Chapitre 14

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Une petite demi-heure plus tard, Léo passait la tête par l'entrebâillement de la porte.
— Bon, je crois que pour la fête de ce soir, c'est cuit. J'ai fait tous les mobil-homes du Staff un à un et tout le monde est déjà parti. Par contre, j'ai autre chose à te proposer : je pensais aller faire un feu sur la plage un de ces soirs. Il n'y a pas beaucoup de vent aujourd'hui, si ça te tente...
Retrouvant soudain son enthousiasme, Elisabeth se leva d'un bond du canapé.
Léo resserra le sac qu'il portait au dos et attrapa sa guitare, posée contre le sofa.
— Parfait, dans ce cas, on peut y aller ! annonça-t-il gaiement.
Ils traversèrent la forêt à vélo avant d'arriver à Lacanau Océan. A cette heure-ci, le front de mer était pratiquement désert. Le concert de rock qui avait lieu au kiosque Souleyreau s'était terminé et les derniers restaurateurs fermaient leurs portes.
La plage était tout aussi calme. Ils s'installèrent près de l'eau et Léo tenta d'allumer un feu avec les bâtons qu'ils avaient ramassés en chemin. Accroupi près du tas de bois, il souffla doucement sur le papier journal qui commença bientôt à se consumer. Quelques secondes plus tard, les branches s'enflammèrent, rougeoyant dans la nuit. Le bois, encore humide de la veille, se mit à crépiter sous l'action des flammes.
Léo approcha ses mains près du feu puis se mit à fouiller dans son sac à dos. Lorsqu'il en extirpa un paquet d'oursons en chocolat, Elisabeth s'exclama, à la fois surprise et touchée :
— Oh, tu t'en es rappelé ?
— Bien sûr, tu m'en as tellement parlé qu'il fallait absolument que je goûte ça ! répondit-il malicieusement, en même temps qu'il fourrait un ourson entier dans sa bouche.
Pendant qu'Elisabeth s'asseyait confortablement sur la couverture, Léo poursuivit :
— Bon, alors, dis-moi un peu comment tu les aimes, ces fameux nounours ? Tu vas voir, je vais te préparer les meilleurs que tu n'aies jamais mangés !
— J'ai hâte de goûter ça ! Déjà, le nounours doit être caramélisé de l'extérieur. Mais à l'intérieur, il faut que le cœur soit chaud et fondant. Ah oui, et le chocolat doit être légèrement fondu aussi, sinon, c'est beaucoup moins bon.
— Rien que ça ? rigola Léo. Dis donc, c'est que tu es du genre exigeante ! Tu sais, je n'ai pas encore mon diplôme « oursons grillés » alors j'espère que tu te montreras quand même un peu indulgente envers moi.
— Bon, d'accord. Dans ce cas, tu as le droit à un essai !
Léo choisit un bâton de la réserve de bois et en tailla minutieusement la pointe, à l'aide de son Opinel. Puis, il y enfila un ourson en chocolat et le porta par-dessus les flammes.
Une fois cuit, il le tendit à Elisabeth et déclara, d'un ton faussement éduqué :
— Si Madame veut bien se donner la peine de goûter ?
Elisabeth gloussa avant d'amener l'ourson à sa bouche et de se mettre à mâcher, pensive.
— Hum, voyons voir ça...
La fine carapace de chocolat était craquante et fondante à la fois et le cœur en guimauve moelleux à souhait... Parfait ! Pile comme elle les aimait.
— Délicieux ! Tu es sûr que tu n'avais pas acheté quelques paquets d'avance pour t'entraîner ? le taquina-t-elle.
— Si, qu'est-ce que tu crois ! Pendant que tu m'attendais au mobil-home, j'ai tombé trois paquets rien que pour m'entraîner !
Léo lui avoua qu'en réalité, il avait couru l'acheter à l'épicerie du village vacances lorsqu'il s'était rendu compte qu'ils ne trouveraient plus aucun moyen d'aller à la soirée.
Alors qu'Elisabeth portait le reste de l'ourson à sa bouche, un filet de chocolat coula sur son menton.
— Ah, peut-être un peu trop fondu, contesta-t-elle pour l'embêter. Du coup, je te donne quatorze sur vingt.
— Quatorze ?! Tu es sévère, dis donc ! Mais je te rappelle que c'était mon essai, alors je recommence. Cette fois-ci, tu vas voir, il méritera un vingt sur vingt.

