L'illustre famille Vermeil était établie dans la richesse depuis plusieurs générations et prospérait sans avoir besoin de travailler. Elle ne cherchait pourtant jamais à étaler son patrimoine et ses abondantes ressources dans lesquelles elle vivait. La vanité et le sentiment de supériorité étaient les fruits effroyables de l'aristocratie. Par bonheur, elle échappait à ces vices, car elle n'avait aucun rival, et menait une vie simple et détachée des scènes du Beau Monde.
L'étendue de la réputation des Vermeil s'était établie grâce à leur discrétion, leur bonté et leur modestie. Quelle autre grande famille d'aristocrates oserait prendre pour symbole des pommiers ? On entendait parler de leurs succulentes pommes dans toute la région ! Un fruit banal, mais qui offrait la promesse, que ce qui est à la portée de tous n'a de valeur que dans la bouche de celui qui le goute.
Voilà qu'il était neuf heures du matin dans la demeure des Pommiers, chez les Vermeil. Le père, monsieur Philippe Vermeil, avait du mal à se concentrer sur les différents courriers qu'il étudiait étant donné que sa femme Romance et sa fille Louise bavardaient à voix haute, assises sur un sofa dans son bureau.
Les esprits délicats, disait-on, ne supportaient pas le bruit. Lorsqu'il était petit, Philippe avait reçu une éducation extrêmement stricte, très loin de ce dont il était maintenant témoin. Jadis, son père avait pour coutume de garder le silence à table et il n'hésitait pas à le faire savoir. Il ne supportait même pas le sifflement d'une malheureuse mouche. S'il revenait d'entre les morts, que dirait-il face à ce spectacle ?
Philippe soupira, remit en place ses lunettes et continua sa lecture à voix basse.
- En ce moment, je reçois plein de lettres, s'exclama Louise d'une voix enjouée.
Elle était la cadette de la famille et comme sa grande sœur venait de se marier, toute l'attention lui revenait enfin.
Louise ne ressemblait à aucun Vermeil. Elle éprouvait le désir de s'exposer en société et nourrissait un besoin euphorique de faire parler d'elle. Après tout, elle avait un titre prestigieux, pourquoi se comporter comme une personne ordinaire ? On lui reprochait son caractère exalté et son esprit papillonnant, mais qu'il était difficile d'imiter les âmes pieuses de bonne famille ! Heureusement, sa mère la comprenait et n'avait pas oublié les flots de passion qui l'avait traversée durant sa jeunesse.
- J'aimerais aller au bal organisé par les Delatour, maintenant que j'ai fait mon entrée dans le monde, ça serait mal vu si je refuse leur invitation, dit Louise en montrant un plaisir évident.
- Cette famille est très respectable, ils se sont toujours montrés attentionnés envers nous, et leur fils Richard est un jeune homme en âge d'être marié ! Quelle opinion avez-vous de lui ? demanda Romance à son mari.
- Bien.
- Vous voyez, votre père l'adore !
- Maman, c'est merveilleux, je rêve d'aller danser avec une belle robe ! Et j'ai tellement hâte de rencontrer Richard ! Mais.. Je ne l'ai jamais vu ! À quoi ressemble-t-il ? Est-il beau ?
- Philippe, où rangez-vous les portraits des bonnes familles ?
Il posa sa lettre en grommelant tout bas :
- Que Dieu me garde, je ne m'occupe pas de ce genre d'histoire ! Je suis en train de lire, voyez-vous et..
- Dans un placard ou au fond d'un tiroir ?
- Je ne sais pas, ronchonna-t-il.
Elle se leva aussitôt et se mit à fouiller les étagères : « Je finirais bien par trouver ! »
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Le fabuleux destin d'Anna
Historical FictionAu 19ème siècle, Anna est une orpheline qui n'a jamais été adoptée à cause de ses cheveux roux. Sans éducation et forte tête, elle dédie son temps et son amour en travaillant jour et nuit à l'orphelinat pauvre de Sarville où elle a grandi. Un jour...
