Chapitre 55 : La favorite de Georges

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Au matin, un rayon de soleil traversa les fenêtres et se posa sur les paupières closes d'Anna. Elle était déjà réveillée, mais elle préférait faire semblant de dormir. Cela faisait trois jours qu'elle logeait à Montchâteau. Trois jours que Georges ne la laissait pas sortir de cette belle chambre d'invitée et qu'elle supportait les commérages plus ou moins discrets des domestiques qui s'occupaient d'elle.

- « Mademoiselle Rouille a-t-elle mangé ? », « Mademoiselle Rouille a-t-elle suffisamment bu assez d'eau ? », « A quelle heure s'est réveillée Mademoiselle Rouille ? » Mademoiselle, Mademoiselle, Mademoiselle ! Depuis qu'elle est arrivée, on n'entend que des « mademoiselle » ! Le maitre n'a que ce nom-là à la bouche ! Il ne s'est jamais autant préoccupé de quelqu'un !

Les jurons de la domestique n'eurent aucun effet sur Anna, au contraire, il lui plaisait d'entendre que Georges s'inquiétait pour elle. Mademoiselle... ce nom chantait un air d'amour. Si elle étalait tous les souvenirs de leur histoire depuis leur rencontre, elle sentirait la brise de la destinée frémir à ses oreilles comme un léger vent de mer. Elle avait voyagé. Elle était partie le matin en étant la pauvrette de Sarville, et était apparue dans la vie de Georges avec des élans de joie et de naïveté dans la robe bleue de madame Carousselle. Elle n'avait rien, aucun tambour dans le cœur, aucune mélodie dans la tête. Transportée de zèle et se moquant de l'amour, son cœur n'indiquait aucune direction mise à part celle de l'amitié. À midi, leurs chemins allants et venants finirent à nouveau par se croiser à la grande Demeure. La beauté du hasard. Elle était devenue une domestique de grande famille. Elle était fière dans ses nouveaux souliers et sa robe à corsage. Mais, plus grand, plus noble, plus imposant ; il la regarda de toute sa hauteur comme une imposture. D'un côté, elle provoquait dangereusement sa vie aristocratique qu'il menait avec un habituel sang froid, d'un autre, il trouvait tous les mots pour se rendre insupportable jusqu'au point d'occuper toutes ses pensées sans jamais la quitter.

À la proue du bateau, si Anna s'était retournée vers le capitaine, pour lui demander d'une voix anxieuse : « Où m'emmènes-tu ? » ; il lui aurait répondu, sous le vent agité de la mer : « À l'amour ».

Et pourtant, elle n'y aurait pas cru. Il y eut une éclipse le jour où elle fut punie par madame de Monseuil. Anna disparut temporairement derrière la froide indifférence de Georges. Comment ne pouvait-il plus la regarder ? Pour la première fois, elle soufra de son manque d'attention, comme si cette négligence bafouait leur lien exclusif. Mais ce jour-là... La zone d'ombre devint visible. Ce jour-là, une grande voile se déploya entièrement et le bateau suivit le sillage du destin à plus grande vitesse, battant les intempéries de la mer.

Plus tard, ce fut les rayons chauds de l'après-midi qui remplirent son cœur. Il n'était accoutumé qu'à l'amitié, alors il se manifesta peu à peu par des frissons et des battements irréguliers pour défendre celui qui était passé au premier rang de l'amour. Il s'amusa même à la rendre passionnée, la faisant perdre d'abord une partie de sa fougue incontrôlable, puis tous ses habits d'enfant.

Enfin, le soir, la traversée devint plus calme. Son cœur avait pris la forme d'une étoile. Il montrait le chemin, honorait son nom, et lui assurait qu'elle ne serait jamais perdue. C'était la fin des doutes, elle ne reviendrait plus sur le passé qu'elle avait laissé derrière elle. Face aux rayons nocturnes dans l'immense ciel, Anna se mit à chuchoter d'une voix calme : « Adieu petite île de l'enfance. Adieu... mais je te donne ma parole de toujours te respecter. » Elle se rendit compte alors que tout cela n'aurait jamais pu avoir lieu sans courage. Et le courage dans cette expédition l'avait amenée à devenir une femme.

- J'en ai plein la tête de ses « Mademoiselle » ceci ou cela ! Vivement que cela s'arrête !

Anna continua de garder les yeux fermés. Un souffle d'amour gonfla ses poumons en pensant à Georges, puis ses lèvres frémirent et formèrent un sourire discret.

Le fabuleux destin d'AnnaDes histoires addictives. Découvrez maintenant