Chapitre 65 : La décision de Philippe Vermeil

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- Monsieur de Rochas, dit Louise d'un air surpris, je vous promets que je ne vous raconte pas des histoires, Anna était là, il y a à peine quelques minutes, nous étions toutes les trois en train de peindre !

En effet, en plein milieu du jardin fleuri qui ressemblait à un petit coin de paradis, sous le soleil tapant de l'après-midi, il y avait bien deux chevalets à côté de celui d'Églantine. Assise sous une ombrelle, celle-ci touchait délicatement avec le bout du pinceau sa toile pour raviver les couleurs de ses tulipes.

- Elle est partie, dit-elle d'une voix calme en ne quittant pas des yeux sa peinture.

- Mais où peut-elle être allée ? demanda Louise.

- Je pense qu'elle se promène vers le petit lac.

- Je peux l'attendre, proposa monsieur de Rochas d'un air optimiste qui cachait sa gêne. Voyons, quelle peinture est celle d'Anna ?

Églantine indiqua de sa main libre la toile aux couleurs vives balayée à grand coup de pinceau. Au milieu de ce déluge de bleu, vert et rose, Anna avait peint à sa façon des petits bosquets de fleurs et des arbres.

- C'est une très belle manière d'exprimer un paysage, dit-il en se penchant devant le tableau pour contenir sa surprise.

- Anna peint comme un enfant, rit, Louise. Regardez ceci par exemple, c'est un renard qui sort d'un sentier.

- Il a l'air d'avoir bien mangé, sourit-il.

- Elle ne cherche pas à peindre exactement ce qu'elle a sous les yeux, je pense que cette manière de faire serait bien trop plate et insipide pour elle, dit affectueusement sa grande sœur Églantine en posant son pinceau. Anna aime sortir des règles. Je suppose qu'elle ne voit pas simplement un paysage verdoyant, mais un monde envoutant et magique.

- Est-ce une rêveuse ? demanda-t-il, apparemment charmé par sa brève description.

- Non ! rirent les deux sœurs au même moment.

Églantine se reprit rapidement pour ne pas rendre mal à l'aise le jeune monsieur de Rochas au milieu de femmes. Elle lui sourit tendrement :

- Anna tient le pinceau de sa propre vie, monsieur, dit-elle.

- Bien, il me tarde de discuter avec elle. Ce doit être une femme exceptionnelle à en juger vos dires. En tout cas, ma curiosité est piquée.

- Sans vouloir vous vexer, je doute qu'elle revienne avant que vous soyez reparti, lui avertit Églantine, les traits légèrement crispés par sa confidence.

Pierre qui ne demandait pas mieux que de rester ne voyait pas pourquoi sa présence l'importunerait. Il toussota, la main devant la bouche.

- Je pars la rejoindre, à moins que vous m'empêchiez de la voir ?

Les deux sœurs surent que ce n'était pas une bonne idée, elles échangèrent un regard incertain.

- Anna ne connait pas nos convenances, l'informa Louise.

Il eut un sourire aux lèvres.

- C'est donc pour cela qu'elle se cache ? Aurait-elle peur de moi ?

Aucune ne préféra répondre. L'aristocrate s'était surement fait une idée de leur sœur très éloignée de la réalité. Pour tout avouer, Anna n'était pas une jeune femme délicate qui se cachait par timidité loin des regards des hommes en espérant secrètement que l'on vienne tout de même s'intéresser à elle. Le pauvre homme, il partait la rejoindre comme s'il était convenu qu'elle l'attende.

- Que va-t-il lui arriver ? demanda Louise qui se mordait les lèvres en le regardant s'éloigner.

- Anna n'a pas l'habitude de se faire courtiser, il faut espérer que monsieur de Rochas s'en aperçoit rapidement, soupira Églantine.

Le fabuleux destin d'AnnaDes histoires addictives. Découvrez maintenant