- Monsieur, dit Geoffrey, je suis vraiment navré, mais mon maitre est rentré d'Angleterre tout juste hier, tard dans la nuit. Il se repose encore. Pouvez-vous revenir dans la journée ? Je lui informerai de votre visite. Avec tous mes respects, je vous raccompagne jusqu'à votre voiture.
Thomas serra son chapeau entre ses doigts. Il hésita. Devait-il partir ? Fort bien éduqué comme un aristocrate de premiers degrés, il avait toujours été de nature obéissante et courtoise. Depuis longtemps, la renommée et le charisme de Georges l'impressionnaient. Il ne se souvenait pas d'avoir échangé avec lui un seul mot dur ou impoli. Il n'aurait jamais osé.
Il s'éloigna d'un pas, mais son cœur à demi plaintif le pria de s'arrêter.
La semaine avait été longue et préoccupante, l'image d'Anna à genoux remontait encore à la surface de son esprit.
- Je souhaite m'entretenir avec votre maitre rapidement, assena Thomas. C'est une affaire importante et je passerai aussi bien la matinée ici s'il le faut à dormir, car je suis moi-même très fatigué.
Geoffrey écarquilla les yeux, surpris par le ton vif qu'il avait employé. Il grimpa rapidement les marches et affola quelques domestiques. « Allez tout de suite réveiller le maitre, et informez-le que monsieur Vermeil souhaite lui faire part d'une nouvelle de la plus haute importance ! »
Thomas toussota. Il attendit quelques instants seul sur le perron, le soleil montait dans le ciel d'hiver et les premiers rayons semblaient jeter ses bras à son cou. Il venait de semer un désordre à Monchâteau. Il souffla pour essayer de se détendre. À vrai dire, il ne se sentait plus très sûr de lui. « Une nouvelle de la plus haute importance », répéta-t-il à voix basse avec la boule au ventre.
- Mon Dieu, dit Geoffrey en revenant vers lui, personne ne vous a fait entrer ? Pardonnez notre manque de civilité. Venez, entrez vite, il fait tellement froid dehors. Monsieur de Monseuil est en train de s'apprêter, je vais vous faire attendre dans le salon des Chevaux blancs. C'est la plus belle pièce de ce manoir, vous verrez. Et aussi, la plus chaude. Nous venons de mettre encore du bois dans la cheminée, vous y serrez bien. Nous l'espérons tous.
- Ne vous dérangez pas pour moi, dit-il pour calmer l'agitation du majordome qui se sentait affreusement fautif.
- Garance, fit Geoffrey en interceptant une domestique tandis qu'ils montaient l'immense escalier tapissé du manoir. Apportez du thé et des gâteaux à Monsieur, je vous prie.
En effet, il faisait très chaud dans le salon des Chevaux blancs. Thomas ne savait pas s'il devait enlever son pull et se présenter en chemise ou supporter les vapeurs bouillonnantes qui lui montaient à la tête.
Assis sur une large banquette à oreilles en velours vert-émeraude, il regarda les grands tableaux entre les moulures décoratives des murs. Ils flattaient différentes montures rares en mettant à l'honneur des chevaux blancs de race arabe. Jadis, monsieur Jean-Henri de Monseuil aimait les défilés et les courses, lui avait-on dit. Il avait certainement transmis sa passion à son fils. Mais Thomas avait beau se donner beaucoup de mal à apprécier ce style ancien, il trouvait difficile d'habiter dans un lieu chargé de bibelots et de tableaux mornes. Les années qui passaient et le changement d'époque n'opéraient aucune différence, rien ne semblait affecter le moindre objet, si docilement soumis à la dernière place où il fut rangé.
Il y avait malheureusement une part de vérité, lorsque l'on disait que Montchâteau était aussi austère que son maitre. Il est vrai que l'on ne trouvait pas de fantaisie dans la vie de Georges. Il parlait souvent sur un ton grave dépourvu d'affection et se comportait constamment comme un parfait aristocrate des temps anciens. Mais pouvait-on entrer à Montchâteau sans découvrir sa fidélité envers la mémoire de sa famille ? Comment y rester insensible ?
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Le fabuleux destin d'Anna
Historical FictionAu 19ème siècle, Anna est une orpheline qui n'a jamais été adoptée à cause de ses cheveux roux. Sans éducation et forte tête, elle dédie son temps et son amour en travaillant jour et nuit à l'orphelinat pauvre de Sarville où elle a grandi. Un jour...
