Amandine et Anna marchèrent sur un chemin de campagne à travers les champs, avec un panier en osier à la main. Elles étaient désignées pour ramasser des champignons. Amandine était ravie de pouvoir mener cette mission accompagnée de son amie. Seulement, depuis le début du trajet, elle était anxieuse à l'idée de ne pas trouver le bon endroit indiqué sur la carte, car non seulement elle n'avait pas le sens de l'orientation, mais en plus elle ne savait pas lire un plan.
- Nous devons être ici, dit-elle en dépliant sa feuille. Tu vois, après si on tourne à droite on atterrit derrière le chêne centenaire, puis on passe le petit pont et on tourne à gauche.. ou bien, non, on est ici en fait, donc c'est tout de suite à gauche !
D'un air amusé, Anna replaça correctement le plan sous ses yeux. Elle observa les écritures et les dessins et vit un courant d'eau nommé « La rivière du Diable ». Un frisson la parcourut en repensant à Nicolas qui l'avait peinte et la décrivait comme dangereuse.
- Nous ne sommes pas loin de la rivière du Diable, songea-t-elle à voix haute.
- Oh ! mais nous n'allons pas y aller, c'est beaucoup trop dangereux, et c'est interdit. Personne n'a la permission de se promener le long de cette rivière. Nous sommes venues cueillir des champignons, pas nous noyer dans un torrent !
- Heureusement que je suis là, toute seule, je ne sais pas où tu atterrirais, railla Anna.
- Ne te moque pas de moi, soupira-t-elle. C'est une vraie catastrophe, je me trompe toujours de chemin et je mets parfois une heure à rentrer à la Grande Demeure. Je suis contente que nous partions aujourd'hui toutes les deux, parfois je suis envoyée toute seule pour cueillir des mûres !
- Je sais très bien m'orienter, ne t'inquiète pas. On arrivera à ta niche à champignons avant la nuit tombée !
Amandine éclata de rire et elles reprirent la route d'un pas plus léger. Tandis qu'elles marchaient, accompagnées par le silence souverain de la nature, Anna s'imagina Nicolas et Georges, enfants, traverser les mêmes prés, fouler les hautes herbes et discuter de leur jeune vie mondaine. S'entendaient-ils bien à cette époque ?
Amandine jeta plusieurs fois des regards inquiets vers Anna, qui appréciait le chant des oiseaux au-dessus des nuages. Le visage détendu, sans aucun signe de lassitude, son regard parcourait tantôt les arbres, tantôt les graminées, tantôt les fleurs sauvages. Elle prenait cette mission comme une gentille promenade ! Amandine sortit immédiatement de sa poche un petit paquet d'images de champignons.
- On doit trouver des cèpes et des bolets. Je vais te montrer ! Regarde, le cèpe a un gros pied et un chapeau marron et le bolet c'est un peu pareil. Par contre celui-ci - elle pointa fermement son doigt dessus- il ne faut pas le toucher, car il est toxique : c'est l'amanite tue-mouche, un grand champignon rouge à pois blancs.
Anna regarda attentivement les images défiler sous ses yeux et se contenta de hocher la tête, ce qui fit partir Amandine dans l'angoisse que le travail ne soit pas bien fait. Or, il fallait impérativement ramener des champignons pour les besoins de la cuisine. Elle chassa le silence par de nombreuses explications, son débit de paroles s'emballait, mais Anna ne ressentait aucune pression. Elle était confiante et sereine. Quelques fois, elle disait un « oui, oui » pour rassurer son amie. La nature dégageait une atmosphère douce et l'enveloppait dans son manteau d'amour.
Le paysage d'automne se déployait sous un nouveau visage coloré. Les feuilles perdaient l'éclat vert de leur jeunesse, les petites herbes brunies saluaient le soleil qui illuminait leurs surfaces éteintes. Chaque nouvelle saison qui s'éloignait du printemps donnait des rides à la nature, insufflait un air de sagesse. L'automne, c'était la douceur et la mélancolie.
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Le fabuleux destin d'Anna
Historical FictionAu 19ème siècle, Anna est une orpheline qui n'a jamais été adoptée à cause de ses cheveux roux. Sans éducation et forte tête, elle dédie son temps et son amour en travaillant jour et nuit à l'orphelinat pauvre de Sarville où elle a grandi. Un jour...
