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Abasourdi

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Même en cette heure matinale, les Champs-Elysées sont déjà bondés de piétons et touristes formant une foule compacte sur les larges trottoirs de l'avenue.
Le soleil étant légèrement réapparu sur la capitale, une magnifique journée se profile à l'horizon annonçant les débuts d'un doux printemps. Cependant, Louisa n'a pas le cœur à profiter de cette agréable matinée. Arpentant difficilement les trottoirs encombrés, elle peine à suivre Hélène qui fend la foule pour rejoindre le magasin de robe de soirée. Elle avance si rapidement que Louisa n'a que comme solution de suivre sa fumée de cigarette qui, tel un sillage, montre le chemin emprunté par sa coéquipière.

Louisa est soudainement bousculée par une petite blonde survenant face à elle et qui la projette au sol. Cette dernière ne s'excuse même pas et semble paniquée. Elle scrute la foule autour d'elle alors que plusieurs passants interloqués suite au violent choc entre les deux femmes, forment un cercle autour d'elles.

Rosa ! hurle la petite blonde en sueur.

Le temps que Louisa reprenne ses esprits et qu'elle puisse se relever, la jeune fille repart en courant et disparaît parmi les piétons.

Bordel mais qu'est ce que tu fou !? s'exclame Hélène l'apercevant le cul au sol.
J'ai été bousculée par une folle ! Ils sont vraiment tous tarés à Paris !
—C'est maintenant que tu le découvres ? Allez viens, on est arrivé.

Hélène l'aide à se relever et prend la direction du magasin situé à une dizaine de mètre. Une fois à l'intérieur, Louisa est stupéfaite par le luxe et la beauté de l'endroit. Un immense dôme en verre surplombe le hall du magasin avec en son centre, une ravissante tulipe dessinée dont la tige entoure une pyramide dorée.
Des robes de soirées dignes de films hollywoodiens agrémentent tout les mannequins du magasin. Les vendeuses, avec leur physique similaire et froid, s'apparentent plus à des hôtesses de l'air et attendent les clients comme au garde à vous.

Tu vas me dire que tu t'habilles ici ? dit doucement Louisa en esquissant un sourire.
Eh oui, figure toi que dans ce métier on a notre lot de soirées et galas ! Mais tu sais, parfois une élégante robe est plus utile qu'un gilet pare-balle. Crois en mon expérience, on a plus de mal à tirer sur une belle femme, dit Hélène avec un sourire complice.
De toute façon, je m'en fou qu'elle soit belle. Elle doit être pratique surtout.
Ohlala t'es rabat-joie !

Elles se dirigent dans le fond du magasin et commencent à choisir des tenues.

Essaye celle là, dit Hélène en lui tendant une ravissante robe bleu cendrée, décolletée dans le dos. Elle doit être de couleur sombre, pour pas qu'on puisse te repérer de loin.

Louisa pénètre dans une cabine d'essayage et enfile l'élégante tenue de galas. Ses traits juvéniles et ses cheveux ébouriffés détonnent avec l'élégante robe mais Louisa apprécie l'image que lui renvoie le grand miroir. Elle tire ses cheveux en arrière comme pour simuler un chignon et regarde son corps sous tout les angles. Louisa se sent femme et apprécie cela.
Satisfaite, elle sort de la cabine pour la montrer à Hélène.

À sa grande surprise, elle se retrouve nez à nez avec le lieutenant Bérard qui l'attendait patiemment derrière le rideau.

Monsieur Bérard ?! Qu'est ce que vous faites ici ? s'exclame-t-elle en cherchant Hélène du regard qui semble avoir disparu.
Mademoiselle Conti, bonjour. Désolé d'être si direct mais j'ai besoin de nouveaux détails sur l'attaque Rue du Louvre. C'est une question de sécurité nationale, répond le lieutenant avec un ton très solennel.
Et vous pouviez pas attendre que je vous rappelle ? Vous me suivez ou quoi ?!
—Non pas du tout, mais bizarrement vous avez changé d'adresse. Je me suis rendu à votre appartement dans Montreuil mais personne ne vit là-bas depuis des jours selon vos voisins. Et votre numéro de portable que vous nous avez fournis ne répond plus. Vous avez une explication ?

Louisa est décontenancé par les propos du lieutenant.

C'est ma vie privée, il n'y a rien d'illégal à changer de numéro et d'aller vivre dans l'appartement d'une amie pour quelques temps ! Le problème est de savoir comment vous savez que je me trouvais précisément ici, dans ce magasin ! Vous m'avez suivi ! Je suis pratiquement sûr que c'est illégal ça !
Il est question de sécurité nationale mademoiselle Conti, je dois vous poser des questions très importantes et j'ai dû trouver un moyen de rentrer en contact avec vous. Je connais mon travail !
—Je suis désolé mais c'est impossible ces jours-ci, j'ai des examens qui approchent et je dois les travailler, rétorque Louisa en élégante robe de soirée.

Le lieutenant Bérard regarde la jeune femme de haut en bas pour marquer l'ironie de la situation.

Tout en faisant des bals, susurre-t-il.
Encore une fois cela ne vous regarde pas, maintenant laissez moi. Et je vous rappellerai quand je serai disponible.

Le lieutenant Bérard lui sourit et sort de sa poche intérieure une petite carte de visite.

Tenez, il y a mes cordonnées vu qu'on ne peut plus vous joindre, dit-il en se retournant pour prendre la direction de la sortie.

Louisa, carte en main, le regarde partir complètement abasourdi par cette rencontre impromptue.

À LA TÊTE DU CARTEL Des histoires addictives. Découvrez maintenant