Chapitre 16 : Destiny

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Louisville ~ Decembre 2020

Cela faisait trente minutes que nous rangions dans un silence parfaitement calculer. Elle ne cherchait pas la conversation. Je la soupçonnais d'agir de la sorte afin de me laisser réfléchir à ses mots. Elle voulait que je trouve la lumière au bout du tunnel, toute seule.

J'essuyais le dernier verre et le reposais dans le placard prévu à cet effet alors qu'elle faisait couler deux cafés et les amener au salon.

Nous nous installions sur le canapé, sans nous adressait un seul regard, jusqu'à ce qu'elle se tourne vers moi, l'expression affligée.

- Je sais que c'est dur... Tu es entrain de vivre des moments compliqués. Je ne sais pas quels étaient tes voyages mais je pense qu'il y en a un qui t'a énormément affectée. Alors on va commencer par ça. Raconte-moi.

Je ne m'attendais pas à devoir entrer dans le vif du sujet si rapidement. Il était vrai que j'avais commencé à sombrer après être revenue d'Italie. Ma rencontre avec Fosco m'avait anéanti. Comment étais-je censé vivre la perte d'un homme, qui plus est inconnu, qui appartenait à un autre temps ?

- Italie. Mille neuf cent dix-neuf...

- Ça t'a marquer au fer rouge, devina-t-elle, pourquoi ?

Je déglutissais bruyamment puis pris une longue inspiration. Je n'avais pas encore prononcé ses mots à haute voix et j'avais peur de craquer en le faisant.

- La grippe espagnole sévissait partout...

- Lequel de vous deux étiez malade ? investiguait-elle.

Je savais qu'elle s'en doutait mais elle voulait que je prononce ses mots afin de m'en purger. Elle était forte.

- Lui, répondis-je la gorge nouée.

- Qui étais-tu ?

- J'étais infirmière dans l'hôpital en question.

- Ce fut alors à ce moment qu'ils se sont croisé... réfléchissait-elle à voix haute, les yeux dans le vague.

- Comment ça ?

- Toutes les réincarnations que tu occupes sont des toi, du passé. La réincarnation existe réellement. Tu ne peux investir que les vies où tu as pu croiser, rencontrer, ton âme-sœur. Tu ne l'as pas fait dans toutes tes vies. Seulement certaines. Pour l'Italie, ils ont forcement dû se rencontrer. Là «toi» de l'époque a dû ressentir la même chose que toi si elle est tombé sur lui dans cet état. Comment ils s'appelaient ?

- Fosco et Carolina.

Elle eut un petit sourire.

- Tu as mis son prénom en premier et tu l'as prononcé avec des étoiles dans les yeux. Signe que tu es en plein dans le processus. Que s'est-il passé ensuite ?

- Je l'ai soigné puis j'ai dû m'occuper des autres malades. Quelques heures plus tard, il dormait toujours et on m'a demandé d'en faire de même. Alors je me suis rendu dans une chambre, réservé au personnel. Ma chef de service est venue me réveiller, au bout d'un moment, pour m'annoncer son...

Je ne parvenais pas à prononcer la fin de ma phrase mais je savais qu'elle ne me laisserait pas m'en sortir. Elle allait vouloir me l'entendre dire. Il fallait que j'y arrive. J'avais, cependant, les larmes aux yeux, la gorge tellement nouée que j'en avais des difficultés à respirer correctement tant je tentais d'endiguer des sanglots incontrôlables. Le premier vint.

- Son ? Dis-le, ma puce. Il faut que tu le dises.

- Son... décès..

J'explosais dans un désespoir étouffant. Mes sanglots empêchaient l'oxygène d'arriver à mes poumons. Je ne pouvais contrôler les petits cris de chagrin de sortir de ma gorge. Cela était trop douloureux. Plus j'y pensais, plus je revoyais le sourire fatigué qu'il m'avait adressé lorsque j'avais consenti à ce qu'il me fasse la cour. Je savais que même sans la maladie, il serait mort, mais cela ne m'apaisait pas. Laisser l'homme qui allait pénétrer ma vie, avoir un tel pouvoir sur moi, me terrifiait.

Cora me prit dans ses bras et me berça, délicatement, jusqu'à ce que je réussisse à me calmer. Nous étions resté dans cette position une éternité avant que je me recule doucement.

- Comment as-tu fait ? Comment vivre avec ça, Cora ?

- Un pas après l'autre, ma puce. C'est tout ce qu'il y a à faire. Tu ne tomberas pas toujours sur des vies aussi tragiques. Je sais que c'est douloureux. Je ne peux même pas envisager de vivre sans Dalton. Cela m'est inconcevable. Rien n'est perdu. Ton Fosco est là, quelque part. Il t'attend alors ne le fait pas attendre trop longtemps, tenta-t-elle une blague.

Je parviens à lui retourner un petit sourire malgré mon cœur brisé. Je pris une grande inspiration. Voir les choses du bon côté. Il n'était pas aisé d'appliquer cela.

- As-tu fait un autre voyage après celui-ci ?

Je hochais la tête par l'affirmatif.

- Où?

- Égypte. Mille cinq cents avant Jésus-Christ.

Ses yeux s'écarquillèrent, comme impressionner.

- Je n'ai jamais remonté aussi loin dans le temps. Comment s'était ?

- En rien, plaisant. J'étais une femme exécrable. Je ne m'aimais pas beaucoup dans cette vie-là.

Il me fallait m'y faire. Je n'allais pas toujours apprécier la femme que j'avais pu être. Mon voyage en Égypte n'allait pas être le dernier.

Au vu des tremblements de mes mains et de la sensation d'être, soudainement, aspiré, cela se confirmait. J'allais repartir sans aucune envie.

Je levais le regard désespéré sur ma nouvelle amie et dans un souffle, je lui dis.

- Je pars..

Je vis ses lèvres bougées, une demi-seconde, avant de fermer les yeux, puis tout se stabilisa, soudainement. Je n'étais plus Destiny, à nouveau.

The quest for DestinyOù les histoires vivent. Découvrez maintenant