Déesse

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Le froid hivernal finit par envahir la capitale.
Quelques rares bourrasques de vent font virevolter les arbres dans une danse quasi symbiotique avec les fins nuages recouvrant la lune blanche de cette soirée.
Isolés dans les jardins du manoir, Andrej Kïska accompagné de l'un de ses gros bras, maintient en joug Louisa et André.
Julien git inconscient au sol.
Contrairement à son air faussement chaleureux affiché tout à l'heure, Andrej, le regard emplit de haine et le visage blessé par la projection de débris s'avance en leur direction.

J'ai l'honneur d'avoir ALLOS au grand complet ! Je savais que j'aurai directement dû te buter ! dit-il en regardant André.
Oui, je l'aurai fait mais comme tu l'as si bien dit, on possède le même prénom mais pas la même intelligence dans les affaires, rétorque-t-il.

Louisa s'abaisse vers Julien pour vérifier son état mais est immédiatement rappelé à l'ordre par Andrej.

Relève toi salope ! hurle-t-il en tendant son arme.

Louisa obéit et contre toute attente, s'avance lentement en direction d'Andrej pour faire face au canon de son revolver. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que Julien ne se vide de son sang, il faut en finir.

Vous pensiez qu'on allait laissé André se faire tuer sans rien faire ?! Qu'après vos multiples attaques contre ALLOS on allait simplement passer l'éponge et mourir en silence ?! s'exclame-t-elle.

Andrej, surpris par l'excès de zèle de la jeune femme, colle le canon sur son front.

Mais t'es qui toi ?! La nouvelle petite pute d'André ?!

Louisa, immobile, continue de le fixer sans une once de peur. Une seule pression sur la détente et tout s'arrête. Mais l'adrénaline présente à forte dose dans son corps lui obstrue toute pensée rationnelle et inhibe totalement son instinct de survie.
André l'observe, perplexe, mais surtout apeuré de la voir se faire exécuter d'une seconde à l'autre.

Vous savez, j'aurai jamais pensé qu'une gamine de vingt ans comme moi réussirait à s'en prendre à un homme comme vous. Mais j'ai appris que dans ce milieu tout est possible surtout quand un homme se pense intouchable. C'est encore plus simple.
Mais t'es qui ?! hurle Andrej en appuyant le canon sur son front.

André est prêt à bondir pour sauver Louisa, mais son homme de main le tient en joug. Un seul mouvement et il sait qu'une balle lui transpercera le crâne aussitôt.

—Je suis celle que vous avez attaqué à coup de mitraillette sur l'autoroute. Celle qui en représailles a torturé et exécuté vos hommes. Celle que vous avez accueillis dans votre « humble demeure » pour finir par l'éventrer moi-même. Et enfin celle qui éradiquera définitivement les Balaz de la surface de la terre, conclue Louisa avec un calme déconcertant.

Andrej, étonné, relève son arme. Envahis par son égo sur-dimensionné, il se met à rigoler d'un rire viril et puissant qui interloque tant son garde du corps que Louisa et André.

J'en étais sûr ! dit-il en remettant en joug Louisa. Après l'attaque au Havre et l'absence d'un fameux coup de téléphone cela veut dire que le vieux connard qui dirige ALLOS est enfin mort ! Le secret le mieux gardé des cartels est définitivement fini ! Et le plus épatant c'est que l'empire le plus puissant d'Europe a été confié à une salope prétentieuse de vingt ans, j'ai l'impression de vivre un rêve éveillé !

Andrej regarde André.

Et toi tu est d'accord avec ça ? Après vingt ans de bons et loyaux services tu te retrouve aux ordres d'une petite salope qui n'y connais rien ?!
Tout ce que j'ai vu jusqu'à présent, c'est que cette petite salope t'as mené par le bout du nez et a réussit à me libérer. Retourne toi Andrej et regarde ton manoir. Personne jusqu'ici n'avait osé une attaque de cette envergure sauf elle, la nouvelle dirigeante de ALLOS. Ta réputation est terminée.

