Chapitre 18

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     Postés à différents coins de passage du village vacances, Julia, Elisabeth et les garçons montaient la garde. Au moindre mouvement ou bruit suspect, ils se tenaient prêts à prévenir Baptiste.
    Cachée à l'angle des tennis, Elisabeth jeta un coup d'œil à sa montre. Vingt-et-une heures quarante-sept. Pratiquement quinze minutes qu'ils s'étaient séparés. Si tout se passait comme prévu, à cette heure-ci, Thomas et Baptiste avaient dû récupérer le pick-up et peut-être même Alex et Manu, qui surveillaient les alentours de la Maison de la Glisse. Elisabeth se tenait au dernier poste de garde.
    Pensant à ce qu'elle s'apprêtait à faire, elle sentit un curieux mélange d'excitation et de peur monter en elle. Que se passerait-il si son père venait à apprendre qu'ils lui avaient emprunté le camion pour donner une fête clandestine sur la plage ? En réalité, si elle le lui avait demandé, elle aurait facilement pu obtenir son autorisation. Mais la perspective de faire quelque chose d'interdit et de légèrement insensé ne faisait qu'attiser son sentiment d'insouciance et son désir de liberté.
    Quand un bruit la tira soudain de ses pensées. Tous ses sens en éveil, elle scruta l'allée avec attention. Personne. Sans doute un chat qui fouillait dans une poubelle... Un fragment de secondes plus tard, le pick-up sortit de nulle part et apparut au milieu du chemin désert. Le cœur battant, Elisabeth soupira de soulagement en les voyant.
    — Vite ! Monte ! lui souffla Thomas.
    Une fois le camion à sa hauteur, Baptiste ralentit tandis qu'Alex l'attrapait par le bras et l'aidait à grimper à l'arrière. Elle fut accueillie par un grand sourire général : ils étaient maintenant tous les sept réunis et d'ici quelques minutes, ils seraient en dehors du complexe touristique. Ils avaient pratiquement réussi.
    A bord du véhicule, Elisabeth crut halluciner : le coffre où ils se trouvaient était rempli jusqu'à mi-hauteur. Des dizaines et des dizaines de packs de bières, de bracelets fluo et autres accessoires pour faire la fête jonchaient le sol. Mais ce n'était pas tout ! A l'arrière, un nombre incalculable de planches de surf étaient empilées les unes sur les autres et accrochées sur la remorque.
    Son père était plutôt cool mais vu le stock de planches qu'ils avaient là, mieux valait pour eux qu'il ne se rende compte de rien !

***

    — Tenez-vous, on risque de décoller ! prévint Baptiste en même temps qu'il accélérait et sortait les quatre roues motrices.
    Ils venaient de s'enfoncer dans le sable et se dirigeaient à présent en direction de la plage du Surf Club. Ils roulèrent ainsi sur plusieurs kilomètres, laissant peu à peu les dernières lumières derrière eux.
    Sur le moment, Elisabeth n'entendit pas le brouhaha ambiant ni les cris d'acclamation de la foule. Il n'y avait ni bruit ni lumière. Il était difficile d'imaginer qu'une fête puisse se tenir ici. En fait, de loin, on aurait juré que la plage était déserte.
    Mais soudain, elle crut distinguer un bruit de fond, tout juste perceptible. A l'affût, elle se concentra et tendit l'oreille. Le bruit amplifiait au fur et à mesure qu'ils avançaient. Et lorsque le camion passa à quelques mètres de l'eau, ils furent accueillis par une pluie d'acclamations. Aussitôt, Baptiste se mit à klaxonner et alluma les plein phares, éclairant ainsi des dizaines de personnes. Au moins tout le Staff du village vacances semblait présent. Pendant ce temps, Thomas, qui venait de s'improviser DJ, montait le son de l'enceinte, emplissant la plage d'une musique New wave. Debout sur la remorque, Léo et Alex défaisaient les sangles qui maintenaient les planches de surf avant de se mettre à les distribuer. De son côté, Manu lançait par-dessus bord les packs de bières en criant.
    Figée sur place, Elisabeth regardait la scène se dérouler sous ses yeux. Jamais, de toute sa vie, elle n'avait connu pareille ambiance. Julia, qui semblait tout au moins autant impressionnée qu'elle de se retrouver hissée sous les feux de la rampe, se tourna vers elle :
    — Tu crois qu'on les aide ?
    Intimidée par toute cette agitation, Elisabeth eut comme première réaction de reculer dans l'ombre du pick-up. Puis, soudain gagnée par l'excitation ambiante, elle haussa les épaules et, à son tour, se mit à jeter un tas de lunettes colorées au milieu de la foule. A bas sa timidité ! Ce soir, elle avait envie de s'amuser, de profiter et de faire la fête !
    — Venez, approchez-vous les gars ! Tiens, une paire de lunettes pour toi ! Et voilà une bague fluo pour toi !
    Après quelques secondes d'hésitation, son amie l'imita et les deux filles s'amusèrent bientôt à bombarder les gens de mousse.
    Tandis qu'Elisabeth fouillait dans le carton à la recherche d'un nouvel aérosol, Manu lui passa un collier lumineux autour du cou.
    — C'est cool que tu sois là, Mini B. ! Toi aussi, sœurette !
    Alors que Thomas continuait de jouer les DJ, Léo et Baptiste les rejoignirent à l'arrière du véhicule. Elisabeth sentit soudain son corps se soulever. Léo, une paire de lunettes roses fluo aux yeux, venait de la hisser sur ses épaules puis lui prit les mains pour la faire danser. Julia, perchée sur Baptiste, arriva bientôt à sa hauteur. Tandis qu'elles dansaient au son de Live is life, sur les épaules des garçons devant une foule d'inconnus, les deux filles se regardèrent, une expression bienheureuse aux lèvres.
    — Je n'arrive pas à croire que l'on soit là ! Il y a une ambiance de folie ! hurla Elisabeth pour couvrir le son de la musique.
    Julia secoua la tête en riant.
    — Quoi ??! Je ne comprends rien avec tout ce bruit !
    Elisabeth s'apprêtait à répéter sa phrase puis se ravisa au dernier moment. A quoi bon ? Inutile de parler. Elle savait qu'elles pensaient toutes les deux à la même chose. Alors, au lieu de quoi, elle lui rendit simplement son sourire.

A contre-courantOù les histoires vivent. Découvrez maintenant