Chapitre 74 : S'aimer encore

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Georges fixait le visage d'Anna qui avait frôlé la mort. Elle dormait. Maintenant qu'il savait qu'elle s'était réveillée, et que sa vie n'était plus en danger, il n'aurait su décrire combien il était soulagé et heureux. On disait parfois que pour reconnaitre la valeur de ce que l'on avait il fallait l'avoir perdu et ensuite retrouvé.

Il effleura doucement sa main.

- Tu es finalement revenue, chuchota-t-il. Tu as certainement eu pitié de me laisser seul. Pourtant, c'est moi qui t'ai fait croire que je partirai pour te faire souffrir. Les gens cruels sont punis un jour ou l'autre à leur propre jeu, tu vois. Tu as tellement de qualités que je n'ai pas. Dès le début, tu as toujours été meilleur que moi. Anna, je te demande pardon. Je te promets que je ne te ferais plus jamais souffrir. Je veillerai toujours sur toi. Est-ce que tu m'en veux ?

Il soupira.

- Bien sûr que tu m'en veux. Mais j'ai le bonheur de te voir, peu m'importe si tu ne veux plus de moi. Tu es maintenant en vie, c'est tout ce qui compte. Je suis désolé... je suis désolé pour ton amie Paulette, tu ne pourras pas la rejoindre tout de suite.

Son cœur se serra et les larmes montèrent à ses yeux.

- Pardonne-moi, supplia-t-il.

Il avait du mal à ne pas se sentir complice du meurtre de son frère. Il se sentait coupable de ne pas les avoir protégés et il était incapable de réparer le mal que Nicolas leur avait fait. Si seulement, il avait compris plus tôt que son frère ne s'était pas guéri. Si seulement il avait lâché l'espoir de le voir un jour à nouveau comme quelqu'un de normal. La culpabilité qu'il avait gardée en le quittant ce jour-là, à l'âge de douze ans, en bas des marches du perron, devant le regard de sa mère et de son père, l'avait rendu aveugle.

« Comment ai-je pu t'abandonner? C'est de ma faute si monsieur Fridrick Von Berg t'a fait du mal. C'est de ma faute si tu as perdu la tête. Je ne te lâcherais plus jamais la main. Reviens, reviens à qui tu étais avant. »

Son ventre se tordit de douleur en repensant à la promesse qu'il s'était faite lorsqu'il était enfant. En réalité, il n'avait jamais été prêt à se dire qu'il avait définitivement perdu son frère. Que le mal de monsieur Fridrick Von Berg avait été irréparable. Que la folie de Nicolas n'était pas un état passager qui pouvait se soigner.

Il revit le coup dans la poitrine de son père et son corps tomber lourdement sur le sol. Le sang sortait de son ventre. Nicolas l'avait surpris alors qu'il regardait d'un air tétanisé la scène depuis le seuil de la porte. Il lui avait tendu ses deux mains ouvertes : « Ce n'est pas moi ! »

« Non, ce n'est pas toi, c'est moi, s'était dit Georges. C'est de ma faute si tu es devenu comme ça. » Alors, il avait pris l'arme du crime dans les mains. Tandis que Nicolas gémissait en boule dans un coin de la pièce, il toucha la plaie ouverte de son père. Le contact du sang fit palpiter son cœur jusqu'au bord de ses lèvres. Il tremblait de peur. « Je suis le vrai coupable ».

Jusqu'où la culpabilité l'avait-elle aspirée dans le mensonge ? Combien de voiles l'avaient recouvert et l'avaient camouflé au point de ne plus retrouver la personne qu'il était réellement ? À partir de ce moment-là, avait-il pu seulement un jour s'aimer, seulement un jour, se comprendre ?

Anna ouvrit calmement les yeux. Georges en eut le souffle coupé et resta tétanisé face à ses iris verts qui le fixaient presque sans battre des cils. Il s'était isolé pendant trois jours au fond de lui-même avec la peur abominable de la perdre. Chaque seconde passée avait été chargée de remords.

Anna apparaissait enfin vivante. Il aurait aimé la prendre dans ses bras, lui parler, et l'embrasser, mais il ne fit rien. Son cœur ému palpitait sous l'immense émotion de la retrouver, mais il avait honte. Georges se répéta pour lui même : « Elle s'est réveillée, elle est en vie. »

Le fabuleux destin d'AnnaDes histoires addictives. Découvrez maintenant