Chapitre 33 : L'énigmatique Géraldine

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« Si seulement, Amandine pouvait me pardonner, ma journée n'aurait pas été la plus horrible de toute ma vie », se dit Anna en ouvrant la porte de sa chambre.

Hélas, elle trouva son amie, couchée sur le lit en train de pleurer, la main portée contre ses yeux. Tandis que son cœur s'emplissait de regrets, Anna s'avança jusqu'à son chevet, pleine de prudence. Elle espérait que leur complicité emporte ses erreurs comme le vent soufflait où il voulait un nuage de pluie.

Il fallait beaucoup d'habileté pour consoler un cœur brisé. La mystérieuse recette était une association de juste mesure de tendresse, de réserve, et de discrétion, après quoi il était bon de l'accompagner d'amour et de dévouement.

Inquiète, Anna posa une main tendre sur son épaule en appelant doucement son nom. Elle s'attrista en voyant ses joues noyées par les larmes.

- Pourquoi... pourquoi ne m'as tu rien dit ? se lamenta Amandine d'une voix étranglée par les sanglots.

- Pardonne-moi. Je n'avais pas l'intention de te cacher quoi que ce soit. Je pensais que les choses allaient s'arranger et que...

- J'ai l'impression d'être la fille la plus bête de toute la terre ! Pourquoi... Anna, Pourquoi...

Mais le mal intérieur qu'elle éprouvait la fit fondre en larme de plus belle, et elle perdit la force de poursuivre sa phrase.

Anna soupira.

- J'aurais dû tout te raconter, mais je ne savais pas que Pierre éprouvait des sentiments vraiment sincères. Il est mon ami d'enfance. Je l'ai toujours considéré comme mon propre frère !

Amandine se leva du lit et s'essuya rageusement le visage avec le revers de sa manche.

- Non non, protesta-t-elle en secouant la tête. Tu te moques de moi ! Il m'a dit qu'il t'avait déclaré son amour ! Avais-tu besoin d'une autre preuve authentique pour comprendre ses sentiments ? L'autre jour, je t'ai demandé s'il aimait quelqu'un... pourquoi ne m'as tu rien dit ?

Le visage d'Amandine était rougi par les larmes. Anna sentit son cœur mourir à petit feu. Elle regrettait sincèrement de l'avoir blessée.

- J'étais gênée, je ne savais pas comment faire...

- Alors tu as préféré me mentir ! explosa-t-elle d'une voix déchirante. Anna, je te faisais confiance ! Je n'ai jamais... je n'ai jamais eu une amie comme toi... je pensais qu'on s'entendait bien... Je n'aurais jamais cru que tu puisses me trahir !

Reprise par les larmes, Amandine se cacha le visage. Anna était appelée à la simple obéissance de l'écouter, car elle craignait d'être maladroite.

- Je suis allée voir Pierre avec mon pauvre morceau de chiffon, reprit-elle, secouée par les sanglots. Tu m'avais dit que ça lui ferait plaisir alors j'étais confiante. C'était la première fois que je réussissais à m'échapper de ma timidité. J'étais si contente de moi... Je prenais le risque d'être seule sans que tu m'accompagnes... Mais tu savais que Pierre ne pouvait pas m'aimer ! Comment as-tu pu me laisser faire ça ?

- Amandine...

- Sais-tu au moins comment je me suis sentie ? Misérable ! J'avais honte de moi et de tout ce que j'ai pu m'imaginer, que je puisse lui plaire alors qu'en réalité il n'avait d'yeux que pour mon amie ! La personne en qui j'avais le plus confiance ! Pourquoi m'as-tu menti ?

- Je ne pensais pas à mal ! Je te le jure ! Pierre devait forcément tomber amoureux de toi, tu es la fille la plus gentille que je connaisse !

- Les choses ne sont jamais aussi simples en amour ! Tu te caches derrière ton ignorance et tes grandes phrases : « Ho ! moi, l'amour, je ne sais pas ce que c'est ! », mais c'est parce que tu as peur que quelqu'un vole ta liberté !

Le fabuleux destin d'AnnaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant