Anna entra dans le Grand salon à toute allure. Marie de Monseuil et la grande Dame ne remarquèrent pas sa présence, car leurs regards étaient rivés sur Basile, au centre de la pièce. Il reculait lentement devant les cinq policiers qui s'approchaient prudemment de lui.
- Veuillez vous rendre ! Nous avons assez discuté ! Vous êtes en état d'arrestation pour usurpation d'un titre et l'usage de faux documents officiels.
- Je crains de devoir vous manquer de respect, messieurs, car la chose ne sera pas possible !
Basile jeta son chapeau sur les officiers. Marie poussa un cri, ne pouvant plus contenir la tension qui rendait l'air de ses poumons irrespirables et se jeta dans les bras d'Éléonore.
Il n'osa pas la regarder. Un mal dans la poitrine le saisit. N'était-ce pas naturel ? La vie n'avait pas d'indulgence pour les pauvres ! Malgré tous ses efforts, la mauvaise destinée le poursuivait sans relâche. Le passé lui avait légué deux éléments de malheur : la pauvreté et l'espoir. L'une entraina une jalousie contre les Bien-nés et l'autre, une envie furieuse de s'élever dans la société. Il en voulait à la vie. Comme une mère incapable de chérir son enfant, il souffrait auprès d'elle. Au lieu de le consoler et de refermer sa blessure, elle le battait à nouveau !
Basile serra la mâchoire, un air de plus en plus sérieux marqua son visage. Il devait renoncer... Mais bon sang, il en était incapable !
- N'avancez plus, dit-il en plaçant son bras devant lui. Restez loin de moi !
Son cœur battait la chamade. Il passa rapidement ses doigts dans ses cheveux humides.
Les officiers le regardèrent avec inquiétude et posèrent la main sur le pommeau de leur épée.
- Je ne fais que porter le fardeau d'être né pauvre ! s'exclama Basile. Et le pire c'est que je devrais me sentir coupable avec ce motif ! Aujourd'hui, vous êtes les bons et je suis le méchant. Lorsque j'étais le grand René de Fontaine, on me traitait comme un monsieur !
Il tourna la tête vers Marie et pouffa d'un air narquois.
- J'étais un ange, personne ne me repoussait, dit-il avec ironie. Demoiselle de Monseuil - il la désigna du menton - me trouvait charmant ou du moins elle était contente de me voir ! J'ai été jusque là un ami et maintenant je ne suis plus qu'une source d'ennui. Vous ne resteriez pas une heure avec moi ! La vie n'est-elle pas injuste ? Faut-il que je sois encore plus malheureux ?
- Je n'ai jamais voulu que vous soyez arrêté ! Se défendit Marie. Mon frère est contraire à mon mariage avec n'importe qui ! Monsieur, pourquoi ne vous êtes vous pas méfié de lui ? Il n'accorde pas son amitié facilement, mais avez-vous vu combien de fois il aspirait à vous rencontrer ? On ne peut pas enivrer ses oreilles de mensonges ! Au premier mot et au premier regard, il a dû porter des soupçons sur vous ! Si seulement vous m'aviez confié votre secret, j'aurais tout fait pour...
- Taisez-vous !
Il respira bruyamment et serra les poings.
- C'est moi qui ai eu tort, chuchota-t-il.
Basile tomba peu à peu dans la tristesse qui dévastait son cœur. Adieu Marie... il ne serait bientôt plus rien pour elle.
Il croisa le regard profond d'Anna et ses grands yeux verts lui inspirèrent des regrets amers. « Je sais que tu m'avais prévenu, tête d'ail », pensa-t-il.
Puis, la présence d'Anna à ses côtés versa en quelques secondes, sur le rivage de son désespoir, une de ces armées irrésistibles, car, quelle que fût sa peine, par le génie de son amitié, elle anima en lui une force conquérante qui fit battre le sang de ses veines.
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Le fabuleux destin d'Anna
Historical FictionAu 19ème siècle, Anna est une orpheline qui n'a jamais été adoptée à cause de ses cheveux roux. Sans éducation et forte tête, elle dédie son temps et son amour en travaillant jour et nuit à l'orphelinat pauvre de Sarville où elle a grandi. Un jour...
