Chapitre 11 : Chambre 23

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Nicolas écarquilla les yeux et se tourna pour voir si quelqu'un se tenait derrière lui, car il ne savait pas si ce « On s'est déjà rencontré » le concernait. Il parut troublé. Anna se demanda s'il jouait la comédie. « Oh, mais bien sûr, se dit-elle, il ne veut pas que je le reconnaisse. Il serait obligé d'avouer que lui, le grand homme riche a rencontré dans une auberge une pauvre ».

Dans un léger signe de la main, il congédia Clara. Elle en fut tellement surprise qu'elle bégaya un « B-b bien entendu, b-b bien entendu » avant de s'éclipser.

- Approchez, dit au loin Nicolas. Rapportez moi, un morceau de ce que vous avez cassé.

Sa voix était.. différente de l'homme de l'auberge ? Anna avait du mal à le reconnaître pourtant c'était bel et bien lui ! Pourquoi sa voix était plus fine, plus douce, moins grave ? Et à mieux le regarder, son corps semblait plus maigre, il n'avait pas la même carrure que l'homme de sa nuit. Il portait une chemise en lin épaisse qui engloutissait la forme de ses épaules. L'esprit troublé, elle prit un petit bout de la faïence et lui apporta.

Pendant qu'il l'examinait, il souffla sans la regarder dans les yeux :

- Vous ne vous excusez pas ? demanda-t-il la voix faible avec un débit hésitant.

Jamais ! Ce mot avait disparu du vocabulaire d'Anna depuis très longtemps.

- Et bien, il est tombé parce qu'il était mal posé. Si j'aimais un vase, je ne le mettrais pas sur un meuble en équilibre et dans le passage.

Nicolas acquiesça en silence. Sa main tremblota en reposant le bout de l'oeuvre d'art sur une table à ses côtés.

- Il n'y a pas de passage ici et vous avez raison je ne l'aime pas vraiment ce vase. Il vient de Frederik Röder, un artiste allemand. Il m'a beaucoup inspiré par un moment et maintenant je trouve que son art manque de poésie. La poésie vous aimez ?

- Je n'y connais rien. Je sais lire par contre, dit Anna avec une pointe de fierté. J'aimerais bien découvrir des poèmes si vous en aimez quelques-uns.

- Hum, répondit-il l'air absent. J'en aime beaucoup. Quel âge avez-vous ?

- Dix-huit ans, Monsieur.

Il fuit son regard.

- J'ai huit ans de plus que vous.

Il se racla la gorge à plusieurs reprises. Sa gêne était tellement visible qu'Anna se demanda s'il n'exagérait pas un peu. Nicolas se vouta et croisa les mains sur ses genoux.

- Est-ce que je vous mets mal à l'aise ? demanda-t-il sans la regarder dans les yeux une seconde fois.

- Non, Monsieur. On s'est déjà rencontré, mais si vous voulez faire comme si de rien n'était ce n'est pas grave. Je peux suivre le jeu.

- Vraiment ? On s'est déjà vus dites vous ?

- Oui.

Ses sourcils se froncèrent, et il chercha dans un moment d'absence quelque chose dans sa tête. Son esprit devait fourmiller de pensées et de souvenirs encombrants, car il finit par se masser les tempes, l'air épuisé. Ses lèvres remuèrent sans arrêt la même phrase : « On s'est déjà rencontré » . Il semblait puiser une énergie redoutable pour se forcer à se souvenir, mais plus les minutes passaient plus il se vidait et se sentait impuissant.

- Vous m'en voyez navré, je ne me souviens pas de vous, finit-il par avouer en proie à un dilemme intérieur non résolu.

Anna essaya de soutenir son regard quelques secondes. Elle cherchait à capturer à nouveau l'air ténébreux et enveloppant de l'homme de sa nuit, mais son inspection échoua. Il fuit son échange très rapidement et se mit à fixer un point au fond de la pièce. Ses yeux ovales à la fois vagues et dilatés n'avaient pas la même forme que les amandes assombries de son mystérieux inconnu. Ne disait-on pas que les yeux étaient le miroir de l'âme ? Ces iris ne reflétaient ni la force ni la profondeur de celui qui l'avait étreint. Elle en était sûre même si sa raison la contrariait en lui disant : « Regarde pourtant c'est bien le même ! ».

Le fabuleux destin d'AnnaDes histoires addictives. Découvrez maintenant