Dans la sombre pièce du drame, Anna regarda d'un air triste Georges qui venait de s'arrêter de parler. C'était une réelle tragédie. Elle comprenait à présent, la culpabilité et la tristesse qui transperçaient son cœur. La réponse à sa personnalité austère et fermée sur le monde était dans l'histoire de sa vie. Pour protéger Nicolas et le futur de sa sœur, il avait gardé un terrible secret qui l'avait rongé jusqu'à la racine de son être. Le visage de l'enfant s'était durci et plus tard le jeune homme était devenu loyal à la mémoire de ceux qui n'étaient plus. Georges était toujours sur les traces de ce passé oublié. Tout ce qui avait jadis animé son enfance, cette demeure, ces bois, cette rivière, ce piano, le chargeait d'un fardeau et le poids des années, lui avait renforcé l'idée de ne jamais s'en séparer.
La lumière des bougies éclairait à moitié son visage, comme si la promesse du jour le suivait. Anna s'approcha de lui et posa sa main dans la sienne. À travers le langage du silence, elle parlait à son cœur triste. Les épreuves de la vie ne se décidaient pas, mais l'Homme devait tenir bon malgré tout, car l'existence offrait aussi des moments de bonheur. Il ne fallait tout simplement pas y renoncer.
- Je suis toujours là, chuchota-t-elle en caressant sa joue.
Le visage éteint dans un silence, il n'eut pas la force de soutenir son regard.
- Je comprends mieux maintenant d'où vient la cicatrice que tu as, poursuivit-elle d'une voix douce en effleurant le bas de sa clavicule. Alors que tu étais si jeune, tu as traversé beaucoup de difficulté. Personne ne t'a compris, personne ne t'a apporté un peu de réconfort, dit-elle la voix tremblante. Comment un jeune garçon a-t-il pu supporter autant de mauvais traitements ?
- Je ne suis pas le plus à plaindre, Anna.
- Tu persistes à penser que tu dois tout à ton frère. Je sais que même aujourd'hui tu ne veux pas l'abandonner. Tu ne le laisseras jamais tomber. Mais je trouve cela injuste que tes larmes soient passées sous silence parce que Nicolas a vécu quelque chose de plus terrible que toi. Lorsque j'étais pauvre, j'ai vu des gens manquer de tout, et je voyais bien que ceux qui s'en sortaient le plus, c'étaient ceux qui, même s'ils n'avaient rien, ne manquaient pas d'amour. On ne peut pas se développer sans amour, Georges. Vos parents ont manqué de cœur, ou ils n'ont pas su l'exprimer correctement. Je suis sûre qu'une grande partie du traumatisme de Nicolas aurait pu être surmonté avec la force de l'amour.
- Ce sont de bien jolis mots, répondit-il sur un ton distant, la mâchoire tendue. Malheureusement, nous ne vivions pas dans cette réalité. Je doute que l'amour que tu décris existe dans mon milieu. Nous ne faisons pas étalage de nos sentiments, les priorités sont tournées vers des aspects plus matériels. Seul l'héritage est une forme en quelque sorte de reconnaissance pour certains.
- Tu es aujourd'hui très aimé. Moi, je t'aime et ta sœur t'aime aussi même si elle préfère se chamailler avec toi. J'espère que cela suffira pour que tu n'aies plus mal.
À ces mots, Georges fut très touché. Il la prit dans ses bras et la serra un moment en silence contre lui.
- Mais Nicolas n'a plus personne avec lui, dit-il, la voix étranglée par le chagrin. Je ne peux même pas m'en approcher.
Il se détacha d'Anna et poursuivit :
- Après le décès de notre père, il s'est enfermé totalement dans sa chambre pendant des mois. Il ne s'est pas rendu aux funérailles, il n'allait plus en ville, plus personne ne le voyait. Lorsque l'on demandait de ses nouvelles, ma mère leur disait qu'il souffrait terriblement de la soudaine disparition de notre père et qu'il lui fallait du temps pour se remettre. En vérité, il oublia tout. Il passait son temps à fixer un point sur le mur. Parfois, il montrait du doigt notre sœur et demandait aux domestiques « Qui est cette fille ? Que fait-elle dans ma maison ? » Dans le fond, je me réjouissais de ce triste sort, car je préférais que les horreurs qu'il a subies s'en soient allées loin et qu'il ne se souvienne jamais d'avoir tué notre père.
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Le fabuleux destin d'Anna
HistoryczneAu 19ème siècle, Anna est une orpheline qui n'a jamais été adoptée à cause de ses cheveux roux. Sans éducation et forte tête, elle dédie son temps et son amour en travaillant jour et nuit à l'orphelinat pauvre de Sarville où elle a grandi. Un jour...
