Chapitre 10 : Le troublant artiste

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Anna ne s'attendait pas à cette question. Elle avait même l'impression que le visage de Madame de Monseuil trahissait un agacement. Pourquoi se mettre dans cet état pour une robe ?

- Non, répondit-elle avec simplicité. Madame Carousselle, la directrice de l'orphelinat, m'a offert cette robe pour mon départ. On s'aime énormément vous savez, c'est comme une famille. Elle la portait quand elle était jeune alors j'ai l'impression que je suis encore avec elle, je me sens moins seule et éloignée des miens.

- Ooh, un cadeau d'adieu ! Je comprends.

Madame de Monseuil la détailla de la tête aux pieds. Quelque chose la dérangeait dans la personnalité d'Anna : elle ne se décontenançait pas facilement. Les racines de son âme forte puisaient son énergie dans ses expériences passées difficiles, à vivre avec très peu de confort. Mais n'était-elle même pas impressionnée par la renommée des Monseuil ? Éléonore s'injuria intérieurement : « Est ce que je manque de charisme face à cette jeune de la rue ? »

Son visage était bel et bien joli pour une rustaude ! Est-ce que son époux allait lui aussi la trouver belle ? Non, non, par tous les Dieux, jamais elle ne se laissera faire !

Elle sentit un nœud se former dans sa gorge et un goût amer imprégner sa bouche. Ses doigts suintaient à mesure qu'elles se les serraient. Il fallait qu'elle se reprenne. Surtout, son visage ne devait pas trahir son angoisse. Elle perdrait encore plus la face auprès de cette Anna.

- Ma chère, vous êtes précieuse pour moi. Mon bonheur dépend de votre présence ici. Est-ce que vous savez pourquoi je vous ai demandé ?

- Oui Madame. C'est très simple. Je dois coucher avec votre mari pour..

Anna s'arrêta devant le visage effrayé de Madame de Monseuil. Eurydice, sa délicate amie qui se tenait à ses côtés, rougit d'un seul coup comme une pivoine. Seule Clara, mise à l'écart, n'avait pas changé d'expression, mais son regard dur transperçait le corps d'Anna comme une flèche tirée avec une précision de maître.

Madame de Monseuil fit un signe de la main à sa gouvernante et celle-ci comprit avec une rapidité exemplaire la nécessité de lui apporter un verre d'eau. Elle servit également Eurydice, impatiente de le prendre entre ses doigts.

- Merci Clara, dit Madame de Monseuil juste avant de boire des petites gorgées.

Anna sentit son cœur battre fort dans sa poitrine. Le mal aise qu'elle avait répandu dans l'atmosphère était palpable. Ainsi, elle graverait en lettre d'or à jamais dans sa tête : On ne pouvait pas parler de sexualité avec les personnes de la haute société. Ce sujet était tabou.

Ou alors, est-ce que ce beau monde s'exprimait différemment ? Anna se perdit dans ses pensées. Qu'est ce qu'elle aurait pu dire à la place ? En cherchant de plus belles tournures de phrases, elle s'imagina resplendir de noblesse : « Je dois détendre votre mari ? » ou : « Mon ventre doit être prêt à recevoir la graine de Monsieur de Monseuil » ou encore : « Je suis venue féconder votre enfant grâce à votre mari ? » Elle eut envie de rire.

- .. Est-ce que vous m'avez compris ?

Anna écarquilla les yeux. Visiblement, Madame de Monseuil lui parlait et elle n'avait rien entendu.

- Oui, mentit-elle.

Par la suite, Madame de Monseuil exposa des points qui lui étaient chers. Anna occupera son temps libre en travaillant à la Grande Demeure, car Madame se préoccupait du bonheur de toutes les domestiques et elle ne souhaitait pas donner des privilèges. Ce n'était tout simplement pas juste. « Ainsi, vous serez une bonne à tout faire », lui avait-elle dit. De plus, l'uniforme bleu-marine était obligatoire donc elle ne pouvait pas continuer à porter cette robe. Madame de Monseuil soupira en prenant une expression désolée, puis elle fit mine de s'inquiéter de la réaction d'Anna et lui demanda avec une petite voix innocente : « Êtes-vous d'accord ? »

Le fabuleux destin d'AnnaDes histoires addictives. Découvrez maintenant