Une gorgée

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J'accepte jamais le verre d'un inconnu sans connaître son nom, répond malicieusement Louisa en souriant à son tour.
Si je vous dis mon nom, vous devrez me dire le vôtre. Et je doute que vous en ayez envie n'est ce pas ? répond l'homme en s'asseyant à son bureau.
—Je pense surtout que vous connaissez déjà le mien. Je me trompe ?

L'homme sourit.

Non, vous vous trompez pas mademoiselle Conti.

Avec un regard provocateur, Louisa prend un gorgée du poison alcoolisé en se retenant de ne pas tousser.

Je m'appelle Henrique Tavares.
—Enchanté monsieur Tavares, rétorque Louisa.
Je vous en prie, nous sommes intime maintenant ! Appelez-moi par mon prénom, dit-il en prenant à son tour une gorgée.

Louisa ressent quelque chose chez cet homme, quelque chose de malsain sous cette apparence tranquille qui la met terriblement mal à l'aise. Mais ce n'est pas le moment de se dégonfler et surtout de se fier à ses intuitions.

D'accord Henrique. Alors ? Pourquoi je suis ici ?
Ah vous êtes direct, c'est bien, l'homme reprend une gorgée et continue. C'est très simple, plus de 80% de mes marchandises est destinée à l'Europe. Comme vos collaborateurs ont dû vous le préciser, je trafique des armes, des pierres précieuses, des objets d'art mais surtout de la cocaïne. La sainte mère de toutes les drogues et protectrice de mes revenus. À ma grande surprise, une grosse cargaison préparée des mois à l'avance n'est pas arrivée à un importants client de Finlande. Après petite enquête, j'ai appris le regrettable incident de mon ami Del-Orti et je me suis alors demandé : Qui est au commande de ALLOS ? À qui je laisse l'énorme responsabilité de transporter le pain qui fait vivre ma famille ?

Toutes ces allusions bibliques montrent qu'Henrique est profondément croyant. Louisa ne faiblit pas et reste sure d'elle même si le ton employé par cet homme lui fait froid dans le dos.

Je comprend, vous avez peur pour votre business, rétorque t-elle.
Exactement, je veux m'assurer que les choses sont en ordre et connaître mon nouveau collaborateur enfin... collaboratrice.
Votre cargaison s'est faite attaquée hier. On pense par les Balaz, un réseau de Slovaquie.
—Vous pensez ?
—On attend d'avoir plus d'informations.

L'homme prend une gorgée.

Bien bien ... et ma cargaison ? Qu'est elle devenue ?

Louisa hésite. La réponse paraît évidente.

Perdue. La police est arrivée rapidement sur les lieux de l'attaque et tout a été saisi.
—Connaissiez vous son contenu ?
De la cocaïne je suppose.

Subitement, l'homme se redresse et assène un violent coup de poing sur son bureau. Son verre de whisky tressaute face à l'intensité du coup.

Voilà pourquoi vous avez échoué !! hurle-t-il avec un excès de rage faisant jaillir ses larges veines sur son front. Vous ne connaissiez pas la valeur de cette cargaison donc vous n'avez pas été assez prudent !! Ce n'était pas simplement de la cocaïne, mais aussi des pierres précieuses provenant de mes propres mines au Brésil !! Une valeur inestimable et des pierres irremplaçables contrairement à de la drogue ! Votre manque de connaissance montre votre profonde faiblesse !

La carcasse s'est enfin ouverte. Louisa aperçoit le vrai individu, comme elle l'envisageait et pour le coup son intuition était bonne. Même si son cœur frappe violemment sa poitrine, elle ne se laisse pas intimidée.

Vous pensez que l'attaque était prévisible ?! Non ! J'étais sur les lieux moi-même voulant m'assurer du parfait acheminement de votre cargaison. Nous avons été surpris !
—C'est notre métier !! Ne jamais se faire surprendre !
—Pourtant ça arrive !
—Oui effectivement, je suis surpris que Del-Orti est confié son empire à sa petite pute !

Louisa, émet un léger recul en arrière. Ses paupières tressautent. Elle pose délicatement son verre face à elle, se lève doucement et apose ses deux mains sur le bureau en se rapprochant doucement d'Henrique. Elle plonge son regard dans le sien. Son cœur bat la chamade, une rage intense s'empare d'elle mais contrairement à lui, elle sait la canaliser.

Oh non Henrique... sois pas une petite merde comme ça, Del-Orti m'a tout expliqué sur son business et son fonctionnement. Il m'a choisi pour mes capacités et comme tu dois le savoir, il ne prenait aucune décision au hasard, dit Louisa en maintenant le combat de regard. Tel un chien enragé, elle ne lâche rien.
Il m'a formé, appris les moindres rouages de ce métier, et me traiter de pute c'est aussi traiter Del-Orti de pute, comprendo ?

L'homme commence à vouloir dire quelque chose.

Tttttt, coupe Louisa en pointant son doigt. Tu sais, la petite pute à compris quelque chose Henrique. Sans moi et mes bateaux, ta marchandise reste à mexico. Tu veux vendre en Europe ? T'as pas le choix, il faut utiliser ALLOS. Mais le plus incroyable figure toi, c'est que ce sera beaucoup plus facile pour moi de me trouver d'autres fournisseurs ! C'est vrai apparement Reynosa est la capitale des cartels, quelques petits prospectus et je suis sûr de remplir mon carnet de commande. Tu veux mes bateaux ? Tu veux écouler ta marchandise en Europe ? Va donc falloir commercer avec la petite pute, désolé pour toi Henrique.

Louisa se rassoit sur sa chaise, prend son verre et l'engloutit d'une traite comme Hélène et son troisième martini-olive dans l'avion.

Alors Henrique ? Je dois rayer la Sombra de ma clientèle ?

À LA TÊTE DU CARTEL Des histoires addictives. Découvrez maintenant