Chapitre 11

28 4 2
                                        

Après leur session quotidienne de surf, Léo posa sa planche contre la clôture en bois. Puis, il s'y accouda avec négligence, le regard tourné vers l'océan pour se faire sécher et profiter des derniers rayons du soleil. Il fut bientôt rejoint par Elisabeth qui sauta sur la barrière et s'assit à ses côtés. Pensive, elle enleva l'élastique qui maintenait sa queue de cheval et passa la main dans ses cheveux pour les démêler.
Un couple de vacanciers choisit ce moment pour passer près d'eux en râlant :
— Roger, j'en ai vraiment ras-le-bol de ce vent et de ce sable qui vole partout dans les yeux ! C'est bien la dernière fois que nous venons en vacances ici !
— Tu vois... Je t'avais bien dit que nous aurions mieux fait de réserver deux semaines en hôtel-club en Espagne ! Quand je pense qu'il n'y a même pas la clim dans notre hôtel et...
Ne pouvant se retenir plus longtemps, Léo et Elisabeth éclatèrent de rire. Décidément, même en vacances, certains trouvaient encore le moyen de se plaindre !
Lorsqu'ils se furent éloignés, Léo soupira.
— J'ai l'impression que certains ne se rendent pas toujours compte de la chance qu'ils ont. Ils sont toujours en train de s'apitoyer sur leur sort, même en vacances. Alors que bien souvent, ils ont le plus important : ils sont vivants, en bonne santé, avec leurs proches. C'est parfois à se demander ce qu'ils veulent de plus ! s'emporta-t-il tout à coup.
Depuis qu'elle connaissait Léo, c'était la première fois qu'Elisabeth le voyait avec cet air sombre et irrité. Ne sachant pas bien quoi répondre sans risquer de toucher un point sensible, elle se contenta de lui glisser doucement :
— Je suis désolée si tu as perdu quelqu'un... C'est une personne que tu connaissais bien ?
— On peut dire ça, oui...
Puis, Léo secoua la tête comme pour chasser ces pensées négatives et reprit, d'un ton beaucoup plus joyeux :
— Et sinon, ce week-end à Bayonne... Ça t'a plu ?
— Bien sûr, c'était génial de refaire une compet' de surf ! s'enthousiasma aussitôt Elisabeth en repensant aux deux merveilleuses journées qu'elle avait passées. Et puis, je me suis bien amusée aussi...
— Je serais curieux de savoir comment c'était quand tu y allais avec tes parents... Déjà à l'époque, tu finissais complètement saoule ? voulut savoir Léo, un sourire taquin.
— Non, évidemment, rigola Elisabeth. Avec ma mère, ce n'était même pas la peine d'y penser, encore moins à treize ans ! Nos parents nous autorisaient juste à boire du coca. Et ah oui, si. Ma sœur et moi avions le droit de nous partager une bière lorsque nous faisions un feu sur la plage, le samedi soir.
— Rien de mieux que de se griller un marshmallow à la lueur du feu de bois accompagné d'une bonne bière ! affirma Léo.
— Oh que oui ! Par contre, on prenait des oursons au chocolat. J'adorais ça, c'était tellement bon, avec la carapace de chocolat chaud et le cœur qui fondait dans la bouche... Tiens, d'ailleurs, je crois bien que je n'en ai jamais remangé depuis, réfléchit Elisabeth, en même temps qu'elle démêlait un nouveau nœud dans ses cheveux. Et toi, où est-ce que tu as l'habitude de faire ces feux ?
— En fait, on faisait ces feux de camp chaque été avec mes cousins. Ce n'est pas très loin d'ici d'ailleurs. C'était génial comme endroit ! Un bout de plage, peu fréquenté. J'y allais souvent plus jeune...
— Tu n'y vas plus ?
— Ça fait bien longtemps que je n'y suis plus retourné. C'est dommage car c'est un coin vraiment magnifique. D'ailleurs, je suis certain que tu l'adorerais. Un jour, je t'y amènerai, affirma-t-il dans un grand sourire.

***

Malgré elle, Elisabeth ne cessait de regarder sa montre, légèrement exaspérée. Déjà plus de trente minutes que Léo aurait dû être là.
Alors qu'ils se faisaient sécher au soleil, ils s'étaient mis à bavarder de tout et de rien et plus d'une heure s'était écoulée, sans même qu'ils ne s'en rendent compte. Après quoi, Elisabeth avait couru se chercher un sandwich en ville avant de revenir à la plage et de revêtir à toute allure le look Clara.
A présent, se changer dans les buissons ou derrière un panneau n'avait plus de secret pour elle. Mais elle s'était dépêchée pour rien. Car maintenant, c'était sûr, il ne viendrait plus.
Elle jeta un énième coup d'œil à son portable pour vérifier l'heure lorsque celui-ci se mit à sonner.
— Allô ?
— Clara ? C'est Léo ! Je suis désolé de t'appeler seulement maintenant ! J'ai eu une journée de fou et je n'ai pas vu le temps passer. Du coup, je suis vraiment très en retard...
— Ça ne fait rien, je comprends, lui affirma-t-elle malgré elle (Après tout, c'était elle qui l'avait retenu en début d'après-midi). Tu arrives dans combien de temps ?
— Eh bien, en fait, je ne suis toujours pas parti... J'avais une affaire personnelle à régler sur Bordeaux et ça prend un peu plus de temps que prévu. J'ai bien peur que l'on ne doive reporter notre sortie à un autre jour...
— Tant pis, ce n'est pas grave, s'entendit répondre Elisabeth, tentant de cacher sa déception. On se verra une autre fois dans ce cas.
Quand elle eut raccroché, Elisabeth réprima un léger soupir. Elle aurait aimé passer encore un peu de temps avec Léo, à surfer ou même simplement à discuter de la pluie et du beau temps. Elle se sentait tellement bien lorsqu'elle était avec lui.
Alors qu'elle s'apprêtait à rentrer, son téléphone se mit à vibrer. Elle soupira de nouveau. Probablement son père.
« J'espère que tu ne m'en veux pas trop ? Léo ». Un petit smiley triste accompagnait le message. Retrouvant tout à coup sa bonne humeur, Elisabeth tapota sur son clavier tactile « Un peu... » et y inséra un smiley boudeur. Quelques secondes plus tard, son portable vibrait de nouveau. « Je trouverai un moyen de me faire pardonner. Promis. », lut-elle. Le message était suivi d'un clin d'œil.
Finalement, Elisabeth aimait bien la tournure que prenait la conversation.

A contre-courantOù les histoires vivent. Découvrez maintenant