui ayant appartenu. Cela était une sacrée coïncidence.
- Combien vous dois-je pour le bijou ? occultant sa question.
Il plissa les yeux, un sourire en coin. Étrange.
- Il est à vous, jeune demoiselle. Je crois qu'il vous revient de droit.
- Oh non. Laissez-moi le payer, plaidais-je.
Il refusa à nouveau en levant les mains devant lui et les secouant.
- Non. Il est à vous.
Insister ne servait clairement à rien. Il semblait déterminé à me le donner. J'allais, quand même, le faire jusqu'à ce que les tremblements me secouèrent de l'intérieur. J'avais horreur que cela me prenne en public, de peur que les gens remarquent que quelque chose n'allait pas mais je ne pouvais choisir alors, commençant à m'y faire, je me contentais de fermer les yeux jusqu'à ce que cela passe et d'ouvrir les yeux sur un nouveau paysage.
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The quest for Destiny
RomanceDestiny avait le coeur sur la main. Elle vivait uniquement pour venir en aide aux autres. Ainsi, elle s'était choisi un métier en conséquence. Elle était infirmière hospitalière et aimait cela malgré les hauts et les bas qui allaient de pair avec ce...
