Chapitre 18 : Nils

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Scandinavie ~ Mars 811

Depuis mon plus jeune âge, j'avais toujours voulu devenir le chef de guerre du Jarl. Je m'étais employé à devenir le meilleur guerrier de mon clan. J'avais atteint mon but. Nous n'avions, certes, pas la grandeur et la réputation des hommes qui allaient nous rendre visite mais j'avais dans l'espoir d'y parvenir, un beau jour.

J'étais chargé d'observer les comportements de nos visiteurs, estimer dangereux pour notre province. Aussi, je restais à l'écart, pour le moment, afin d'évaluer leur potentiel de férocité. Nous n'avions pas pour projet de passer à l'attaque. Au contraire, Björk souhaitait en faire des alliés, mais nous devions être sûr de ne pas nous faire doubler par ce clan réputé sanguinaire. Cela serait un bénéfice de les avoirs de notre côté. Beaucoup d'hommes et de femmes avaient quitté leur clan pour les rejoindre car ils étaient prospères. J'avais, moi-même, été tenter de prendre part à leur communauté. Cependant, mon grand-père, mon père et mes frères avaient été des soldats de notre clan. Je devais leur faire honneur.

Assis, non loin du marché de la ville, je scrutais l'horizon, plongé dans mes pensées emplies de rêve de gloire et pouvoir. J'espérais, un jour, précédé à notre jarl, de son propre choix. Il n'avait pas de fils et devrait choisir parmi ses meilleurs guerriers pour lui succéder. Cela serait moi. Toutes autres options ne seraient envisageables. J'avais des ambitions. J'étais prêt à tout pour atteindre mes buts.

Une petite armée de monture débarqua au milieu du marché. Sept d'hommes et une femme sautèrent de cheval et scrutaient les environs. Ils étaient arrivés. Mon travail devait commencer.

Assis près d'un étal de fruit, je scrutais chaque mouvement, chaque regard que portaient les hommes sur les passants. Je tentais de deviner leur état d'esprit, leur penser. Ils ne semblaient pas venir avec hostilité, excepté la femme, qui fusillait les habitants du regard. Je ne me méfiais pas des femmes. Je ne les voyais pas comme des menaces. Elles étaient trop faibles face à des guerriers aguerris tel que nous. Il y avait, bien sûr, des soldats féminins dans nos rangs mais elles n'égalaient en rien nos hommes. Je ne m'attardais, donc, pas sur elle malgré mess instincts féroces de mâle qui m'ordonnaient d'y prêter attention.

Björk entra en scène et salua amicalement les nouveaux arrivants. Les hommes du clan du nord s'avancèrent autour de leur jarl. Quant à la femme, elle restait derrière leur chef, le dos droit, la tête haute. La fierté incarnée. Je pris un moment pour l'observer plus en avant. Elle possédait de long cheveux blonds tressés de mille façons. Sa peau de porcelaine semblait sans défaut. Cela n'était pas le plus perturbant venant d'elle. Ce fut son expression impassible, presque sans âme. Elle semblait ne pas être capable d'empathie. Cela la rendait infiniment attrayante.

J'avais déjà entendu parler d'une femme du clan du nord qui ne connaissait ni pitié, ni remords. Plus sanglante que le diable en personne.

Aussi deux questions se posèrent à sa présence.

Pourquoi avoir décidé d'emmener avec eux, ce séduisant monstre ? Était-elle la nouvelle compagne du leur jarl ? Cela expliquerait sa présence lors de cette visite. Le regard inexorablement attiré par elle, cette idée me contraria. Un sentiment de trahison m'envahissait. Cela fut sans précédent.

Björk embarqua Knut avec lui afin de discuter des détails de cet échange, laissant derrière eux les accompagnants du jarl voisin. Trois des hommes partirent de leurs côtés en riant joyeusement, les regards portaient sur nos femmes, occupés à faire leur marché. Les trois autres ne bougèrent pas, à l'affut. La femme avait toujours le regard porter sur le chemin qu'avaient emprunté les chefs de village.

- Sunniva, reviens par là, hurla Elina à sa fille, paniquée.

