Chapitre 24 : Joyeux anniversaire

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La vie offrait un nouveau jour qui se levait avec victoire. Sa lumière passait à travers les rideaux, inondant avec force et audace le salon Chant d'hiver.

Accolé à la table et blotti dans le creux de son coude, Georges releva la tête. Il s'était endormi d'un sommeil si profond, qu'il avait oublié sous quel prétexte il avait passé la nuit dans cette posture inconfortable. Puis tout à coup, l'apaisement de ses muscles s'évapora comme une illusion, séparant nettement le présent de la veille. Il se souvint d'avoir bu plus que de raison pour noyer sa tristesse. L'insupportable bouteille à moitié vide trônait sur la table vide, et lui renvoya son manque de convenance avec dégoût. Il était loin d'appeler cet écart de conduite « liberté » ! Le seul mot qui lui vint en tête était « lâche ! » Cacher l'horreur ne donnait pas le repos ! De quel droit s'était-il permis de s'apitoyer sur son sort ? Il s'était juré de traverser les épreuves du temps sans jamais se plaindre, sans jamais vaciller face au passé. « La seule victime est Nicolas et mon défunt père, insista-t-il avec dureté. Tu devrais avoir honte ! Que cherches-tu ? Veux-tu encore que l'on te regarde Georges ? C'est de l'enfantillage ! » Pendant un certain temps, son cœur s'emballa dans sa poitrine, il était furieux. Il passa sa main sur le front, mais rien n'apaisa cette puissante rage qu'il gardait contre lui même !

Les mains tremblantes sous l'émotion, il rangea la bouteille qu'il aurait bien voulu jeter par la fenêtre. Puis le silence le frappa comme un poing dans le ventre. Il se retourna lentement et découvrit une chaise vide collée à la sienne. Il revit Anna enivrée contre lui, et rire à ses côtés avec des gestes joyeux. « Non ! » se dit-il immédiatement pour refuser la terrible réalité. Au plus, il balbutiait « Ce n'est pas possible », au plus les souvenirs remontaient à son esprit par bribes, le rendant de plus en plus coupable d'avoir perdu sa rigueur habituelle.

Que s'était-il passé exactement ? Il avait perdu la tête ! Pourquoi l'avait-il fréquenté sans la rejeter ? Quel manque de bon sens ! Il ne pouvait se le pardonner ! Qu'avait-il dit ? Vite, il inspecta dans sa tête tous les mots qu'ils avaient échangés avec un contrôle minutieux. Alors que certains passages étaient parfaitement clairs, d'autres échappaient à sa mémoire. Une chose l'obsédait : avait-il parlé de Nicolas ? Et la réponse jaillit comme la vérité que l'on ne peut cacher : Oui ! Ses bras se relâchèrent d'un coup comme s'il eût reçu un tir au fusil. Il demeura un long moment immobile et silencieux.

Puis, il expira pour reprendre calme et contrôle sur la situation. Très vite ses questionnements l'assaillirent de plus belle. Qu'avait-il dit exactement ? S'était il entièrement confié ? Il se souvint d'avoir parlé de la rivière du Diable puis par un moment Anna avait évoqué de sa blessure à la clavicule, avait-elle fait un lien ? Non ! Sûrement pas ! C'était deux conversations différentes.

Il passa une main sur sa nuque en faisant quelques pas nerveux. « Impossible, je n'ai pas pu lui raconter toute l'histoire. Je n'aurais jamais fait cela, se rassura-t-il alors que sa voix chevrotait. Et elle avait bu également, elle doit ne se souvenir de rien. Elle ne tient pas bien l'alcool. Oui, elle a oublié. Et si je lui en avais trop dit ? Vraiment ? Non, non, reprends-toi Georges ! Ce n'est pas possible ! »

Il voulut remettre en ordre les chaises, mais au moment où il saisit celle d'Anna, sa main s'arrêta. Un sentiment de malaise fermenta dans son cœur.

Anna.. La jeune domestique qui ne faisait rien comme tout le monde. Elle était beaucoup trop familière. Il n'avait pas su la recadrer : ni le premier jour durant lequel il l'avait croisée ni la veille devant son besoin pressant de le consoler comme s'il s'agissait d'un de ses amis de la rue. Une vague de lassitude le fit soupirer. Il s'était laissé fouiller l'âme par une pauvrette qu'il connaissait à peine depuis deux mois. Était-il si désespéré pour chercher de la compagnie auprès d'une domestique ? « Reprends-toi Georges », se dit-il en se massant les tempes.

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