Le sourire retrouvé sur les lèvres, Anna se baladait avec son assiette de biscuits à la main. Elle devait la proposer à tous les convives. Marie et son amie Louise Vermeil jouaient au jeu des anneaux, mais n'en glissaient aucun autour des quilles. Elles riaient de bon cœur et taquinaient ceux qui réussissaient à être plus adroits. Ils prirent tous un biscuit. « Merci, Anna » dit gentiment Marie.
Elle s'éloigna et parcourut du regard les invités en se demandant qui elle avait oublié. Georges ! L'idée de se retrouver à côté de lui pendant quelques secondes la dérangeait. Son sourire s'effaça et elle serra les dents.
D'un pas volontaire, elle le rejoignit. « Ce n'est qu'un mauvais moment à passer ! » souffla-t-elle.
Il était en pleine conversation avec deux hommes, l'air grave comme à son habitude. Anna ne sut si sa discussion était trop importante pour qu'il en oublie sa présence, mais son indifférence la perturba. Elle prit le temps de le regarder. Il ne souriait pas, le visage froid, les traits durs. Ses cheveux noirs virevoltaient avec le vent sans que cela le perturbe. Ses yeux sombres aux reflets insaisissables se braquaient froidement sur son interlocuteur. Ce regard montrait la force avec laquelle il se détachait des mélodies intérieures, de l'amour et des rêveries turbulentes. Comment pouvait-on se montrer si insensible ? Pourtant cette nuit-là.. Anna n'avait pas rêvé, il exprimait beaucoup de douceurs à travers ses caresses. Son regard glissa sur ses lèvres charnues, bien dessinées. Il avait jeté quelques baisers sur le cœur d'une pauvrette et ne prétendait pas s'en glorifier. « Pourquoi ? se demanda Anna, parce que tu es une pauvre qui ne peut rien lui apporter, il te méprise, tu ne vaux rien pour lui ». Son cœur se serra dans sa poitrine, mais elle releva aussitôt son menton fièrement : « Ça m'est égal, de toute façon ».
« Hum ! » fit-elle en s'éclaircissant la voix, l'assiette tendue.
Aucun regard dans sa direction. Il avait réellement décidé de l'ignorer. Anna s'échauffait, le sang dans ses veines commençait à bouillir. D'un geste insistant, elle monta brusquement l'assiette jusque sous son nez.
- Vous semblez déterminé à nous offrir ce dessert ! dit l'un de ses interlocuteurs sur une note d'humour tout en jetant un regard paniqué envers Georges, car il ne savait pas comment il allait réagir.
Georges se décala légèrement en ignorant la remarque de son ami et s'éloigna avec eux plus loin. Anna resta plantée comme un piquet pendant quelques secondes au milieu du silence face à elle même. Il ne l'avait même pas corrigée pour ce geste grossier. Est-ce qu'elle était devenue si insignifiante, qui ne se donnait plus la peine de la remarquer ? La distance qui les séparait était trop grande à présent. Alors qu'elle devait se réjouir de le voir disparaitre de sa vie, un fil tirait son cœur comme un tyran cruel.
Georges lui offrait après la colère, le coup de poignard.
- Anna, est-ce que tout va bien ? demanda la voix de Madame Pichon dans son dos.
En un instant, elle fut ramenée à l'instant présent : debout, immobile, avec une assiette à biscuits. Les quelques notes mal accordées enfouies au fond d'elle qui attendrissaient sa sensibilité, continuèrent à jouer tout bas puis se calmèrent.
- J'ai l'impression que vous avez oublié Madame de Monseuil. Elle est un peu plus loin avec ses amis, ils s'amusent au jeu de croquet.
Les traits austères du visage de Madame Pichon qui la caractérisaient si bien devinrent plus aimables.
- Je peux compter sur vous ? Tout va bien ?
- Oui, je vais y aller.
Anna commençait à s'éloigner lorsque soudain elle se retourna :
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Le fabuleux destin d'Anna
HistoryczneAu 19ème siècle, Anna est une orpheline qui n'a jamais été adoptée à cause de ses cheveux roux. Sans éducation et forte tête, elle dédie son temps et son amour en travaillant jour et nuit à l'orphelinat pauvre de Sarville où elle a grandi. Un jour...
