Chapitre 17 : Thomas Vermeil

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Anna était convoquée dans le petit salon préféré de Madame de Monseuil. Elle était assise comme une naïade au milieu de plantes vertes et des luminaires sous forme de fleurs et de lierres grimpants. Personne ne pouvait rivaliser avec le sens de l'élégance et de beauté que révélaient ses traits fins et sa robe en soie qui glissait sur sa peau comme un flot langoureux.

Son petit visage avait du mal à sourire, pourtant elle lui adressa quelques mots aimables. « Comment vous plaisez vous à la Grande Demeure ? », « Le travail de bonne n'est pas trop difficile ? », « Est-ce que vous ne manquez de rien ? », « J'aimerais que vous vous sentiez à votre aise pour me demander ce dont vous avez besoin ».

Madame de Monseuil cherchait à cacher ses inquiétudes, mais parce qu'il fallait bien qu'elle aborde le sujet, elle demanda d'un air faussement naturel en prenant une tasse de thé :

- Je viens de retrouver votre robe de nuit et j'ai été très surprise, car je me suis aperçue qu'elle était déchirée.

Tandis qu'elle essayait de cacher le sous-entendu, elle rougit :

- Quelque chose ne s'est pas déroulé comme prévu ?

- Non, Madame. Tout s'est bien passé, répondit simplement Anna qui se tenait droite face à elle.

- Bien, bien.. Vous savez Anna, nous pouvons être très proches toutes les deux, je ne veux pas que vous pensiez que notre différence de rang vous met en dessous de ma personne. À dire vrai, c'est moi qui ai une grande chance de vous avoir rencontré et je me sens déjà redevable pour tout ce que vous faites. L'argent que je verse à l'orphelinat n'est pas la meilleure expression de ma reconnaissance.

- Merci, Madame.

- Est-ce que vous avez quelque chose à me dire en particulier par rapport à votre nuit dernière ?

- Non, je n'ai pas l'impression qu'il y ait quelque chose à raconter.

Madame de Monseuil crispa la mâchoire. Elle voulait n'avoir jamais aimé son mari pour ne pas être tombée aussi bas de l'arbre de l'amour. Chaque jour, elle vivait le supplice de recommencer à vivre et chercher le bonheur auprès d'un homme qui ne la désirait pas. Par faute de ne rien recevoir, elle vendait de l'amour-propre.

Son cœur brûlé comme un papier noirci lui faisait mal. « Je dois continuer, se dit-elle, ne perds pas espoir, le Rossignol sera un jour à moi ! Il finira par m'aimer, oui un jour il me regardera lorsque j'aurai un enfant ! »

Ses souvenirs, comme des échos répétés à l'infini dans l'oreille, prolongeaient ses sentiments. En ces temps-là, elle n'était encore qu'une enfant et vivait à la campagne. Les soirées d'hiver étaient longues et sa famille venait rendre visite aux Monseuil. Elle l'avait vu au loin, son sourire cabotin et son air intellectuel. Il parlait bien. Les images poétiques s'animaient dès qu'ils remuaient la bouche et tous les visages s'enchantaient autour de lui. Un jour, le long d'un petit chemin bordant des prés, tandis qu'il taillait une flûte dans une tige de sureau, il lui demanda « Éléonore, voudrais tu être mon amie ? » Elle avait cherché sa voix, quelques mots simples s'étaient bousculés sur ses lèvres, c'était l'amour.

« Je suis son épouse ! » se jura-t-elle avec un sentiment d'amertume. « Ce n'est pas une pauvrette qui me tiendra tête, pour qui se prend-elle ? Est-ce qu'elle cherche à m'humilier ? Quelle impertinence ! » Elle prit une grande inspiration qui se bloqua par à coup dans ses poumons. Cette domestique lui faisait l'affront de se taire. Est-ce qu'elle réalisait à qui elle avait à faire ?

- Je vois.. Je souhaite m'entretenir régulièrement avec vous pour m'informer si tout se déroule correctement avec mon mari, vous comprenez ?

- Oui.

Le fabuleux destin d'AnnaDes histoires addictives. Découvrez maintenant