Une fois qu'ils eurent vidé le paquet d'oursons, Léo sortit la guitare de sa housse. Il gratta quelques notes avant d'utiliser son accordeur puis de se remettre à jouer. Immédiatement, Elisabeth reconnut « Island in the Sun », de Weezer.
A la fin de sa chanson, Léo lui tendit la guitare.
— Tu veux essayer ?
— Euh, je n'ai jamais été très douée en musique, l'avertit Elisabeth en repensant aux cours de piano auxquels sa mère les avait inscrites petites, sa sœur et elle. Mais pourquoi pas...
Malgré toute la bonne volonté qu'elle y mettait, elle obtenait toujours la pire note de la classe. Et bien qu'elle adorait écouter de la musique depuis enfant, bizarrement, elle n'avait jamais vraiment eu l'oreille musicale.
Avec patience, Léo lui montra comment fonctionnait l'instrument. Puis, il entreprit de lui apprendre les premiers accords de la chanson « Ta main » de Grégoire qui, selon lui, était idéale pour débuter. Au bout de plusieurs tentatives, Elisabeth réussit à enchaîner les premières notes sans faire trop de mauvais accords.
— Pas mal, bravo ! la félicita le moniteur. Tu t'en sors très bien.
Puis, il fit mine de réfléchir et ajouta, l'air espiègle :
— Tu vois, moi, comme je suis un prof plutôt sympa, je te mets dix-sept sur vingt pour ta première leçon. Soit trois points de plus que toi !
— Bon, c'est vrai. Je me suis peut-être montrée un peu trop exigeante avec les nounours tout à l'heure, reconnut Elisabeth en riant. Voilà, je te rajoute un point de bonus parce que tu es un bon prof ; tu es content ?
— Oui !
Comme ils retombèrent bientôt dans le silence, Léo reprit la guitare et entama une nouvelle chanson. Lorsqu'il se mit à chanter pour accompagner l'instrument, des frissons parcoururent instantanément le corps d'Elisabeth.
— C'est super beau ! Qu'est-ce que c'est ? Je ne l'avais encore jamais entendue.
— C'est parce que... c'est moi qui l'ai écrite, admit Léo au bout de quelques secondes, en baissant les yeux.
Pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, Elisabeth crut le voir rougir derrière les flammes.
— Wahou, félicitations ! Elle est magnifique, vraiment.
— Merci... Il y a en a une autre que j'ai eu la chance de pouvoir enregistrer en studio, chez un copain. Tiens, d'ailleurs, je vais te la faire écouter.
Il lui passa une oreillette de ses écouteurs avant de porter l'autre à son oreille. C'était une musique apaisante, à la fois douce et rassurante. En l'écoutant, Elisabeth se sentit comme bercée par la chanson.
— Oh, elle est belle..., murmura-t-elle une fois la musique terminée.
Un petit sourire se dessina sur le visage de Léo en même temps qu'il appuyait sur pause. Il semblait content.
— Oui, c'est vrai, tu aimes ? Je ne sais pas pourquoi mais j'ai pensé que tu aimerais sûrement cette chanson...
Lorsqu'une rafale de vent s'engouffra au-dessus du feu de camp et fit danser les flammes.
— Tu as froid ? s'enquit-il en voyant Elisabeth frissonner.
— Un peu, avoua-t-elle.
Ils étaient passés chez elle avant que le pneu de la moto n'éclate et à présent, elle ne portait plus que sa petite robe bleue à bretelles.
En bon gentleman, Léo quitta son sweat et le lui tendit. C'était celui qu'il lui avait prêté le soir de l'orage. Avec joie, Elisabeth se glissa à l'intérieur et sentit de nouveau sa bonne odeur l'envahir.
Tout à coup, il lui sembla discerner une traînée lumineuse dans le ciel.
— Hé, regarde ! Une étoile filante !
Léo jeta un coup d'œil à son portable.
— On est le 7 août...
— Ce sont les Perséides ! s'exclamèrent-ils en coeur.
Elisabeth en avait oublié que, chaque année, à la mi-août, la Terre était la cible d'un essaim de météores, les Perséides, plus connu sous le nom de pluie d'étoiles filantes. Depuis la plage, un nombre incalculable de traînées brillantes étaient visibles dans l'atmosphère terrestre.
— C'est magnifique... Ça fait tellement longtemps que je n'en avais pas aperçues. A Paris, on ne voit rien entre les lumières de la ville et la pollution.
