Anna plissa les yeux pour mieux distinguer la silhouette. Elle ne le vit que de dos. Il avait une démarche assurée comme de nombreux hommes riches, avec le dos droit et distingué qui se découpait d'une manière nette. Mais elle eut l'impression qu'un nuage sombre imprégnait cet homme. Elle ne comprit pas en tout cas ce qui provoquait l'état dans lequel était plongé Basile : complètement envouté par la scène. Il le fixait au loin, à ne plus cligner des yeux. Tout semblait se mettre en silence autour de lui, tant il se concentrait à ne rien rater de cet aperçu.
- Je veux devenir comme lui, lâcha-t-il sérieusement.
Sophie qui était bien vite passée à autre chose en regardant autour d'elle à droite et à gauche lui lança :
- Rêve toujours ! Le jour où tu deviendras aussi riche que Monsieur de Monseuil, je serais mariée avec un membre de la famille Vermeil et Anna aura les cheveux qui sentent bon en portant des robes de princesses !
- C'est qui la famille Vermeil ? demanda Anna.
- Tu ne connais pas ? Enfin, Anna ! La famille Vermeil est la plus riche de toute la région, elle a pratiquement touuuuut ce qu'on peut voir là sous les yeux, mais eux par contre, on ne les voit jamais. Ils vivent cachés. Et puis il y a la famille de Monseuil, qui est la deuxième plus riche et .. il y en a trois, attend je ne m'en rappelle plus. Comment s'appelle la troisième famille Basile ?
Mais Basile ne répondit pas. Il ignora même la question. Son visage fermé et sa bouche pincée n'étaient pas prêts de s'ouvrir.
- Allez, ne fais pas la tête ! dit Anna rieuse en lui secouant le bras. Sophie ne voulait pas te faire du mal. Moi je serais contente de te voir gagner de l'argent, on en aura un peu plus, car tu nous en donneras, n'est-ce pas ?
- Je ne suis pas sûr, dit il en reprenant sa planche sous le bras. Tu ne m'attires que des ennuis Anna ! Si je te faisais payer toutes les fois où tu m'as entrainé dans le danger, c'est plutôt toi qui me devras des sous !
Anna sentit qu'il était vexé et qu'il dirigeait sa colère contre elle.
- N'importe quoi, monsieur qui se prend pour je ne sais pas quoi ! Tu oublies que TU te mets tout seul sur le fil du rasoir quand tu fais tes numéros sur la place publique réservée à la vente de marchandises ! En plus, tu n'es même pas assez malin pour changer d'endroit afin d'attirer des nouveaux gens !
- Quoi ? Répète un peu ! Mes tours sont nuls, c'est ce que tu dis ? cria Basile.
- Je n'ai jamais dit ça ! hurla Anna.
Ils marchaient énervés dans les rues à vive allure pour regagner la place du marché. Sophie balançait ses bras en sifflotant sans se soucier de leur chamaillerie. C'était très courant que ces deux-là se disputent et se crient dessus. Basile était un joyeux luron, mais très susceptible et l'esprit d'Anna, brut, et sans détour partait au quart de tour si on venait trop la chercher. Ils s'entendaient parfaitement sur un seul point : c'est qu'ils ne reconnaissaient jamais leur tort !
- Hé Basile ! fit une voix masculine derrière eux.
Le groupe s'arrêta. Anna se retourna les poings serrés, et la mâchoire crispée, elle bouillonnait encore de l'intérieur comme un train vapeur. Elle reconnut Gregory, un jeune de la rue qui cherchait toujours des problèmes. Il valait mieux ne pas le croiser pour ne pas se faire voler son argent. Aujourd'hui, il arborait un air détaché et fier avec un joli groupe formé de nouveaux visages.
- On se perd et on finit par se retrouver, dit-il en avançant les mains dans les poches avec un sourire malin.
Anna lança un regard vers Basile qui semblait se décontenancer d'un coup. Tout son corps devenait plus mou et il recula de quelques pas. Pourtant Basile était plus grand et pouvait se défendre, mais il avait peur de Gregory. Autrefois, Basile faisait partie de sa bande, mais maintenant qu'il vivait de ses propres moyens, il veillait à ne jamais le recroiser pour ne pas subir des représailles.
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Le fabuleux destin d'Anna
Historical FictionAu 19ème siècle, Anna est une orpheline qui n'a jamais été adoptée à cause de ses cheveux roux. Sans éducation et forte tête, elle dédie son temps et son amour en travaillant jour et nuit à l'orphelinat pauvre de Sarville où elle a grandi. Un jour...
