Chapitre 39

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Elyas 


Je me faufile entre les tentes, marchant en retenant mon poids, respirant qu'à demi, pour ne pas déranger le silence. Alok et ses sbires sont concentrés dans la plus grande au centre. Depuis leur retour, les Ganzareth se sont rassemblés là-bas.

Conspirant sûrement ma prochaine mort.

Zilpa a vu juste. Ils sont désordonnés. C'est le moment parfait pour les infiltrer et chercher Eri. Je procède en cercles de plus en plus rapprochés. Ma recherche est longue, répétitive, hasardeuse, mais je continue sans me fatiguer. 

Où gardent-ils les midriens en captivité ?

Un éclat percute mon œil et je remarque une chaîne par terre, remonte ses maillons jusqu'à une tente dont le tissu est d'une couleur différente. Dos courbé, je visualise le chemin que je dois parcourir pour l'atteindre. Dans ma traversée, je vais devoir m'exposer. Si par malheur, un Ganzareth sort de la tente du chef à cet instant, je serais dans sa ligne de mire. 

Il va falloir faire vite. 

Je m'apprête à m'élancer au moment où un soldat surgit de sa tente. Mon pouls palpite dans mon corps, comme un mini-tambour effréné. C'est passé près. Je le suis des yeux alors qu'il ramasse des sacs de provisions et les enfile à chaque épaule en soufflant, tout en se dirigeant vers le rassemblement.

Préoccupé par sa charge lourde, il ne me voit pas marcher derrière lui, avant que je ne passe furtivement de l'autre côté. Enfin, j'arrive à la tente. À l'intérieur, dos à un pylône, cinq midriens dont trois femmes sont attachées, les mains liées, bras levés, menton sur la poitrine. 

Eri est belle est bien là.

Je laisse échapper une expiration de soulagement alors que je vois ses paupières bouger.

Sans plus attendre, je rentre. Aucun d'eux ne réagit. L'épuisement est visible sur leurs traits émincés. Ont-ils été au moins nourris ? Au vu de leur état misérable, je ressens une profonde peine. Je palpe la chaîne pour comprendre son mécanisme. Elle est seulement enroulée sur elle-même. Un jeu d'enfant.

Elle se défait, abaissant leurs mains et provoquant des gémissements de douleur. Un vieil homme masse ses poignets et me regarde d'un air interloqué, comme s'il n'arrivait pas à y croire. Comme s'il avait perdu espoir. 

— Suivez-moi, si vous voulez vivre, je leur chuchote à la hâte.

Je m'accroupis devant ma mère, la prenant par les épaules.

— Eri, c'est moi. 

Enfin, ses deux émeraudes retrouvent leur brillance alors qu'ils se posent sur moi.

— Noåm ?

Sa voix est enrouée, comme asséchée, déshydratée. Ses ongles s'accrochent à mes avant-bras pour se soutenir, et vérifier que je suis là, en chair et en os. Je lui souris, heureux de la retrouver.

— Je suis revenu pour toi. Rentrons à la maison, tu veux bien ?

— Oh oui, je veux rentrer chez moi, sanglote-t-elle en m'embrassant les mains.

Elle est si faible que je vais devoir la porter. Son poids est si léger que je suis surpris, puis je comprends qu'elle n'a plus que la peau sur les os.

J'aurais dû leur crever les yeux à tous.

Eri repose sa tête contre mon épaule.

— Ishet, soupire-t-elle en souriant.

Les larmes me montent aux yeux. 

— Je ne te laisserai pas mourir, je lui promets à mi-voix. 

Je m'assure que les autres sont prêts à s'enfuir avant de sortir. L'autre homme, plus vigoureux, sert de support au plus âgé dont les genoux s'entrechoquent. Les deux femmes se tiennent la main et je réalise qu'elles sont jumelles au vu de leurs ressemblances troublantes. 

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