— Alors tu vois, même si nous ne sommes pas allés à la soirée, nous n'avons rien manqué finalement...
— Non, ça c'est sûr, ...hé ! Regarde, encore une ! Et là aussi ! Waah, il y en a partout ! s'extasiait Elisabeth, autant excitée qu'émerveillée par le spectacle.
Elle n'en croyait pas ses yeux : le ciel scintillait en toutes parts.
— Vite, fais un vœu ! plaisanta Léo.
Qu'est-ce qu'elle souhaitait le plus au monde ? Pas la peine de réfléchir longtemps. Elisabeth ferma les yeux un instant et les rouvrit presque aussitôt.
— Alors, qu'est-ce que tu as demandé ?
— Je ne peux pas te le dire, sinon mon souhait ne se réalisera pas, rétorqua-t-elle, énigmatique.
— C'est vrai...
Léo s'allongea sur la couverture, les bras derrière la tête, et se mit à contempler le ciel étoilé. Bientôt, Elisabeth l'imita et ils s'amusèrent à faire des vœux, chacun leur tour.
— Tu nous imagines surfeurs pro dans quelques années ? songea Elisabeth, se laissant aller à rêver.
Mais c'est à peine si elle eut le temps de finir sa phrase qu'elle sentit Léo tressaillir. Il s'était brusquement redressé sur ses coudes et sa pomme d'Adam s'était mise à rouler à plusieurs reprises dans sa gorge. Il paressait tout chamboulé, tout à coup.
— Je t'avoue que je n'y ai jamais vraiment réfléchi, finit-il par répondre au bout de plusieurs secondes.
— Auriez-vous peur de l'avenir, Monsieur le grand secouriste qui « ne laisse jamais la peur paralyser ses rêves » ? observa Elisabeth, à la fois amusée et étonnée par sa réaction.
Léo haussa les épaules, le regard rivé au sol. Ses traits, d'habitude si rieurs, étaient à présent empreints d'une certaine mélancolie.
— Peut-être... Au final, j'ai l'impression que rien ne se passe jamais comme on l'a prévu. Maxence, mon cousin aîné, projetait de faire la traversée de l'Atlantique en voilier. Il avait mis toute sa vie entre parenthèse pour ce projet. Son mariage, ses enfants, ses loisirs... Pendant plusieurs années, il a travaillé comme un dingue pour réunir l'argent nécessaire. Et finalement, il est mort d'un accident de la route, juste au moment où il s'apprêtait à réaliser son rêve. Comme ça, du jour au lendemain. Alors tu vois, je préfère ne rien planifier et tenter de profiter de chaque journée comme elle se présente. On ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve...
Surprise par cette confidence, Elisabeth lui jeta un regard compatissant. Maintenant, elle comprenait un peu mieux pourquoi il avait semblé irrité, quelques jours plus tôt, alors que des touristes se plaignaient de leurs vacances.
Durant un moment, ils restèrent silencieux, chacun perdu dans ses propres pensées.
— Tu crois en une vie après la mort, toi ? lui demanda Léo tout à coup.
Elisabeth réfléchit.
— Je ne sais pas si l'on peut dire que je crois réellement en Dieu, au paradis et en ce genre de choses mais je pense qu'il existe bel et bien quelque chose après la mort. Et quand il m'arrive un incident heureux, j'aime à croire que ce n'est pas le fruit du hasard. Que quelqu'un veille sur nous, depuis là-haut. Et que même si le présent est sombre, le meilleur reste à venir. En gros, disons que je crois un peu en notre bonne étoile...
Léo sourit.
— Je t'admire beaucoup pour ça, tu sais. Vraiment. J'aimerais pouvoir être comme toi, avoir ta foi en l'avenir et cette capacité que tu as à te projeter dans le futur. Mais la vérité est que j'en suis purement incapable. C'est sûrement un peu cartésien de ma part de concevoir les choses de cette manière mais je pense juste qu'il n'y a rien après la mort. Que ça s'arrête, et puis c'est tout.
— D'où ta philosophie de vivre chaque jour comme si c'était le dernier ?
— Exact. Tu te souviens de l'autre fois ? Quand tu me disais que tu as peur de vivre dans le présent. Eh bien, moi, au contraire, c'est le futur qui me terrifie. Alors, tu vois, au final, j'imagine qu'on a tous quelque chose qui nous effraie.
