Chapitre 15

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Jeudi 08 août 2019

    « Il vaut mieux être soi-même que faire semblant d'être un autre, Florian Pichon ».

    Elisabeth retourna la carte qu'elle venait de trouver dans la boîte aux lettres de son père. Léo avait dû la déposer tôt ce matin-là, avant de partir travailler.

    « Voici une petite citation en lien avec notre discussion d'hier soir. Je la trouve vraiment belle et je me suis dit qu'elle pourrait peut-être te servir pour ta dissertation sur le bonheur. Je pense que le fait d'oser être soi-même et le bonheur sont deux notions intimement liées. Léo »

    Tandis que dehors la pluie faisait rage, Elisabeth faisait les cent pas au milieu de sa chambre, son enveloppe à la main. Après l'effervescence de ces derniers jours, cela lui faisait tout drôle de se retrouver de nouveau ici, seule avec elle-même.
     Lorsque son téléphone portable se mit à sonner.
    — Allô ?
    — Clara ? C'est Léo... Ça va ?
    Se rappelant subitement qu'elle était Clara et non Elisabeth – Léo n'avait pas son numéro de portable –, elle tenta d'adopter un ton qui se voulait cool et décontracté :
    — Hey ! Ça fait plaisir d'avoir de tes nouvelles... Ça va et toi ?
    — Oui, je vais bien. Je me suis dis qu'on pourrait prendre un petit café ensemble, si ça te tente ?
    — Bien sûr, avec plaisir ! Mais dis-moi, que me vaut une telle invitation ? plaisanta-t-elle malicieusement.
    — Et bien, c'est pour me faire pardonner d'avoir annulé notre session de surf la dernière fois, tu te souviens ? En plus, j'aurais une confidence à te faire, ajouta-t-il, en prenant à son tour un air énigmatique.
    Quelques secondes plus tard, Elisabeth raccrochait, toute excitée. Un café ensemble ? Une confidence ? Cela avait tout l'air d'un rendez-vous ! Et même si ce n'était pas le cas, dans le doute, mieux valait être à son avantage et bien s'habiller.
    Elle se dirigea vers le fond de la pièce et sortit une petite robe blanche de l'armoire. Penchée devant la glace, elle se maquilla légèrement les yeux et releva ses cheveux à l'aide d'une pince. Quelques mèches rebelles lui tombèrent le long du visage et sur son dos dénudé. Parfait !
    Elle passa un imperméable par-dessus sa tenue et partit d'un pas léger en direction de Lacanau Océan.

