Chapitre 28

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Elyas


M'immerger dans le bain thermal est un plaisir coupable retrouvé. L'eau aux propriétés médicinales agit comme un baume sur ma peau. Je lève les yeux pour voir la voûte ouverte sur un ciel bleu d'où s'échappe la fumée. Les hauts murs ont été construits et décorés avec un soin minutieux et un sens du détail qui me pousse à me demander si cela avait été fait sous contrainte d'une peine de mort ou par une grande passion.

J'entends un sifflement impressionné. Misaël se rince l'œil sur mes cicatrices et exprime sa stupéfaction.

— On dirait que tu t'es retrouvé dans les anneaux d'un serpent géant ! (il suit le contour de mes plaies). Qu'est-ce que c'est que ça, par Ziros ? Je pensais que tu avais été lacéré par plusieurs armes, mais ça ne forme qu'une et unique blessure ! Comment est-ce possible ?

Je baisse les yeux sur mon torse et revoit un turban de sable m'emprisonner dans une prison de souffrances sans fin. Je frémis à l'idée que c'est ma propre peur qui a causé ce phénomène. Une émotion si intense, si incontrôlable que le salamandi s'est retourné contre moi.

— Un serpent, c'était ressemblant, oui...

Une créature du désert redoutable dont la volonté ne s'accorde qu'à condition qu'on se maîtrise soi-même. Je déglutis en revoyant le mur de sable se diriger vers moi alors que je souhaitais mettre fin à mes jours. Le salamandi ne faisait qu'exécuter mon désir. Ce don est bien trop effrayant pour être dans de mauvaises mains.

Je fixe une pierre de charbon posée sur le rebord opposé et lève un index. Des grains de sable viennent s'y poser dessus. Je referme la main alors que Misaël rentre dans l'eau à son tour, rompant ma concentration.

Il vient me faire face et la différence entre nous est d'autant plus forte. Sa peau couleur bronze aux reflets dorés contraste avec la mienne cuivrée, plus rougeâtre, accentuée par l'exposition au soleil du désert de Pourka. Ses yeux d'un noir profond en amande, ses traits austères, caractérisés par la noblesse, me font penser à un paon, symbole sacré et intouchable. Un prince Septorä.

— Tout ça pour une femme ?

Je le dévisage et comprends son scepticisme. Depuis sa naissance, sa légitimité n'a jamais été remise en doute. 

— Tu sais que je suis adopté, Misa.

Mon frère fronce les sourcils.

— Oui, et ?

Je baisse les yeux.

— Tu sais d'où je proviens ?

Son silence me fait relever le menton. Son expression me montre qu'il a toujours su, mais qu'il refuse de voir la vérité en face. Je ne le blâme pas, il n'y avait pas de raison pour. Je prends un savon que je fais étaler sur mon bras gauche.

— Je suis né à Midria et Cyrène...

— Je connais l'histoire, me coupe-t-il une tension nouvelle dans la voix. C'est à cause de ça que tu es parti ?

Mes sourcils se lèvent avec un début de ressentiment. 

— Tu connais "l'histoire" ? Tu étais au courant pour l'Aube Rouge ? Tu savais que père avait fait assassiner des milliers de nouveaux-nés midriens ?

Il se détourne et l'eau émet une grande ondulation. Je remarque la distance qu'il place entre nous alors qu'il va s'asseoir à l'opposé de moi. La gravité envahit ses traits.

— N'oublie pas que des années nous séparent, Hakan. J'avais l'âge de me souvenir à ce moment-là. Ce matin-là était censé être glorieux, nous fêtions la venue au monde de ma sœur. J'ignorais ce qu'il se déjouait au même moment jusqu'à ce qu'Elyon apparaisse.

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