SAISI L'OPPORTUNITÉ21h11
Les paroles de ma psy se rejouèrent, allongée sur mon lit, prête à dormir. Je n'avais plus vraiment peur du lendemain. Et c'était moins fréquent que je veille tard. Le carnet blanc qu'elle m'avait offert il y a quelques heures demeurait dans mes mains. Les bras tendus, mes manches de pull révélaient quelques traits moins visibles au fil des semaines.
Écrire ? C'était parler sans ouvrir la bouche. Confier à un support tout ce que l'esprit souhaite communiquer. On m'offrait cette opportunité. Prendre la parole avait réussi à me sauver, à quoi allait me servir l'écriture ?
Allongée, mon corset appuyait sur mon ventre, la position n'était pas très confortable. La difficulté à me relever en était en partie la raison. Le carnet toujours dans une main, brandie au-dessus de moi, l'autre main se reposa sur mon orthèse. Elle montait et descendait au rythme de ma respiration calme.
Je n'avais pas évoqué le corset durant le rendez-vous.
Les entrevues ne duraient qu'une heure et il n'était pas rare que cela ne soit pas suffisant pour tout évoquer. Mais cela ne m'était jamais arrivé de ne pas aborder ce sujet. De toute façon, qu'aurais-je pu dire, pensai-je avant de me rallonger sans faire attention, ce qui provoqua une douleur vive dans mon dos par le fait du corset. Il n'était pas si lourd que ça, même léger. Seulement, il restait si inconfortable à porter que son poids semblait doubler à chaque enfilage.
À quoi bon amener la scoliose sur la table lorsque celle-ci était devenue une routine. Il n'y avait pas de secret pour sa disparition. L'assiduité, la détermination étaient les clés du succès et bien entendu, la patience...
FÉVRIER
Jeudi 15 février
Pourquoi mon cerveau avait oublié les examens de troisième. Le brevet me tendait les bras et la pression scolaire me poussait vers lui. À la différence de l'année précédente, une nouvelle Rose était apparue. Plus rien ne comptait, hormis mes devoirs et particulièrement mes examens blancs qui arrivaient d'ici à deux semaines.
Le stress affluait dans mes veines depuis l'annonce de nos dates et la charge de travail avait eu raison de moi, provoquant plusieurs crises d'angoisses. Même le corset était passé au second plan.
— T'es encore sur tes révisions, la rosette ?
La voix de mon frère me sortit partiellement de ma stupeur.
De ma vision périphérique, il était figé, les bras croisés, adossés à mon mur, à me zieuter.
— Oui, j'ai brevet blanc dans à peine deux semaines, lui argumentai-je sans vraiment lui prêter attention.
Ma concentration se trouva dans la lecture et l'apprentissage du chapitre d'histoire sur Vichy.
Je ne le regardai plus jusqu'à ce que ses grandes mains s'emparent de mon cahier avant de le balancer nonchalamment sur mon lit, défait de la veille.
Abasourdis, mes yeux suivirent le mouvement de mes autres affaires de cours autrefois empilées autour de moi sur mon bureau, se retrouvant aux côtés de mon cahier. Il me fallut quelques secondes avant de sentir ce feu naître. Il commença à consumer mon corps avant que les flammes ne dansent dans le reflet de mes verres de lunette que, d'un geste calme, je replaçai sur mon nez. Tout brûlait à l'intérieur et cela allait créer l'incendie quand mes lèvres s'ouvriront.
— Dégage, soufflai-je les dents serrées, les dégâts allaient être importants.
— Tu ne vas pas rester toutes les vacances, enfermée dans ta chambre ?
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SCOLIO'ME
RandomOn le sait tous dans l'obscurité se cache toujours un faisceau de lumière. Rose Sorena ne se doutait pas que sa vie, déjà assombrie par les brimades et les insultes qu'elle subissait quotidiennement, allait basculer dans les ténèbres à cause d'une s...