Après une longue après-midi dans les champs, Anna se lavait dans un tonneau derrière la maison. Elle se savonnait activement. À chaque fois qu'elle plongeait la tête dans l'eau, elle revoyait le regard de son inconnu de la veille. Cette nuit lui collait à la peau. Quand est-ce qu'elle se sentirait libre à nouveau de penser à autre chose ?
Non loin de là, ses deux amis venaient à sa rencontre sans s'en rendre compte, en discutant intimement.
- Si tu veux déclarer ton amour à Anna, dit Basile, il faudrait que tu saches avant qu'elle a beaucoup de mal à éprouver des sentiments amoureux. Elle est restée bloquée sur l'amitié. C'est un drôle d'oiseau. Enfin, peut être qu'avec la nuit d'hier..
- Quelle nuit d'hier ?
Basile se passa une main derrière la nuque.
- Ha ça ? Heu.. non rien.
- J'ai appris qu'Anna se donnait à Monsieur de Monseuil pour sauver l'orphelinat. Je me sens très triste. Si j'avais eu assez d'argent, j'aurais tout fait pour aider les enfants et elle n'aurait pas dû se sacrifier. Elle est tellement courageuse. Beaucoup de femmes n'auraient pas pu faire ce qu'elle fait.
- Tu le crois ? C'est Monsieur de Monseuil, n'importe quelle fille pauvre au contraire se serait jetée dessus comme un chien affamé sur un os.
Cette remarque ne rassura pas son ami et Pierre lui lança brièvement un regard noir.
- Je compte ne pas laisser Anna seule à la Grande Demeure. Je vais bientôt rejoindre l'équipe de palefrenier. Non seulement je veillerais au soin et à la sécurité des écuries, mais j'aurais toujours un œil sur Anna.
- Tu crois qu'il peut lui arriver quelque chose ?
Pierre se sentit mal à l'aise.
- Et bien.. on ne sait jamais.
- Ha, mais oui, si j'entends bien c'est une excuse pour te rapprocher d'elle ! Tu n'as pas besoin de jouer les chevaliers devant moi tu sais et je ne suis pas sûr qu'Anna.. Oh Doux Jésus Anna !
Au même moment, ils venaient d'arriver derrière la maison et Anna sortait du tonneau toute nue à la recherche d'un tissu sec. Lorsqu'elle les découvrit, elle ne sembla pas gênée pour un sou de leur offrir la vue sur son corps aux courbes voluptueuses.
Les deux hommes s'étaient tournés aussitôt. Basile riait de pleins poumons en se serrant les côtes : « Apprends la pudeur Anna ! ». Le visage cramoisi de Pierre lui chauffait jusqu'à la racine des cheveux. Il ne savait plus où il était.
- Je vais.. je vais.. aller voir Belle. Je vais.. je vais.. bah oui j'y vais..
✶
Le lendemain, pendant le trajet en calèche, Anna n'était pas bavarde. Elle réalisait qu'elle quittait sa vie d'avant : elle ne dormirait plus à l'orphelinat, elle devrait certainement demander ou trouver une excuse pour se rendre à la ferme des Moulins, et ses amis seraient loin d'elle. Même si Pierre venait de lui dire qu'il serait bientôt embauché à la Grande Demeure, son cœur lui faisait mal. Cependant, Anna ne montra rien. Elle ne voulait pas se plaindre, car quelque part cette mission était sa destinée. Elle se promit intérieurement de ne jamais céder à la mélancolie ou à la tristesse, de garder toujours son esprit fixé sur son but pour rentrer au plus vite parmi les siens.
Ils arrivèrent à la Grande Demeure. C'était un domaine colossal bordé de jardins luxuriants, très bien entretenus. Anna n'avait jamais vu pareille richesse et merveille de sa vie. Combien de personnes étaient logées à l'intérieur ? Toute cette grande bâtisse seulement pour les Monseuil ? Quelque chose la rendit mal à l'aise. Il y avait un écart immense entre les jeunes de la rue et cette famille. Elle commenta les fenêtres immenses qu'elle voyait au loin, mais Pierre était préoccupé par le chemin. Apparemment il s'était trompé, car ils ne pouvaient pas entrer par l'avant de la Grande Demeure. Cette entrée était réservée aux personnes de haut rang et les invités personnels. Il râla contre lui même et fit partir la calèche dans une autre direction pour arriver à l'arrière du domaine.
VOUS LISEZ
Le fabuleux destin d'Anna
Historical FictionAu 19ème siècle, Anna est une orpheline qui n'a jamais été adoptée à cause de ses cheveux roux. Sans éducation et forte tête, elle dédie son temps et son amour en travaillant jour et nuit à l'orphelinat pauvre de Sarville où elle a grandi. Un jour...