Léo se tut un instant, le regard dans le vague. Puis, il secoua brièvement la tête et reprit, plus joyeusement :
— Bon, et alors comme ça, tu rêves de devenir l'un des grands noms du surf français ?
— Oui, je crois que c'est mon plus grand rêve depuis que je sais tenir debout sur une planche ! A moins que ce ne soit de voyager aux quatre coins du monde à la recherche des meilleurs spots de surf..., fit Elisabeth, pensive.
— La gloire ou une vie loin des projecteurs faite de plaisirs simplistes... Deux idéaux de vie bien différents, remarqua Léo dans un demi sourire. Comment imagines-tu ta vie dans quelques années ? En dehors du surf, je veux dire.
— Je ne sais pas trop... Mais ce qui est sûr, c'est que je ne me vois absolument pas comme la grande avocate que ma mère aimerait.
— Allez Armilhac, ne fais pas ta timide, développe. Je suis prêt à parier que l'intégralité de tes dix prochaines années sont déjà toutes minutieusement planifiées et consignées dans un agenda, fit Léo pour l'embêter.
Elisabeth répliqua en lui tirant la langue avant de retrouver son air sérieux.
— Et bien, tu vas peut-être trouver ça bizarre mais le fait de rouler en Mercedes, de vivre dans une grande maison avec un mari chirurgien ou banquier, avoir deux beaux enfants, un chien et faire un barbecue tous les week-ends avec les voisins, ce n'est pas forcément ce qui me fait rêver. Je ne dis pas que je ne souhaite pas me marier ou avoir des enfants un jour. Disons juste que ce cliché de vie matérialiste et pleine d'artifices, ce n'est pas comme cela que je conçois le bonheur.
Léo hocha la tête.
— Je suis bien d'accord avec toi. Par moment, j'ai l'impression que l'on vit dans un monde où prime le superficiel. Beaucoup d'entre nous aspirent à la richesse, la gloire ou au pouvoir et s'en tiennent aux apparences. A tel point qu'on en oublie parfois les vrais plaisirs de la vie.
— C'est exactement ça ! s'exclama Elisabeth. On dirait que certains n'agissent que pour pouvoir ensuite étaler leur petite vie parfaite sur Facebook ou Instagram et montrer au monde entier à quel point ils sont heureux et ont réussi leur vie. Tout ça pour se donner une bonne image aux yeux des autres... (Elisabeth s'arrêta un instant avant de laisser échapper un petit rire ironique et de reprendre en soupirant). Je te dis ça mais je me rends compte qu'en fait, je suis exactement pareille dans le fond...
— C'est vrai que ce n'est pas toujours évident de réussir à être soi-même dans une société qui s'efforce chaque jour de nous éloigner un peu plus de qui l'on est vraiment, approuva Léo.
Elisabeth acquiesça.
— Par peur d'être rejetée, j'ai parfois cette impression de devoir m'adapter aux attentes qu'ont les autres dans l'unique but de me faire accepter...
— Et pourquoi n'essaies-tu pas simplement d'être toi-même, dans ce cas ? lui souffla Léo. Je suis certain que l'on t'apprécie pour ce que tu es. Tu n'as pas besoin de jouer un rôle, tu sais.
— Le jour où je réaliserai mon rêve et partirai à l'étranger, je pourrai vivre ma vie comme je l'entends, sans avoir peur d'être moi-même, affirma Elisabeth en haussant les épaules avant de s'exclamer : mais au fait, et toi ? Ce serait quoi, ton rêve ?
— Pour être honnête, je n'ai pas vraiment d'idée, lui confia Léo en haussant les épaules à son tour. Je crois que je n'ai pas de « rêve » à proprement parler. Le simple fait de profiter des petits plaisirs que la vie m'offre chaque jour et des gens que j'aime suffit à me combler.
Elisabeth ouvrit de grands yeux stupéfaits, ce qui fit rire le moniteur.
— Sérieusement, tu n'as jamais eu de rêves, enfant ? Souviens-toi, je suis sûre que tu en as déjà eu au moins un. Tout le monde a des rêves !
Léo réfléchit un moment, amusé par la réaction d'Elisabeth.
