Chapitre 15

33 2 39
                                        

Quand Elisabeth arriva devant le gîte de sa mère, Léo l'attendait déjà.

Il avait tout organisé : il s'était arrangé avec Monsieur Armilhac pour emprunter l'un des Trafics du village vacances et qu'ils puissent partir le soir-même pour Hossegor. La saison touristique touchant doucement à sa fin, c'est sans difficulté qu'il avait réussi à prendre plusieurs jours de récupération d'affilé. Le reste de la bande les rejoindrait pour le début de l'évènement, soit deux jours plus tard. Et si tout se déroulait comme prévu, Monsieur Armilhac arriverait le week-end suivant pour assister à la grande finale.

— C'est bon, tu as tout ce qu'il te faut ? demanda Léo en même temps qu'il lui prenait la valise des mains et la déposait à l'arrière du camion.

— Je crois, oui.

— Parfait. Dans ce cas, on peut y aller, déclara-t-il en claquant le coffre un peu trop fortement avant d'aller s'installer au volant.

Surprise, Elisabeth sursauta. Puis, ne sachant pas trop où se mettre, elle le rejoignit à l'avant du véhicule, tout en prenant soin de laisser un siège vide entre eux.

Le début du trajet se déroula sans un mot. Prudente, Elisabeth préférait attendre que Léo engage de lui-même la discussion.

Il rompit finalement le silence au moment d'entrer sur l'autoroute, lui apprenant qu'il avait trouvé un camping à deux pas de La Gravière, spot où se déroulerait le BigAir. Quelque peu soulagée, Elisabeth en profita pour enchaîner sur les prévisions météo de surf de la semaine.

Durant la demi-heure qui suivit, ils s'efforcèrent d'échanger quelques paroles. Pourtant, bien qu'ils tentaient de discuter avec détachement, l'ambiance était clairement embarrassante et, très vite, ils tombèrent à court de sujets de conversation.

Le programme du BigAir, l'organisation des jours à venir, la météo... Elisabeth avait l'impression qu'en à peine quarante-cinq minutes, ils avaient déjà épuisé tous les sujets de conversation possibles et imaginables. Et le GPS qui annonçait encore plus d'une heure de trajet...

Mal à l'aise, elle se força à se concentrer sur la route. C'était la première fois depuis leur grosse dispute qu'ils se retrouvaient ensemble à ne rien faire, sans aucun prétexte pour ne pas avoir à se parler. Un silence de plomb régnait dans l'habitacle et la tension était presque palpable dans l'air. Et bien qu'elle s'apprêtait à réaliser son rêve pour la seconde fois de son existence, Elisabeth devait reconnaître que ce n'était pas tout à fait ce qu'elle s'était imaginée. En fait, une partie d'elle avait naïvement cru que le fait que Léo ait organisé leur séjour pour le BigAir signifiait qu'il lui avait finalement pardonné. Pourtant, il suffisait de jeter un coup d'œil dans sa direction pour savoir qu'il lui en voulait toujours terriblement.

Il est vrai qu'ils n'avaient pas vraiment pris le temps de discuter de tout ce qu'il s'était passé au cours des derniers jours. Peut-être était-ce justement le moment opportun ?

Elisabeth se mit à jouer avec ses cheveux, enroulant nerveusement une mèche autour de son doigt avant d'oser finalement se lancer.

— Léo..., commença-t-elle, mal à l'aise. Peut-être que l'on devrait...

— ...mettre un peu de musique, qu'est-ce que tu en dis ? la coupa-t-il subitement.

— Pourquoi pas...

A demi-soulagée d'avoir une bonne excuse pour reporter la discussion à plus tard, Elisabeth avait lâchement accepté sa proposition. Et malgré la voix joyeuse de Ziggy Marley qui sortait des haut-parleurs, le reste du trajet s'était poursuivi dans la même atmosphère tendue.

A contre-courantOù les histoires vivent. Découvrez maintenant