Louisville ~ Novembre 2020
Je sentis mes muscles se relâcher d'un seul coup, ce qui me fit vaciller. Une chose solide me percuta le dos. Je tournais la tête et vis que c'était la porte du bâtiment B de l'aile ouest.
J'étais revenue à moi. Cela fut un grand soulagement. J'étais, cependant, parti longtemps, cette fois. Je ne comprenais pas comment cela était possible que je puisse me trouver au même endroit que lorsque j'étais parti, plus de douze heures plus tôt. Personne ne s'était rendu compte de ma présence ? Cela était impossible. Je n'étais pas la seule à travailler dans cette partie du bâtiment. Mes collègues aurait dû me passer devant pour accéder à l'étage du bas afin de rentrer chez eux. Comment était-ce possible dans ce cas ?
Je soufflais un bon coup, le corps endolori. Iris s'avança vers moi, l'air inquiète.
- Tu vas bien, Destiny ? Tu semblais complètement ailleurs durant une seconde.
Je fronçais les sourcils.
- Une seconde, tu dis ?
- Oui. Tu t'es figé, les yeux dans le vague. Je t'ai appelé mais tu n'as pas répondu.
Une seconde ? Je n'étais pas partie douze heures mais seulement, une seconde ? Je ne comprenais rien à rien. Je m'excusais auprès de mon amie et passais la porte en empochant mon téléphone portable. Je composais le numéro de celui qui m'avait tant aidé après mon réveil.
- Cabinet du docteur Baron. Que puis-je faire pour vous ?
- Bonjour Moïra, c'est Destiny Massie.
- Oh oui. Bonjour Destiny. Vous allez bien ?
- En fait, je ne sais pas trop. J'ai besoin de faire la lumière sur quelque chose et je ne le pourrais pas sans l'aide du Docteur Baron. C'est la raison de mon appel. Je voudrais un rendez-vous au plus vite, s'il vous plaît.
- Très bien. Laissez-moi regarder dans son agenda... Il pourra vous recevoir vendredi à quinze heures. Je suis désolée, il n'a pas de place libre plus tôt.
- Ce n'est pas grave. Vendredi, c'est très bien. Je vous remercie Moïra et mes amitiés à votre mère.
- Cela sera transmis. Passez une bonne journée.
- Bonne journée à vous aussi.
Je le savais très occupé. Le docteur Steven Baron était un thérapeute très coté par ses résultats. Ses méthodes délicates et tranchées avaient fait ses preuves sur nombre de ses patients. Il fallait que je lui parle. Qu'il m'explique ce qui m'arrivait.
Cela était trop étrange. Que tout cela voulait-il dire ?
Grace et moi ne faisant plus qu'un. James et mon attirance indéniable pour lui.Cette illusion d'avoir fait un bond dans le temps de cent soixante et un an en arrière. Cela soulevait beaucoup de questions dont le principal était pourquoi ?
Je me passais une main sur le front, sentant poindre une migraine.
- Tu devrais rentrer chez toi, Destiny.
Je me retournais pour voir Iris se tenir dans l'encadrement de la porte.
- Je vais...
- Non, tu ne vas pas bien, me coupa-t-elle, rentre et reposes-toi, ordonna-t-elle délicatement.
- Très bien. Je crois que tu as raison. Je ne serais bonne à rien de toute manière.
- Eh, tu as subi un gros choc avec l'accident et la mort de Perry. Il est normal que tu es du mal à te remettre dans le bain.
Elle m'enlaça puis retourna dans sa section, refermant derrière elle, non sans un regard compatissant. Je repris la direction des vestiaires pour récupérer mes vêtements de ville et me presser à rejoindre ma voiture. J'avais besoin d'être seule, de réfléchir à tout cela. Étais-je en train de devenir folle ? de perdre l'esprit ?
Je conduisis plus vite que la normal et arrivais rapidement chez moi, où je m'enfermais. Vautrée sur mon canapé, je me passais les mains sur le visage, incapable d'oublier celui de James. Cet homme, imaginer par mes soins, d'un autre temps, m'obsédait littéralement. Sa prestance, sa voix, sa peau, son parfum, son regard. Tout cela était ancré viscéralement en moi. Lorsque je m'étais réveillé, ce matin même, ou plutôt le matin de mon imaginaire, j'étais parti sans un regard en arrière. Je savais que je délirais et qu'il ne fallait pas que je persiste là-dedans. Au moment où j'avais atteint la sortie de la ville, j'avais senti des picotements dans tout le corps et en une fraction de seconde, je m'étais retrouvé devant la porte de ma section à l'hôpital. J'étais redevenue moi. Cela avait, néanmoins, laissé des séquelles. Les informations sur la vie de Grace Woods étaient toujours enregistrées dans mon cerveau et James hantait mes pensées.
J'attrapais mon ordinateur portable et ne pus m'empêcher de taper le nom de James Richardson dans le moteur de recherche. Cela ne donnait aucun résultat, signe que cela avait été un simple délire. Je tapais, ensuite, le nom de Grace Woods. Cette fois-ci, plusieurs pages internet ressortis. Perplexe, je cliquais sur le premier lien.
J'attendis, impatiente d'en savoir plus. D'apprendre que je n'étais pas complètement folle ou alors que je n'avais pas rêvé ces personnes. Ils avaient pu jaillir de mon esprit après en avoir entendu parler à la télévision, à la radio ou dans un bouquin. Je l'espérais fortement.
Désespérément, je regardais la page m'indiquant qu'il me fallait cliquer sur un autre lien pour obtenir les informations qui m'intéressaient tant. Sans perdre de temps, je suivis les directives jusqu'à arriver sur la page qui me fournirait des réponses.
Grace Woods avait bel et bien existé. Elle était née en mille huit cent trente-trois au Colorado. Elle s'était mariée à un riche homme d'affaires. Elle avait demandé le divorce, deux ans après mon apparition dans sa vie. Suite à cela, elle avait prospéré en ouvrant un commerce avec l'aide d'un ami. Elle était décédée en mille huit quatre vingt treize, d'une pneumonie.
Je continuais à descendre plus bas puis ma main se figea, mon souffle se coupa, mon cœur battit à grande vitesse. Il y avait une photographie, en noir et blanc, de Grace, tout en bas de la page. Cette jeune femme avait une particularité qui me laissa en état d'angoisse.
Car Grace Woods me ressemblait comme deux gouttes d'eau.
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The quest for Destiny
RomanceDestiny avait le coeur sur la main. Elle vivait uniquement pour venir en aide aux autres. Ainsi, elle s'était choisi un métier en conséquence. Elle était infirmière hospitalière et aimait cela malgré les hauts et les bas qui allaient de pair avec ce...