Sous les mots provocateurs d'André, Andrej assène un violent coup de crosse au visage de Louisa qui s'écroule au sol.
André tente de s'interposer mais son garde tire une balle à seulement quelques centimètres de lui.

Tu m'as peut-être eu ce soir, mais je vais te finir ici et maintenant ! J'irai moi-même foutre ton corps dans un bidon d'acide et vider ce qu'il restera de toi dans mes chiottes !

Louisa, une profonde entaille à l'arcade, fixe Andrej arme fixé sur elle, le doigt sur la gâchette.
Tout à coup, comme un mort revenu à la vie, Julien se redresse et utilise ses dernière forces afin de sauter sur Andrej. Ce dernier est propulsé en arrière.
Surpris, le garde du corps dévie son arme d'André qui en profite instantanément pour le percuter à son tour.

Louisa fuit !! hurle-t-il en affrontant difficilement le garde armé au sol.

Dans sa robe moulante et ses escarpins, Louisa se relève difficilement.
Debout face à ses quatre hommes qui se battent comme des chiens enragés, Louisa hésite. Son regard se ballade et se pose sur le révolver d'Andrej projeté au sol. Instinctivement, elle court pour s'en saisir mais une main l'attrape violemment par les cheveux et la tire en arrière.
Déséquilibrée par ses chaussures à talon, son dos heurte violemment le goudron et subitement, Andrej le chevauche et enfile ses deux mains autour de son cou.
De toutes ses forces, il se met à serrer.

Louisa, immobilisée, observe l'homme le visage déformé par la haine. Elle sent son cou se rétrécir, ses vaisseaux sanguins gonfler au niveau de ses yeux, sa nuque solidement maintenue craquer.
Petit à petit sa vision s'obscurcit. Les battements de son cœur accélère.

« Je vais mourir. »
En une fraction de seconde, une ébullition mémorielle s'empare de son cerveau. Elle revoit ses premières vacances sur les plages de Normandie, ressent la douce brume océanique effleurant sa peau, les images de son frère sur son premier vélo, son petit chien et son ancienne maison, son père et sa mère riant aux éclats, son baccalauréat, son premier jour à l'université, la mort de Del-Orti, sa rencontre avec André, la lettre, le baiser avec Julien, la soirée téquila avec Hélène ...
« Hélène !! » hurle-t-elle intérieurement.
Voyant la mort arrivée et dans un dernier essai décisif avant l'extinction totale des feux, son corps produit une énergie suffisante pour lui permettre de diriger sa main au niveau de ses cheveux. De son chignon, elle sort un poignard rétractable.
Elle déploie la lame et de toutes ses forces, assène un violent coup de couteau au visage d'Andrej plantant profondément l'objet dans sa joue.

Kurva !! hurle-t-il en slovaque en lâchant son emprise autour du cou de Louisa.

Elle ouvre la bouche et inspire ce qui lui semble être, tout l'oxygène du monde. Son cerveau de nouveau correctement irrigué lui permet de reprendre doucement ses esprits. Elle tousse à chaque bouffée d'air pénétrant dans sa trachée longtemps comprimée.
Elle aperçoit Andrej fuir en direction du manoir en maintenant difficilement, à l'aide de ses mains, le poignard planté dans sa joue.
André lutte toujours avec le garde du corps et semble perdre la bataille, quant à Julien, il ne bouge plus.

Cette fois-ci, on se barre !! hurle Louisa.

Elle saisit le révolver d'Andrej et exécute sans une once d'hésitation l'homme de main des Balaz. Incrédule, André pousse le corps sur le côté et toujours au sol, observe la jeune femme.
La robe déchirée, une coulée de sang sur le visage et son cou rougit par l'étranglement lui inspire l'image d'une déesse de la guerre et André ressent désormais de l'admiration pour elle. C'est une combattante, elle n'abandonne jamais et Del-Orti l'avait bien compris.
Louisa se dirige vers Julien.

André ! Il respire plus !

À LA TÊTE DU CARTEL Des histoires addictives. Découvrez maintenant