***

    Léo l'attendait, debout sous le porche d'entrée du café. Une fois au sec, quand Elisabeth quitta sa capuche et ouvrit son imperméable, il en resta bouche bée.
    — Wahou... Tu es magnifique.
    — Merci..., murmura Elisabeth, sentant ses joues virer au rouge.
    Il faut dire qu'il était habitué à la voir en tenue de surf ou, tout au mieux, dans son nouveau maillot de bain. Et Elisabeth, avec ses grosses lunettes et ses vêtement BCBG, n'avait rien à son avantage – ce qui lui permettait néanmoins de passer inaperçue.
    Ils s'assirent dans un petit coin tranquille, au fond de la pièce. Leur table était située devant une grande baie vitrée qui donnait sur l'océan.
    — Alors comme ça, tu avais une confidence à me faire ? s'enquit Elisabeth, bien décidée à ne pas rester les bras croisés.
    — Oui, mais... raconte-moi d'abord comment s'est passée ta semaine ! Ça fait un moment que l'on ne s'était pas vu ! Quoi de neuf, de ton côté ?
    — Oh, rien de spécial... Tu sais, j'ai vu quelques copains, fais un peu de surf, répondit-elle simplement, préférant rester évasive.
    Elle détestait avoir à lui mentir, une fois de plus. Bien que, dans un sens, il ne s'agissait pas entièrement d'un mensonge : elle était réellement retournée surfer et avait vu des amis. Il fallait juste omettre le fait que Léo faisait partie des amis en question et qu'il s'agissait en réalité de ses propres copains, à lui.
    Par chance, une serveuse arriva pour prendre la commande, ce qui mit fin à leur discussion.
    — Bonjour, qu'est-ce qui vous ferez plaisir ? susurra-t-elle, frôlant Léo au même moment.
    — Un Monaco, pour moi.
    — La même chose, s'il vous plaît.
    — Très bien, je vous apporte ça tout de suite. Surtout, si vous désirez autre chose, n'hésitez pas, minauda-t-elle sans lâcher Léo du regard.
    Une fois qu'elle eut le dos tourné, Elisabeth ne put s'empêcher de rigoler :
    — J'ai rêvé ou elle te draguait ouvertement ?
    — Peut-être..., se mit-il à rire à son tour avec un léger accent. Ça m'est égal. Ce genre de fille ne m'intéresse pas.
    Puis, il se pencha vers elle et lui confia doucement :
    — En vérité, je suis tombé amoureux d'une fille que j'ai rencontrée il y a quelques semaines de ça...
    Elisabeth sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine.
    — Ah oui ? fit-elle pour l'inciter à poursuivre.
    — Le problème, c'est que je ne sais pas vraiment si de son côté c'est réciproque...
    S'appliquant à prendre l'air le plus suave et énigmatique qu'elle put, Elisabeth rentra dans son jeu :
    — Eh bien... Peut-être que cette fille attend elle aussi que tu fasses le premier pas.
    — Ah oui, tu crois ? demanda-t-il innocemment.
    Sans s'en rendre compte, ils s'étaient mis à parler tout bas, leurs paroles n'étant plus que de simples murmures. Leurs mains se cherchaient et leurs visages se trouvaient à présent tout proches l'un de l'autre.
    — C'est possible qu'elle soit un peu timide et... (Elisabeth s'arrêta brusquement lorsqu'elle vit le nom de Marine s'afficher sur le portable de Léo)
     Six petites lettres avait suffi pour faire voler en éclats toute la magie du moment. De retour à la réalité, elle se redressa pour se rasseoir correctement sur sa chaise.
    — Peut-être aussi que cette fille n'a pas envie de se mettre au milieu de ton couple, lâcha-t-elle un peu trop brutalement.
    La phrase était sortie toute seule ; Elisabeth n'avait pas pu s'en empêcher. Et même si Julia lui avait soutenu qu'ils n'étaient pas ensemble, il fallait qu'elle en ait le cœur net, une bonne fois pour toutes.
    Perplexe, Léo suivit le regard d'Elisabeth jusqu'à son propre téléphone avant de la dévisager.
    — Quoi, Marine ? Nous ne sommes pas ensemble.
    — Ce n'est pourtant pas ce qui y paraît, observa Elisabeth, moqueuse, tandis que son nom s'affichait une nouvelle fois à l'écran.
    Léo éteignit son portable puis le rangea dans sa poche.
    — Écoute, je ne veux pas risquer de paraître grotesque à tes yeux mais... disons que nous nous voyons de temps en temps. Juste histoire de s'amuser, tu vois ? Mais nous ne sommes pas vraiment ensemble.
    — Je ne suis pas certaine que la situation soit aussi évidente de son côté.
    Léo laissa échapper un profond soupir.
    — Je sais. Et en vérité, j'ignore comment mettre un terme à tout cela... Je m'étais pourtant montré clair avec elle, au début de l'été. Et elle était parfaitement d'accord. Mais depuis quelques semaines, elle fait comme si de rien n'était : elle m'envoie des messages à longueur de journée, m'embrasse en public comme si nous étions ensemble... Elle se pointe même chez moi à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit !
    — Mon pauvre, quel harcèlement..., compatit Elisabeth, non sans une pointe d'ironie dans la voix.
    Léo se tut un instant et soupira de nouveau.
    — Tu rigoles mais je t'assure, elle est épuisante à toujours me sauter dessus ! Et d'un autre côté, forcément, c'est dur de résister (Il secoua la tête) Je ne comprends pas pourquoi elle agit ainsi... Je veux dire, je me suis toujours montré honnête sur le fait que je ne voulais pas m'engager.
    — Parce qu'elle ne te plaisait pas ?
    — Non, ce n'est pas ça. Elle est plutôt jolie, je ne peux pas prétendre le contraire. Mais ce n'est pas du tout le genre de fille avec qui j'envisagerais quelque chose de sérieux. Sans compter que, jusqu'à présent, j'ai toujours refusé toute véritable relation.
    Julia ne s'était donc pas trompée.
    — Et cela a changé ?
    — Et bien, j'ai réalisé il y a peu que je n'ai plus envie de toutes ces histoires sans lendemain. En fait, depuis que j'ai rencontré cette fille dont je te parlais, avoua-t-il timidement.
    Elisabeth esquissa un léger sourire.
    — Dans ce cas, tu sais ce qu'il te reste à faire...
    Se caressant le menton, Léo réfléchit un instant avant de déclarer en souriant :
    — Tu as probablement raison. Je crois que je devrais parvenir à faire comprendre à Marine que c'est vraiment terminé, maintenant que je suis totalement au clair avec moi-même. Merci, j'aime bien parler avec toi.

A contre-courantOù les histoires vivent. Découvrez maintenant