— T'es une vraie guerrière, Mini B. !
— Alors comme ça, on a voulu goûter aux joies de la chambre verte ? Avoue, c'était jouissif !
Lorsqu'Elisabeth sortit de l'eau, encore ivre de bonheur et d'adrénaline après sa session nocturne, ses amis se précipitèrent à sa rencontre. Seul Léo se tenait légèrement en retrait, sans broncher. Il semblait furieux. Pourtant, sur le moment, Elisabeth n'y prêta pas attention tellement sa joie était grande.
Elle ne parvenait toujours pas à croire qu'elle avait entrepris de prendre un barrel — dont elle avait presque réussi la sortie, soit dit en passant !
— Tu as vu mon tube, Léo ? Encore un peu et je réussissais à en sortir ! s'extasia-t-elle lorsque ce dernier se fut rapproché.
— Maar je bent helemaal gek ! Encore un peu et tu réussissais à te tuer, oui ! finit-il par exploser. Ça ne va pas d'aller surfer le Freaky Daddy de nuit ! Tu as vu la force des vagues ce soir ? Et tenter de prendre un barrel ! J'ai bien cru que tu allais te noyer quand je t'ai vue te faire happer par la vague...
Sous l'effet de la panique, il peinait à trouver ses mots et son accent se ressentait plus fortement qu'en temps normal.
Aveugle à l'état d'anxiété de Léo, Elisabeth continua, malicieuse :
— Monsieur le grand secouriste qui n'a pas froid aux yeux aurait-il eu peur pour moi ?
Léo baissa la tête, gêné d'avoir dévoilé ses sentiments sans le vouloir. Il haussa finalement les épaules d'un air désinvolte.
— Tu ne t'es jamais dit que ton entourage pouvait être inquiet qu'il t'arrive quelque chose, moi y compris ?
A son tour, Elisabeth haussa les épaules.
— Il y a à peine quelques heures, je pensais encore que tu me voyais juste comme une petite sœur...
Pour masquer son trouble, elle avait pris un ton qui se voulait détaché. En réalité, le soudain aveu de Léo l'avait complètement déstabilisée.
— Elisabeth, tu crois vraiment que si je te voyais comme une petite sœur, j'aurais envie de t'emmener passer un week-end surprise, t'inviter au resto, te taquiner sans arrêt et de prendre soin de toi ?
Cette dernière fit la moue.
— C'est pourtant ce que tu m'as dit l'autre jour, aux fêtes de Bayonne.
— C'est ce dont j'essayais de me convaincre depuis le début de l'été mais j'ai fini par comprendre que je me voilais la face. Et si tu veux tout savoir, oui, j'étais fou d'inquiétude lorsque je t'ai vue disparaître sous l'eau. Car oui, je tiens à toi, même beaucoup, confessa-t-il finalement à voix basse.
Puis, comme s'il regrettait déjà ses paroles et craignait la réaction d'Elisabeth, Léo ne lui laissa pas le temps de répondre et s'empressa d'ajouter :
— Allez, viens par là ! Tu as l'air complètement gelée à grelotter sur place...
Il se recula légèrement pour lui laisser une place sur sa serviette et l'invita à le rejoindre dans ses bras, au chaud sous la couverture.
Embarrassée à l'idée qu'ils s'affichent en public, Elisabeth vérifia que personne ne les observait avant de venir timidement s'asseoir à ses côtés. Comment réagiraient les copains de Léo lorsqu'ils les verraient ensemble ? Et s'ils préféraient Marine et qu'ils venaient à le faire changer d'avis ?
Nerveuse, elle jeta un coup d'œil en direction de Léo. A l'inverse, il ne semblait pas le moins du monde préoccupé par le fait que ses copains ou autres collègues de travail puissent les voir ensemble.
S'apercevant de son malaise, il lui adressa un sourire rassurant.
— Ne t'en fais pas, Elisabeth. Personne ne va nous juger, tu sais... Et même si c'était le cas, sache que ce que mes copains peuvent penser m'est complètement égal, si c'est ça qui te tracasse !
Rassurée, Elisabeth se blottit contre lui et se laissa aller à profiter pleinement de l'instant présent.
Alors que les dernières braises du feu se consumaient doucement, le petit groupe discutait tranquillement, bercé par le son de la guitare de Manu. Les autres membres du Staff s'étaient peu à peu retirés et la bande d'amis s'était retrouvée seule sur la plage.
Malheureusement, vers deux heures du matin, le groupe se fit surprendre par une violente averse et ils durent lever le camp.
— Et mon feu... ? se plaignit Thomas avec une tête de chien battu qui fit rire tout le monde.
Comme personne n'avait envie de voir la soirée s'achever, ils décidèrent de trouver un endroit sec pour se poser après avoir ramené le pick-up à la Maison de la Glisse.
Ils marchèrent un peu au hasard dans le village vacances avant de se diriger vers la partie nord-est, à l'écart des habitations touristiques.
En chemin, Julia s'arrêta pour ôter ses escarpins, beaucoup trop hauts pour le sentier caillouteux qu'ils empruntaient. Des ampoules à l'arrière du pied, Elisabeth l'imita, à la joie de Léo et Baptiste qui se proposèrent pour les porter sur leur dos. Bientôt, ils se mirent à faire la course dans les allées désertes du village vacances en riant.
Leurs pas les ramenèrent tout droit jusqu'à l'aire de jeux pour enfants. Là, ils s'installèrent finalement à l'intérieur du bateau pirates grandeur nature. Hormis leur mobil-home, il s'agissait du seul endroit abrité qu'ils aient trouvé.
Et tandis que Toto, inépuisable, s'amusait à combattre des corsaires imaginaires debout depuis le haut du grand mas, le reste du petit groupe s'était posé confortablement dans l'abri en bois situé sur le pont du bateau. Manu avait repris sa guitare, Julia se tenait dans les bras de Baptiste, Elisabeth dans ceux de Léo et, Alex, légèrement en retrait, fumait tranquillement une cigarette.
D'ici quelques heures, le jour se lèverait, laissant celui-ci derrière lui, à jamais. La fatigue commençait à se faire sentir. Pourtant, Elisabeth luttait pour rester éveillée. Elle ne pouvait se résoudre à laisser les quelques derniers moments de cette journée s'envoler.
La tête appuyée contre Léo, elle pouvait sentir son torse se soulever et s'abaisser dans sa poitrine à chacune de ses respirations. Ainsi entourée par sa nouvelle bande d'amis, elle aurait voulu pouvoir arrêter le temps et graver ce moment à jamais dans sa mémoire. Voilà bien longtemps qu'elle n'avait pas éprouvé ce sentiment d'être à sa place quelque part. De faire partie d'un tout. Le fait d'être unis tous ensemble sous leur bateau pirates alors que dehors la pluie faisait rage lui donnait cette étrange sensation qu'ils étaient intouchables. Que rien ni personne ne pouvait leur voler ce moment, pas même sa mère. Et elle savait, en son for intérieur, que chacun d'entre eux partageait cette même impression.
Ils s'endormirent finalement, quelques heures avant les premières lueurs de l'aube.
VOUS LISEZ
A contre-courant
Dla nastolatkówLacanau, été 2016. Jeune athlète à l'avenir prometteur, Elisabeth Armilhac partage son temps libre entre les entraînements de surf, les sorties avec sa bande d'amis, son petit ami et sa sœur jumelle, Clara. Une existence heureuse et pleine de promes...
