Chapitre 16

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Hakan

Même inconsciente, Zilpa grognait comme un animal prêt à se défendre. Ne rentre-t-elle donc jamais les griffes ? Des femmes l'ont soulevé pour l'allonger précautionneusement sur un chameau et elle a réussi à asséner un coup à l'une d'elle. Il a fallu la ficeler pour qu'elle se tienne enfin tranquille.

J'observe la caravane comptant une bonne dizaine de dromadaires ainsi que quelques chameaux en fin de file. Des marchandises sont empaquetées de part et d'autres de leurs flancs. Les monteurs, tout aussi bien des hommes que des femmes, sont très bien équipés pour la chaleur aride.

Lorsqu'on m'a offert à boire, j'ai cru pleurer de gratitude en sentant ma gorge s'humidifier à nouveau. Une jeune femme à la chevelure claire m'a également tendu une coiffe pour protéger mon crâne du soleil. Elle s'est contentée de sourire alors que je la remerciais maintes fois.

Si j'avais gardé mes attributs princiers, j'aurais pu leur offrir quelque chose en retour. Mais, jusqu'ici, je n'ai plus toute ma tête et les décisions irréfléchies se multiplient.

J'ai réellement failli mourir comme un gnou.

— Tu sais monter ?

Je me tourne vers le meneur. Par sa carrure montagneuse, il est une force de la nature et son autorité paraît évidente. Du haut de son dromadaire à la silhouette altière, ses yeux bleus en observateurs malicieux me jaugent. Lui, n'a pas besoin de selle et je me demande comment il trouve son confort ainsi.

Mis au défi, je gonfle le torse et fait face à un dromadaire à la robe blanche. La jeune femme de tout à l'heure tient le harnais relié à sa tête perchée pour le maintenir tranquille. Son œil bovin se promène sur la lande désertique, mais je sens son attention entière sur moi. Ses jambes sveltes sont tendues comme prêtes à fuir au moindre geste ou bruit brusque.

Avec sa voix douce, la jeune femme lui donne des ordres et le fait s'asseoir.

Dromadaire, cheval, c'est la même chose, je me dis intérieurement en jaugeant la bête.

J'enjambe et m'installe devant la bosse afin qu'elle soit fans mon dos. Déjà le dromadaire émet un son mécontent et j'hésite à descendre de la selle.

— Les dromadaires sont des animaux sensibles, m'informe la jeune femme en caressant le cou à la fourrure dru. Tu lui es étranger, donc il a peur, mais vous vous habituerez tous les deux.

— Un minimum d'inconfort est l'ingrédient premier pour grandir, approuve le meneur avant de s'écrier. Tsk tsk, ha !

Je m'accroche tant bien que mal au pommeau alors que mon dromadaire lui obéit et arque ses jambes pour se mettre debout. Sur ce mouvement ample, je me sens monter jusqu'au ciel. À mes exclamations de surprises, une vague de rires secoue la caravane. J'ai même droit à des applaudissements, car je ne suis pas tombé.

La jeune femme me sourit avec joie alors que je me stabilise.

— Je suis Béla, et voici mon père : Jaïr, déclare-t-elle en montrant le meneur qui me salue chaleureusement. Quel est ton nom ?

J'ouvre la bouche pour répondre quand le mutisme me coupe la parole.

Hakan ? Second fils de Yared et Cyrène.

Noam ? Fils d'Ishet et d'Eri.

Je ne suis digne d'aucun de ces prénoms.

— Je n'ai plus de nom, je finis par répondre honteux. Je n'ai plus rien. Je ne suis plus rien.

Béla échange un regard soucieux avec son père qui se contente de baisser le menton de haut en bas.

— Et tu as raison.

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