Anna n'arrêtait pas de loucher sur ses nouvelles chaussures en cuir noir, propres et cirées alors qu'elle savait qu'il fallait qu'elle se redresse pour être parfaitement alignée avec ses camarades. Elle était si loin de l'orpheline sale qui vendait les journaux à la première heure du jour ! Oh si Madame Carousselle la voyait avec son uniforme bleu-marine et sa broderie coquette sur le devant de la poitrine ! Elle dirait : « Anna comme tu as réussi, je suis fière de toi ! Tout l'orphelinat t'attend ! »
Son cœur se serra en repensant à ses petits chéris qui devaient attendre qu'elle rentre les cajoler. Elle leur avait promis de revenir et elle reviendrait.
Ce soir, elle était « la bonne à tout faire » et demain peut être qu'elle se retrouverait dans la chambre de Nicolas. Anna n'attachait pas plus d'importance à un rôle qu'à un autre.
Elle se comportait comme une sage domestique, droite et silencieuse, car c'était comme cela que toutes les filles se tenaient, en ligne, dos aux murs et aux grandes fenêtres aussi hautes que des arbres. On avait remis à Anna - qui ne savait pour quelle raison puisqu'elle était venue seulement pour observer - un plateau en argent qui contenait des serviettes de table supplémentaires. À sa droite, une fille regardait droit devant elle sans ciller des yeux, et à sa gauche, avec un léger sourire supérieur se tenait Capucine.
Le dîner avait commencé. Il y avait Nicolas de Monseuil face à son épouse et une jeune femme, pétillante qui animait les conversations sans se fatiguer d'avoir des interlocuteurs peu loquaces. Elle racontait son voyage à Londres et son corps contenait difficilement la joie que ses souvenirs lui procuraient.
- Je veux retourner à Londres, j'ai adoré !
- Il faudrait que Georges soit d'accord, dit Madame de Monseuil en posant délicatement le couvert après avoir fini sa bouchée.
- Mais Georges ne sera jamais d'accord ! Je suis partie à Londres parce que je l'ai accompagné à un de ces voyages d'affaires. J'ai pu rester et séjourner chez notre Oncle grâce à Claudine, sa fille qui allait se marier avec Lord Waxon, un riche entrepreneur que Georges connait très bien puisque c'est un de ses actionnaires. Étant donné que Georges déteste les mariages, comme tout ce qui peut rimer avec amour et amusement, j'ai assisté au mariage pour montrer aux yeux de tous qu'un membre des Monseuil félicite l'union ravissante des deux époux. Ce n'était que pour nourrir ses propres intérêts !
- Allons, Marie, si votre frère vous entendait..
- Je sais très bien quel genre d'homme est mon frère, rétorqua Marie visiblement vexée de ne pas être soutenue par Éléonore. Je ne l'ai pas vu sourire depuis onze ans. On dit que l'espérance de vie d'un papillon est d'une journée, heureusement que le Seigneur nous accorde plus de temps sinon Georges serait rapidement passé à côté de sa vie.
- Tout ce qu'il fait est pour le bien de la famille, reprit Éléonore. Il a des épaules solides pour porter la fortune et l'héritage de feu votre père.
Marie lui lança un regard noir.
- Il est intransigeant et rigide. Tout doit se passer comme il a décidé. Personne n'ose aller contre sa volonté et il nous maintient tous dans sa main. Est-ce que Nicolas a le droit de faire quelque chose ?
Madame de Monseuil toussa pour marquer sa gêne et lui fit signe de se calmer. Anna remarqua qu'une des domestiques accourut lui remplir un verre d'eau et retourna se ranger à côté de Capucine avec la carafe à la main.
- Vous êtes encore jeune, en prenant de l'âge vous le comprendrez mieux, ajouta Éléonore avec un gentil sourire pour la détendre et surtout clore la conversation, car Nicolas n'avait pas levé la tête de son assiette depuis le début de la conversation. Avez-vous vu un membre de la famille Vermeil ?
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Le fabuleux destin d'Anna
Narrativa StoricaAu 19ème siècle, Anna est une orpheline qui n'a jamais été adoptée à cause de ses cheveux roux. Sans éducation et forte tête, elle dédie son temps et son amour en travaillant jour et nuit à l'orphelinat pauvre de Sarville où elle a grandi. Un jour...
