Chapitre 4

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     — Elisabeth !
    — Maman ?
    Lorsqu'elle descendit de son vélo, Elisabeth tenta tant bien que mal de cacher la bouteille de Rhum qui dépassait de son sac à dos. Si sa mère avait le malheur de la surprendre de l'alcool à la main, elle était fichue !
    Mal à l'aise, elle la rejoignit sur la terrasse pour les embrasser, elle et Paul.
    — Mais... qu'est-ce que vous faites là ? s'enquit-elle non sans une pointe de surprise dans la voix. Et vos vacances aux Marquises ?
    Sa mère lui apprit qu'elle et Paul étaient rentrés la veille au matin à Paris. Après leur lune de miel, ils étaient allés chez un cousin de Paul qui tenait un resort de luxe dans des îles voisines, les Samoa. Mais en milieu de semaine, Paul avait reçu un appel important de son travail, les contraignant à écourter leur séjour.
    — Je vois que, de ton côté, tu as l'air de t'être bien amusée, remarqua innocemment sa mère en même temps qu'elle jetait un coup d'œil inquisiteur aux cabas que la bande d'amis venaient de poser au sol.
    — Oui, plutôt..., admit Elisabeth sans rentrer dans les détails.
    Elle connaissait trop bien sa mère pour savoir que cette petite voix doucereuse n'était généralement pas bon signe.
    Craignant le scandale à tout moment, elle chuchota à ses amis :
    — Partez sans moi, je vous appelle tout à l'heure.
    Léo lui serra doucement la main tandis que Julia lui adressait un sourire compatissant. Et malgré la situation, Elisabeth dut se retenir pour s'empêcher d'éclater de rire face aux pitreries que faisait Thomas, alors que sa mère avait le dos tourné.
    Après s'être rassise à sa table et avoir bu une nouvelle gorgée de café, Madame Dumont posa une enveloppe ouverte devant elle, ce qui ramena instantanément sa fille à la réalité.
    — Quoi, tu as lu ma lettre ?! s'exclama Elisabeth en reconnaissant son écriture. Comment as-tu pu ? C'était à Clara qu'elle était adressée ! Ce que j'ai écrit à l'intérieur ne te regardait pas !
    — Cela me regarde à partir du moment où il en va de l'éducation de ma fille !
    Elisabeth grimaça en repensant à la photo des Fêtes de Bayonne qu'elle avait jointe à son courrier. La soirée étant déjà bien avancée lorsque Léo et elle avaient pris le cliché, il était facile de deviner qu'ils ne s'étaient pas contentés de boire un seul verre ! Ce que sa lettre confirmait ouvertement.
    Ne s'attendant pas à ce que leur mère rentre si tôt de son voyage, Clara avait probablement dû laisser traîner l'enveloppe après l'avoir ouverte et sa mère l'avait découverte.
    — Je les connais, moi, les gars dans son genre, à vouloir mettre toutes les minettes qui passent dans leur lit ! s'emporta Madame Dumont. Tu vas te retrouver enceinte à tout juste dix-huit ans et louper tes études ! C'est ça que tu veux ?
    — Non mais..., commença timidement Elisabeth.
    — Mais s'il croit que je ne vois pas clair dans son petit manège, il se trompe ! reprit Madame Dumont de plus belle. Oh non ! Je ne le laisserai pas faire ! Et comme d'habitude, ton père qui ne dit rien... J'ai appris qu'il t'incitait même à sécher les cours maintenant, de mieux en mieux...
    Embarrassée, Elisabeth jeta un coup d'œil derrière elles. Venu donné un coup de main aux serveurs lors du rush de dix-huit heures, son père était en train de s'affairer à une table voisine. Par chance, il ne semblait pas avoir entendu la remarque désobligeante de son ex-femme à son égard.
    — Arrête Maman, s'il te plaît ! plaida Elisabeth. Ne rejette pas la faute sur Papa, il n'y est pour rien. Et Léo n'est pas comme ça ; d'ailleurs, tu ne le connais même pas !
    — Il t'incite à sortir sans ma permission, à boire et à recommencer ce stupide sport qui a failli te coûter la vie ! Je pense que j'en sais suffisamment sur son compte ! Mais crois-moi, maintenant que je suis là, je vais t'aider à reprendre ta vie en main, puisque ton père est visiblement incapable de le faire ! Je ne vais pas te laisser refaire une bêtise, oh non, pas une seconde fois ! Tu peux déjà préparer ta valise. Nous rentrons à la maison dès demain matin, déclara Madame Dumont sur un ton qui ne laissait pas à discuter.
    Au même instant, Monsieur Armilhac leva la tête dans leur direction. Mais lorsque son regard croisa celui de sa fille, il s'empressa de détourner les yeux, mal à l'aise, avant de disparaître à l'intérieur du bâtiment.
    Même s'il tentait de se convaincre que beaucoup de travail l'attendait, au fond de lui-même, il ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. Pourquoi se montrait-il toujours aussi lâche quand il s'agissait de faire face à son ex-femme ? Il savait à quel point sa fille aimait vivre ici, au bord de l'océan. Elle semblait tellement heureuse depuis qu'elle avait repris le surf et retrouvé sa vie d'avant ! Mais d'un autre côté, peut-être son ex-femme n'avait-elle pas tort et était-ce lui qui se montrait parfois trop laxiste ? Même s'il l'avait toujours trouvée un peu trop dure avec leurs filles, son ex-épouse avait au moins raison sur un point : Elisabeth aurait pu se tuer, trois ans plus tôt... Or, c'était lui qui l'avait initiée au surf et qui lui avait transmis sa passion. Aujourd'hui encore, il s'en voulait tellement et jamais il n'aurait pu se le pardonner s'il lui était arrivé quelque chose !

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