« Comme l'a dit un jour Nelson Mandela, « le courage n'est pas l'absence de peur mais la capacité de la vaincre ».
Comme prévu, je t'attendrai devant le gîte de ta mère à dix-huit heures. J'ai préparé le camion et toutes les affaires pour partir au BigAir. Je sais que tu seras là. Léo »
Dans un soupir, Elisabeth froissa le bout de papier et le jeta dans la poubelle de son bureau avant de rejoindre sa mère au salon.
— Tu es prête, Elisabeth ?
— Oui. Laisse-moi juste le temps d'aller dire au revoir.
— D'accord mais ne tarde pas, le taxi sera là dans moins d'une heure.
Paul ayant pris la Ferrari pour rentrer deux semaines plus tôt, Madame Dumont avait appelé un taxi qui les conduirait jusqu'à la gare de Bordeaux. De là, elles prendraient le train qui les ramènerait à Paris.
Sentant la nausée lui monter à cette simple pensée, Elisabeth se hâta de sortir. Prendre l'air lui ferait sans doute du bien.
Elle passa d'abord par l'allée qui bordait la piscine et le court de tennis avant de traverser le quartier du Staff, espérant secrètement y croiser Léo. A cette heure-ci, il devait probablement avoir déjà fini sa journée de travail et traîner avec ses copains. Mais lorsqu'elle arriva à hauteur du mobil-home, aucune trace de lui ni du reste du groupe.
Déçue, Elisabeth continua par le sentier caillouteux qui menait au terrain de jeux pour enfants, dans la partie nord-est du village vacances. Là, elle s'arrêta quelques secondes devant le bateau pirates dans lequel ils avaient tous passé la nuit avant de reprendre le chemin que Julia et elle avaient emprunté au petit matin pour rejoindre les sanitaires.
Parvenue à hauteur de la Maison de la Glisse, Elisabeth se revit au tout début de l'été, lorsque son regard avait croisé celui de Léo pour la première fois, lors du pot de bienvenue. Elle sourit tristement en repensant à tous les bons moments qu'ils avaient partagés ensemble depuis. Que ce soit la table en bois où il avait tenté de recoller son collier peu après leur rencontre, les buissons où elle s'était cachée maintes fois pour revêtir son look Clara, l'étagère de surf derrière laquelle il l'avait follement embrassée après la leçon de surf ou encore les douches des sanitaires dans lesquelles ils avaient secrètement fait l'amour un après-midi... Il n'y avait pas un endroit qui ne lui faisait pas penser à tout ce qu'ils avaient vécu ensemble.
La gorge serrée, elle pressa le pas pour éviter de fondre en sanglots. Mais quelques mètres plus loin, alors qu'elle était en train de contourner le Grand Salon, il lui sembla justement reconnaître la voix de Léo à l'intérieur. Immédiatement, elle sentit sa respiration s'accélérer et son cœur se mettre à battre plus fort dans sa poitrine. Alors discrètement, elle passa la tête par l'entrebâillement de la grande porte-fenêtre.
C'était bien lui. La tête penchée sous la machine à café, il était en train de manger de la chantilly à même l'appareil, pensant probablement que personne ne le voyait. Mais Sophie, qui devait tout juste reprendre son service, lui assena une tape réprobatrice sur la tête lorsqu'elle l'aperçut.
— Arrête un peu de t'empiffrer et fais-moi donc de la place ! J'ai plus de cinquante cocktails à préparer pour ce soir...
Pris en flagrant délit, Léo lui décocha un sourire espiègle avant de s'enfuir au fond de la pièce et de monter la radio à plein volume. En cœur avec la musique, il se mit bientôt à chanter la chanson « I will survive » d'Hermes House Band dans le bar désert en même temps qu'il levait les bras au ciel, comme s'il s'était tenu devant une foule de personnes.
A sa vue, Elisabeth ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire qui se transforma rapidement en un sanglot étouffé. Il allait tellement lui manquer ! Ce gars avec son large sourire franc, sa bonne humeur permanente et sa joie de vivre communicative, son côté sans gêne, sa spontanéité... Il était sans aucun doute la meilleure chose qui ne lui soit jamais arrivée. Au final, c'était probablement le seul à avoir toujours cru en elle, alors qu'elle-même n'y croyait plus. Et même si elle lui en voulait encore, jamais elle ne pourrait l'oublier.
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A contre-courant
Teen FictionLacanau, été 2016. Jeune athlète à l'avenir prometteur, Elisabeth Armilhac partage son temps libre entre les entraînements de surf, les sorties avec sa bande d'amis, son petit ami et sa sœur jumelle, Clara. Une existence heureuse et pleine de promes...
