Sans s'en rendre compte, Elisabeth et Julia avaient passé une bonne partie de l'après-midi à bavarder, en même temps qu'elles marchaient le long de la plage, les pieds dans l'eau. Si bien que lorsqu'elles rentrèrent au village vacances, elles trouvèrent les garçons installés à la terrasse de leur mobil-home, une bière devant eux. Marine avait manifestement disparu, à leur plus grande joie.
Alors qu'Elisabeth s'apprêtait à partir à son tour, Thomas la héla :
— Hé, Mini Beachley, tu restes avec nous ce soir ? Soirée pizza et après on va faire la fête.
Elisabeth ne put s'empêcher de rougir intérieurement. Mini Beachley ? Wahou... De Mary Ingalls, elle venait de se transformer en Layne Beachley, ancienne surfeuse professionnelle australienne connue pour son style incontournable et sa maîtrise parfaite des vagues. Très en vogue quelques années plus tôt, elle avait remporté six titres consécutifs de 1998 à 2003 et un autre en 2007. C'était la surfeuse la plus titrée du monde. Elisabeth était bien placée pour le savoir : les murs de son ancienne chambre étaient tapissés de ses posters.
— Avec plaisir, merci pour la proposition ! On irait où exactement ?
— A une soirée réservée aux majeurs, dont tu te souviendras longtemps..., lui répondit Thomas sur le ton de la confidence.
Comme Elisabeth le regardait, confuse, Baptiste secoua la tête en riant :
— Ne l'écoute pas, il raconte n'importe quoi. C'est simplement une fête réservée au Staff de tous les campings du coin. Sauf que personne n'est au courant de ces soirées : ni les habitants, ni les touristes, et encore moins les patrons. Alors tu ne peux en parler à personne, d'accord ?
Il l'avait regardée droit dans les yeux en même temps qu'il insistait sur le mot « personne ». Elisabeth hocha la tête, voyant parfaitement là où il voulait en venir.
Et bien qu'elle essayait de se montrer calme et indifférente à leur invitation, intérieurement, elle ne parvenait à contenir son excitation. Cela faisait tellement longtemps qu'elle n'était pas sortie faire la fête ! Et voilà que les copains de Léo lui proposaient de les accompagner. Mais, surtout, pas n'importe où : à une soirée du Staff ! C'était un honneur qu'ils l'invitent, elle — la fille du patron, qui plus est ! Ils risquaient gros si son père venait à l'apprendre.
Même si ces soirées se faisaient en toute clandestinité, Elisabeth en avait souvent entendu parler. D'après ce qui se disait, il y avait une ambiance de folie. L'alcool coulait à flot et on y faisait d'immenses barbecues. Des concerts de plein air avaient même lieu parfois et les gens dansaient jusqu'au petit matin. Seules les touristes les plus mignonnes avaient le privilège d'y être conviées, de temps à autre. C'était une sorte de légende. Tout le monde connaissait l'existence de ces soirées mais personne ne savait vraiment là où elles se déroulaient.
D'ailleurs, Elisabeth et ses amies avaient tenté maintes et maintes fois de s'y faire inviter ou d'en découvrir l'endroit exact. Mais sans succès ! D'année en année, de saisonniers en saisonniers, le secret semblait scrupuleusement bien gardé.
Elle les revit soudain, ses copines, sa sœur et elle, lors de leur dernière tentative, quelques semaines avant l'accident.
Ce jour-là, nous étions persuadées que notre plan allait fonctionner.
La fois précédente, Clara et moi espérions nous faire inviter à la fête en draguant deux moniteurs de kitesurf. Mais lorsque nous leur avions innocemment demandé ce qu'ils avaient de prévu pour la soirée, ils avaient prétexté une réunion d'équipe. Notre stratège était alors bêtement tombé à l'eau.
Or, ce soir-là, nous avions revu toute notre tactique. L'idée était de les prendre en filature afin qu'ils nous amènent, sans le savoir, jusqu'à cette fameuse soirée. Nous avions commencé à les épier en fin d'après-midi, cachées derrière un buisson avec une paire de jumelles. Au début, c'était plutôt marrant. Je me souviens que nous les avions ensuite espionnés au supermarché, alors qu'ils faisaient quelques courses pour la soirée. Nous nous étions même amusées à leur rajouter des articles dans leur chariot ! Et quand enfin, la nuit était tombée, nous les avions suivis en scooter à travers les rues de Lacanau, sans qu'ils ne se doutent de quoi que ce soit. Puis, ils avaient longé la rive ouest du lac sur plusieurs kilomètres, avant d'arriver au bout du chemin, face à l'eau. C'est là qu'ils avaient coupé leur moteur. Ils n'avaient plus aucune issue pour s'échapper ; nous les tenions ! Criant déjà victoire, nous étions parties garer les scooters un peu plus loin, afin de n'éveiller aucun soupçon. Mais lorsque nous étions revenues, un instant plus tard, ils avaient disparus. Envolés, comme par magie.
C'est là que nous nous étions retrouvées comme quatre idiotes, seules et apeurées au beau milieu de la forêt. Chloé croyant avoir entendu un bruit étrange, nous nous étions enfuies en courant en direction des deux-roues. Après ça, nous n'avions jamais osé retenter l'expérience.
Et aujourd'hui, j'allais enfin savoir.
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A contre-courant
Teen FictionLacanau, été 2016. Jeune athlète à l'avenir prometteur, Elisabeth Armilhac partage son temps libre entre les entraînements de surf, les sorties avec sa bande d'amis, son petit ami et sa sœur jumelle, Clara. Une existence heureuse et pleine de promes...
