Chapitre 71 : La bague de mariée

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Dans la pénombre de la chambre, la silhouette d'Anna disparaissait. Elle dormait au milieu du silence, le corps recroquevillé sur le fauteuil. Elle paraissait s'être éteinte en attendant une réponse. La nuit la regardait attentivement, et refermait ses bras ténébreux autour d'elle. La masse sombre était tombée sur ses paupières. Anna les avait fermées de découragement. La nuit la préservait de trop souffrir, l'esprit se détendait et lâchait celui qu'elle ne voulait pas oublier ; elle était loin à présent de se rappeler son existence, loin des journées entières à espérer qu'il revienne à Montchâteau et à imaginer qu'un jour il l'enlace pour lui rappeler la chaleur de leur amour. La nuit était complice de son cœur.

Molly fit quelques pas dans la chambre. Elle resta un instant devant sa maitresse et l'observa en silence.

« La dame est épuisée de chagrin. » se dit-elle.

Molly soupira et posa doucement une main consolante sur son front. Depuis combien de temps s'était-elle dégradée ? Elle n'aurait pas su le dire. Tous les jours, elle croisait son regard triste qui se posait çà et là, il n'appelait plus la vie, il ne désirait plus rien voir de particulier. Si seulement elle était capable de la délivrer de la maladie de l'amour...

Elle sortit et trouva le majordome.

- Monsieur, la dame s'est encore endormie sur son fauteuil. Pouvez-vous m'aider à la coucher dans son lit ?

Geoffrey acquiesça d'un signe de la tête, l'air grave. Une fois à l'intérieur de la chambre, ils échangèrent un regard triste. Ils étaient tous deux face à leur maitresse, repliée sur elle même, la tête endormie contre sa main écrasée sur le dossier. 

- Avez-vous besoin de mon aide ? chuchota la voix de Maurice en approchant discrètement.

- Venez, répondit Molly à voix basse, mais ne faites pas de bruit. Il ne faut pas la réveiller.

Tandis qu'il les rejoignait sur la pointe des pieds, elle regarda le majordome.

- Elle n'a pas eu la force d'aller jusqu'à son lit. Que pouvons-nous faire ?

- Rien, soupira Geoffrey. Nous ne pouvons rien y faire.

- Je suis désolée, mais je n'arriverai pas à m'y résoudre, grommela-t-elle.

Le majordome resta imperturbable et donna ses instructions :

- Je vais compter jusqu'à trois et nous la porterons chacun par un côté. Maurice, prenez ses pieds, Molly, soulevez sa tête.

Fermement, mais avec douceur, ils l'emmenèrent au lit et la déposèrent sous les couvertures. Molly s'attarda à la border devant les regards désemparés des deux hommes.

- Pensez-vous qu'elle soit malade ? s'inquiéta Maurice.

- C'est difficile à dire, répondit Geoffrey. J'ai connu Madame bien avant qu'elle se marie avec notre maitre. À cette époque, elle venait à Montchâteau en courant dans les escaliers, elle débordait de joie. C'était une jeune femme robuste et tenace, elle n'avait pas peur de Monsieur. Au contraire, à son contact, elle lui faisait ressortir ce qu'il avait oublié, ce qu'il avait laissé à l'abandon depuis des années. Sa lumière intérieure, son cœur.

- Oh oui ! Il n'y a qu'elle qui peut faire un tel miracle ! s'enjoua Maurice. J'ai tellement aimé la voir essayer de conquérir l'amour de notre maitre ! Vous vous souvenez de la fois où elle lui a offert un poulain ? Quelle audace ! Je n'avais jamais vu une dame aussi proche de ses émotions ! Son cœur déborde d'affection véritable. Elle ne ressemble en rien aux autres grandes dames ! Elle n'a pas reculé une seule seconde face à la méchanceté de notre maitre !

Le fabuleux destin d'AnnaDes histoires addictives. Découvrez maintenant