— Maintenant que j'y pense, tu as raison. J'avais bien un rêve moi aussi, gamin ! Très proche du tien, d'ailleurs... Quand je jouais avec mes Playmobil, je m'imaginais toujours que j'étais un aventurier. Muni de mon sac à l'épaule, mon surf et ma guitare, je partais découvrir le monde. Je me souviens qu'à côté de moi, mes copains passaient des heures entières à construire les belles maisons qu'ils auraient plus tard. Et lorsque tout était enfin construit, le moment de ranger était venu... Je n'ai jamais compris leur vision et je sais que c'était réciproque. Mes copains ont toujours trouvé bizarre la manière que j'avais de concevoir la vie (Léo se tut un instant avant de reprendre, un sourire aux lèvres) Alors finalement, tu vois, lorsque nous voyagerons, les personnes que nous rencontrerons penseront sûrement que nous sommes tout aussi bizarres l'un que l'autre...
— Nous ? releva Elisabeth, un sourcil amusé.
— Oui, enfin si tu m'acceptes comme compagnon bizarre de voyage ?
— J'avais prévu de partir avec mon chien mais tout compte fait, tu seras sûrement de meilleure compagnie ! pouffa Elisabeth.
— Cool ! Alors à nous le road-trip en toute liberté !
— Ça, pour être libre, on sera libre ! Adieu les emplois du temps, on voyagera à notre rythme, au gré des saisons et de nos envies.
— Tu crois vraiment que tu arriveras à te passer de ton agenda ? la taquina Léo.
— Ahah, très drôle !
— Pardon, je n'ai pas pu m'en empêcher ! Et qu'est-ce que tu dis d'avoir un van aménagé ? Comme ça, on pourra se déplacer et rester où l'on veut et quand on veut.
— Excellente idée ! J'ai toujours rêvé d'avoir un van type Malibu beach, avec des fleurs d'hibiscus dessinées à l'arrière.
— Ça fait très vintage tout ça ! s'esclaffa Léo. Dans ce cas, il faudra que l'on vive comme de vrais hippies !
— Bien sûr ! On écoutera du Bob Dylan en boucle et l'on vivra en totale harmonie avec la nature.
— Le rêve ! Être loin du stress des grandes villes, passer toutes nos journées dehors, vivre pieds-nus...
— Je nous imagine déjà en train de faire du yoga sur la plage, au lever de soleil...
— Oh oui ! Et après, on pourra se faire un méga petit déjeuner de fruits exotiques directement ramassés des arbres !
— Et la nuit, on dormira dans des hamacs sur la plage ! Comme ça, on sera les premiers à pouvoir profiter de l'océan.
— On se déplacera de spot en spot, à la recherche des meilleures vagues !
— D'abord, on commencera par les spots européens. Et une fois qu'on les aura tous faits, on pourra longer la côte ouest américaine : Californie, Mexique, Costa Rica, Équateur..., énuméra Elisabeth, rêveuse.
— Sans oublier une escale à Hawaï ! J'ai toujours voulu y aller, lui confia Léo.
— Oui, absolument ! Tu imagines, on surfera le célèbre Pipeline... Mais par contre, comment financera-t-on notre voyage tout ce temps ? s'arrêta Elisabeth en redevenant sérieuse tout à coup.
— Et bien, le soir, je pourrai jouer un peu de guitare dans la rue pour gagner quelques sous.
— Bonne idée ! Et moi, pendant ce temps, je vendrai des petits bracelets que j'aurai créés pendant la journée...
Elisabeth s'y voyait déjà. Sur la plage, en train de ramasser des coquillages qui lui serviraient à confectionner de l'artisanat local.
Puis, elle soupira.
— Je ne sais pas si cela se réalisera réellement un jour mais ça fait tellement du bien de rêver parfois...
— Si, bien sûr, on ira ! lui assura Léo.
— Ouais, enfin ça, c'est si je réussis à me libérer de ma mère... Avec elle, je ne suis pas prête d'abandonner les études pour aller jouer les hippies baroudeuses...
— Pas maintenant, non, mais une fois nos études finies.
— Mais tu as bientôt terminé que je n'ai même pas encore commencé les miennes !
Léo sourit, amusé.
— Et ben alors à la fin de tes études. T'inquiète, je t'attendrai.
— Génial, fit Elisabeth en baillant.
— Tu as l'air fatiguée... Tu veux rentrer ?
— Non, répliqua-t-elle en baillant une nouvelle fois. Je suis bien là, j'ai envie de rester encore un peu.

Finalement, ils s'endormirent aux premières lueurs de l'aube, après avoir rêvé et refait le monde toute la nuit.

A contre-courantOù les histoires vivent. Découvrez maintenant