Les trois journées d'entraînement qui suivirent se déroulèrent dans une ambiance tout aussi glaciale que ne l'avait été cette dernière matinée. En fait, plus les jours passaient et plus Léo se montrait froid et distant envers Elisabeth ; ce qui, dans un sens, était même encore pire que lorsqu'ils passaient leur temps à se chamailler pour un oui ou pour un non.
Elisabeth avait bien tenté, à plusieurs reprises, d'engager le dialogue mais à chaque fois, Léo avait coupé court à toute discussion possible. Par moment, elle peinait à le reconnaître tant son comportement contrastait du gentil Léo, doux, avenant et chaleureux qu'elle avait toujours connu. Le plus difficile à supporter restait probablement son changement radical d'attitude à chaque fois qu'il croisait des collègues ou des clients : il s'adressait à eux comme si de rien n'était, avec son entrain habituel qu'Elisabeth lui connaissait si bien. Et sitôt il se retrouvait de nouveau seul avec elle, il redevenait aussi froid qu'un pot d'Häagen-Dazs sorti tout droit du congel' !
Au fil des jours, le sarcasme et les railleries avaient peu à peu laissé place au silence et à l'indifférence ; si bien qu'à présent, c'était comme si leur complicité n'avait jamais existé et qu'ils étaient redevenus de simples étrangers l'un pour l'autre. Leur relation était purement centrée sur le surf et leurs échanges verbaux se limitaient désormais à de brèves considérations d'ordre météorologique ou des consignes de la part de Léo.
— Allez, enchaîne-moi une dernière série de trente abdos et ce sera tout pour aujourd'hui.
— Hé, ce n'est pas juste ! C'est au moins la troisième fois que tu me dis ça..., s'indigna Elisabeth à bout de souffle lorsqu'elle eut fini son exercice.
Léo haussa les épaules.
— Peut-être mais vois le bon côté des choses... Au moins, tu auras fait trois séries de plus qu'hier !
— Tu parles... Je suis sûre qu'en réalité ça t'amuse de m'en faire baver avec tes exercices, grogna Elisabeth entre deux nouveaux abdos.
— Souffle un peu au lieu de gaspiller de l'énergie à te plaindre ! fit Léo en même temps qu'il lui maintenait les pieds pour l'aider à se redresser.
Le maudissant intérieurement, Elisabeth ferma les yeux et se força à se concentrer sur son exercice.
— Vingt-deux, vingt-trois, vingt-quatre...
De la sueur perlait sur son front et dégoulinait le long de son visage. Même s'il avait le don de l'énerver, Elisabeth devait reconnaître qu'elle aurait arrêté depuis bien longtemps s'il n'avait pas été pas là pour la pousser à dépasser ses limites !
Dans un ultime effort, elle fit les six derniers abdos restants. Lorsque, enfin, elle fut parvenue au bout de sa dernière série, Léo lui tendit la main pour l'aider à se relever du banc de musculation.
— Allez, on a terminé (à ces paroles, Elisabeth eut une lueur d'espoir, soulagée. Elle était exténuée et n'avait qu'une hâte : prendre une bonne douche et retrouver son lit). Maintenant, on passe aux étirements.
En entendant la fin de sa phrase, Elisabeth se laissa retomber en arrière, découragée.
Le pire était probablement le soir, lorsqu'ils se retrouvaient tous les deux dans la salle de sport du village vacances, une fois les derniers clients partis. Le silence qui régnait entre eux était si lourd et pesant qu'à chaque seconde qui passait, Elisabeth pouvait entendre le tic-tac de la vieille pendule accrochée en haut du mur.
Ce soir-là, debout face à Elisabeth, Léo lui allongeait la jambe pour étirer le muscle situé derrière sa cuisse. Il avait posé une main sur son genou gauche, l'autre sur la plante de son pied. Ce n'était pas franchement désagréable, simplement extrêmement embarrassant.
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A contre-courant
JugendliteraturLacanau, été 2016. Jeune athlète à l'avenir prometteur, Elisabeth Armilhac partage son temps libre entre les entraînements de surf, les sorties avec sa bande d'amis, son petit ami et sa sœur jumelle, Clara. Une existence heureuse et pleine de promes...