La petite, aveugle des personnes qui se trouvait face à elle, percuta les jambes de la femme qui la fusilla du regard. Le doute, qu'elle soit la fameuse guerrière sanguinaire, s'envola lorsque sa bouche s'ouvrit sur des dents aussi aiguisée que des lames de couteau. Lorsque la petite s'enfuit en hurlant de terreur, les hommes rigolèrent sombrement, en sortant, chacun leurs armes et commencèrent à piller les étales de pommes et orange, pour se goinfrer devant les commerçants démunis. Aucun n'osait bouger, se rebeller. Cela aurait annoncer leur mort. Je savais ce clan dangereux. Knut possédait les hommes les plus impitoyables qui existait. Il avait même su trouver la fille d'Hadès et la faire entrer dans ses rangs. Cela crevait les yeux. Il s'était très bien entouré. Nous n'avions pas les moyens contre des hommes nés pour le combat alors que nous comptions seulement des combattants de fortune. Nos hommes avaient un métier pour faire vivre leur famille. Il ne vivait pas seulement pour le combat. Ses hommes mangeaient, buvaient, respiraient pour combattre et piller. Ils n'étaient pas de l'acabit des nôtres. Ils étaient trop puissants. Björk avait de bonnes raisons de les vouloir de notre côté. Les avoirs comme ennemie seraient la mort de notre village. Il était dur pour mon ego de mâle d'avouer ma faiblesse face à ses ordures, qui n'hésitait aucunement à faire des victimes parmi les femmes.

La femme passa près de moi pour atteindre la taverne de Juni. Je ne pus m'empêcher d'être partagé entre la fascination qu'elle m'inspirait et le dégoût de la savoir affilier à ses démons. Ses yeux bleus ne brillaient d'aucune lumière de vie.Ses traits étaient figés et tirer par une fureur latente. Chacun avait un passé qui nous forgeait. Quel était le sien pour qu'elle soit emplie d'une telle rage ?

Elle fut vite suivie par les trois autres hommes. Je décidais de suivre le mouvement. Je me levais et m'installais au bar pour commander une coupe d'hydromel. Il me fallait être discret. Je savais que je n'avais rien à observer de plus mais je voulais tenter de percer le secret de cette femme. Inexorablement attirer par son aura.

Je me trouvais dos à eux, non loin de leur table. Les hommes étaient bruyants alors qu'elle restait silencieuse, le regard droit devant elle, sans ciller.

- Allez la démone, sourit un peu, la charria l'un d'eux.

Je tournais la tête en leur direction pour la voir lui jeter un œil assassin. Elle gonfla sa poitrine dans une grande inspiration d'exaspération et relâcher l'air capturer.

- Tu crois que ça va mal se finir entre eux ? demanda un autre homme.

Elle haussa des épaules, l'air nonchalant.

- C'est ton oncle, Sanna. Tu le connais mieux que personne. Toi seule, peut nous mettre sur la voie. Alors on va pouvoir s'amuser ou pas ?

Elle quitta le point invisible qu'elle fixait depuis un moment pour regarder l'homme avant de lorgner dans ma direction, les sourcils froncer.

- Pas de bataille, aujourd'hui, annonça-t-elle d'une voix douce et apaisante qui contrastait avec sa légende.

Je me redressais prestement, en sachant que j'avais été pris sur le vif à les espionner, comme un débutant. Sa présence perturbait mes sens. Je n'étais pas à ce que je devais faire. Une chaise racla le sol et je sentais sa présence dans mon dos, la seconde qui suivit. Elle m'attrapa le bras et me forçait à me retourner. Elle avait de la poigne pour une femme. Je ne pus que suivre le mouvement. Elle me tira à elle alors qu'elle se dirigeait vers la sortie puis elle m'emmena entre deux maisons, à l'abri des regards. Elle me plaqua contre un mur et fouilla de ses yeux perçants, mon âme.

Elle ne pourrait pas faire le poids contre moi. Je ne réagissais, cependant, pas à ses gestes brusques. Je ne sentais aucune agressivité de sa part. Je la laissais donc agir, intrigué par la tension sexuelle qui se dégageait de nos deux corps. Elle me regardait avec colère. Cela attisa ma surprise alors, lorsqu'elle déposa brutalement ses lèvres sur les miennes, déclenchant un torrent de chaleur dans tout mon corps.

The quest for DestinyOù les histoires vivent. Découvrez maintenant